Des entreprises écoresponsables dénoncent la pression de participer au Black Friday | 24 heures
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Des entreprises écoresponsables dénoncent la pression de participer au Black Friday

Annie Martel, propriétaire des magasins Terre à soi
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Annie Martel, propriétaire des magasins Terre à soi

  • Une propriétaire de magasins écologiques propose le vendredi Black[out] en réponse au Black Friday.   

  • Le 26 novembre, ses trois boutiques seront fermées.   

  •  Plusieurs autres entreprises écoresponsables offriront des rabais ce vendredi pour survivre financièrement ou convaincre les consommateurs d’acheter leurs produits «verts».   

Fermer boutique au Black Friday pour faire un pied de nez à cette «grande célébration de la surconsommation»: c’est le pari — risqué — que fait une chaîne de commerces écologiques alors que d'autres se sentent obligées d'y participer malgré leurs convictions.

• À lire aussi: Pourquoi le boycott du Black Friday n'a jamais fonctionné

«C’est un gros pari qui me fait quand même assez peur», reconnaît la propriétaire des trois magasins généraux écologiques Terre à soi, Annie Martel. «Je vous dirai la semaine prochaine si c’était une bonne ou une mauvaise décision. Je serai peut-être en train de pleurer lundi», plaisante-t-elle, timidement.  

Ce vendredi, l’entrepreneure n’offrira aucun rabais. Elle va même encore plus loin en proposant un vendredi Black[out]. 

Ses boutiques du quartier Hochelaga-Maisonneuve à Montréal, et de Prévost dans les Laurentides, seront carrément closes le 26 novembre.

«Ça m’écœure le Black Friday, argue Mme Martel. C’est comme si on était obligé de faire des rabais sans réflexion derrière, parce que les gens s’y attendent. Et si tu n’offres pas de soldes, ils n’iront tout simplement pas dans ton commerce.» 

La game des rabais  

Annie Martel est consciente que son initiative n’est pas la solution au consumérisme sauvage à long terme. Mais elle souhaite ouvrir la discussion afin de repenser notre manière de consommer. 

Elle dénonce «la pression du vendredi fou» exercée par les gros joueurs sur les plus petits commerçants, même sur ceux qui promeuvent des valeurs éthiques et écoresponsables, à des lieux du message envoyé par les soldes du Black Friday

«Je ne peux pas jouer la game des bas prix offerts par les multinationales. Je n’ai pas le budget, je n’ai pas ce pouvoir, je n’ai pas les reins assez solides, lance Mme Martel. Mais on ne va quand même pas donner des rabais pour faire plaisir à Wal-Mart.»  

Malgré tout, la commerçante ne s’attend pas à ce que d’autres entreprises entrent dans son mouvement cette année parce que fermer lors de cette journée a un coût. 

«Ce n’est pas comme si je fermais un lundi de février, dit-elle. Black Friday pas Black Friday, un vendredi de novembre quelques semaines avant les fêtes, ça reste une bonne journée pour les affaires.» 

C’est justement pourquoi plusieurs entreprises qui se disent vertes continuent d’offrir des promotions le dernier vendredi de novembre. 

Le 24 heures a questionné des propriétaires d'entreprises écoresponsables sur ce grand dilemme auquel ils font face: participer à ce symbole de la surconsommation ou se priver de ventes importantes? Lisez leur témoignages. 

Une question de survie  

Marilyne Bouchard, fondatrice de l'entreprise de soins corporels BKiND.

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Marilyne Bouchard, fondatrice de l'entreprise de soins corporels BKiND.

«Je commence à devenir profitable seulement à partir de la dernière semaine de novembre», confie la fondatrice de la marque BKIND, Marilyne Bouchard. Pour l’entreprise de produits de soins corporels et de cosmétiques naturels fabriqués à Montréal, le vendredi fou est «une question de survie».  

«Ça me permet de payer mes employés, c’est toujours comme ça chaque année, poursuit-elle. Et avec l’argent du Black Friday, ça m’a permis d’acheter une machine qui transforme tout notre recyclage en carton ondulé pour protéger les produits dans les commandes et changer les bouteilles de produits en contenant OceanBond, du plastique ramassé sur les berges des océans. Pour pouvoir offrir des options vraiment vertes, il faut faire de l’argent. Tout coûte plus cher quand on veut être écologique.» 

Convaincre les nouveaux consommateurs  

Simon-Pier Ouellet, Vicky Jodry et Jean-Philippe Bergeron: les trois cofondateurs de OLA Bamboo.

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Simon-Pier Ouellet, Vicky Jodry et Jean-Philippe Bergeron: les trois cofondateurs de OLA Bamboo.

«C’est impossible de ne pas offrir des rabais au Black Friday. Les gens nous demandent des semaines d’avance quelles seront nos promotions», affirme le copropriétaire de la compagnie Ola Bamboo, qui fabrique des brosses à dents en bambou, Jean-Philippe Bergeron.  

«En faisant des rabais, on est capable d’aller chercher de nouveaux clients qui vont essayer nos produits pour lesquels le prix est parfois un facteur de doute, dit-il. C’est souvent dans cette période qu’on fait l’acquisition de nouveaux clients. Sans oublier que notre principal compétiteur, c’est Colgate. Je préfère que l’argent soit dépensé ici, au Québec, que dans une grosse multinationale qui fabrique ses brosses à dents en Chine.» 

Prendre le démon par les cornes  

Dustin Jones et son partenaire Greg Freihofner.

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Dustin Jones et son partenaire Greg Freihofner.

«On peut voir le Black Friday comme un démon, décider de fermer ou de ne pas offrir de soldes. OK. Je comprends. C’est honorable. Mais, comment les consommateurs vont-ils réagir? Ils vont simplement aller acheter ailleurs et pas nécessairement dans des compagnies écoresponsables», souligne le président Frank and Oak, Dustin Jones. 

L’entreprise montréalaise de vêtements écoresponsables vendue à un fonds américain à l’automne 2020, dit participer au Black Friday entre autres pour «ramener des consommateurs qui ne peuvent pas se payer [ses] produits».  

Souliers à zéro impact, polar biodégradable ou chandail fabriqué en plastique recyclé et en coquilles d’huîtres: «si on veut régler le problème, il faut commencer bien dans la chaine de production, bien avant le Black Friday», croit M. Jones. 

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