Rien n’avait été fait pour préparer les CHSLD à la COVID-19: ce qu’il faut savoir du rapport de la protectrice du citoyen | 24 heures
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Rien n’avait été fait pour préparer les CHSLD à la COVID-19: ce qu’il faut savoir du rapport de la protectrice du citoyen

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Photo d'archives Agence QMI, Joël Lemay
  • Rien n’a été fait pour préparer les CHSLD dans les mois précédents l’arrivée de la COVID-19 au Québec.   

  • Le rapport spécial de la protectrice du citoyen, Marie Rinfret, souligne à quel point ils se trouvaient dans «l’angle mort» du gouvernement.  

  • La protectrice du citoyen formule 27 recommandations incluant, entre autres, de mettre en place une politique d’évaluation et de gestion des risques en CHSLD.   

Rien n’a été fait pour préparer les CHSLD dans les mois précédents l’arrivée de la COVID-19 au Québec, révèle un rapport explosif qui met à mal la version de l’ex-ministre de la Santé, Danielle McCann, à l’enquête de la coroner Géhane Kamel sur les décès en CHSLD.

L'angle mort du gouvernement  

Le très attendu rapport spécial de la protectrice du citoyen, Marie Rinfret, sur les conséquences de la première vague de la COVID-19 dans ces établissements, souligne à quel point ils se trouvaient dans «l’angle mort» du gouvernement.

La protectrice du citoyen, Marie Rinfret

Photo Stevens LeBlanc

La protectrice du citoyen, Marie Rinfret

Obnubilés par la situation en Italie où les hôpitaux débordaient de patients infectés par le coronavirus, en février 2020, les autorités québécoises ont fait preuve «d’hospitalocentrisme» et se sont concentrées sur ces établissements de première ligne, y explique-t-on.

Hécatombe au CHSLD Herron 

Ainsi, au moment d’élaborer la réponse à la pandémie, aucun scénario tenant compte des CHSLD n’a été réalisé. Si le ministère de la Santé soutient que «l’urgence d’agir explique cette situation», l’oubli relève plutôt d’une «planification clinique en vase clos», estime la protectrice.

Ce n’est qu’à la deuxième semaine d’avril, avec la découverte de l’hécatombe au CHSLD Herron, à Dorval, que Québec a finalement présenté des mesures renforcées de protection dans les milieux de vie, souligne Marie Rinfret.

«C’est donc en pleine crise, constatant que plusieurs CHSLD avaient perdu le contrôle des éclosions début avril 2020, qu’il a fallu, précipitamment, remédier aux lacunes et redresser la situation», dit-elle.

La version de McCann contredite 

Ces informations soulèvent des doutes au sujet des témoignages d’importants acteurs du réseau de la santé aux audiences de l’enquête publique sur les décès en CHSLD de la coroner Géhane Kamel la semaine dernière.

Danielle McCann

Photo d'archives, Stevens LeBlanc

Danielle McCann

Danielle McCann avait affirmé qu’il avait été demandé le 22 janvier 2020 aux PDG des CISSS et CIUSSS de mettre à jour leurs plans de lutte contre une pandémie de leurs établissements, y compris pour leurs CHSLD.

Des discussions ont eu lieu dès janvier 2020 concernant la vulnérabilité au coronavirus des aînés en CHSLD, a indiqué pour sa part le directeur national de la santé publique, Dr Horacio Arruda.

Le Dr Horacio Arruda

Photo courtoisie

Le Dr Horacio Arruda

27 recommandations 

«Au-delà des CHSLD, ce sont leurs résidents et résidentes qui ont été mis de côté au moment de fortifier les remparts contre le virus. Quels que soient l'avenir et les possibilités d’un autre bouleversement mondial, cette situation ne doit plus jamais se reproduire», écrit Marie Rinfret dans une section consacrée aux suites à donner à cette crise.

La protectrice du citoyen formule 27 recommandations incluant, entre autres, de mettre en place une politique d’évaluation et de gestion des risques en CHSLD et d’instaurer des commémorations annuelles des victimes de la COVID-19 et des personnes qui ont travaillé auprès d’elles.

Les révélations contenues dans le rapport de la protectrice du citoyen soulèvent également des questions quant au rôle joué par la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, dans la préparation du réseau face à la COVID-19.

Rappelons qu’elle n’a pas témoigné aux audiences de la coroner puisqu’elle est en arrêt de travail. La protectrice du citoyen a refusé de dévoiler l’identité des personnes qu’elle a rencontrée pour son enquête, mais on précise toutefois qu’elle a pu s’entretenir avec tous les témoins qu’elle souhaitait.