Quand la maladie mentale vole notre père | 24 heures
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Quand la maladie mentale vole notre père

BILLET - J’ai assisté dernièrement à une conférence axée sur la santé mentale des hommes noirs. Joshua Cenacle, 24 ans, a pris le micro pour partager son histoire. Son père est un sans-abri aux prises avec des problèmes de santé mentale, et sa mère est atteinte d’un cancer. J’avoue : j’ai versé quelques larmes. 

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«Mon papa est un itinérant. Il est très malade et il n’est jamais allé voir un professionnel. Pris avec des problèmes de santé mentale, il a toujours voulu se débrouiller par lui-même», confie Joshua, dont le père est absent de sa vie depuis son enfance.  

Joshua Cenacle, 24 ans, est sensible au sort des itinérants qui souffrent de problèmes de santé mentale. C'est le cas de son père.

Courtoisie Joshua Cenacle

Joshua Cenacle, 24 ans, est sensible au sort des itinérants qui souffrent de problèmes de santé mentale. C'est le cas de son père.

«L’aide, il n’en voulait pas. C’est encore tabou dans notre communauté de chercher de l’aide psychologique», poursuit le jeune homme d’origine haïtienne. 

Je lui demande : avoir un père dans la rue a-t-il eu des répercussions dans ta vie? 

«C’était difficile... Je ne savais pas quoi faire de ma peau. L’excuse du père absent était toujours présente. Un jour, je me suis dit que devais vivre ma vie, et je voulais briser le cycle. J’avais le choix de me retrouver à la rue moi aussi ou de faire autre chose», me répond-il. 

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Une grande sensibilité 

Joshua a développé une grande sensibilité envers les personnes qui souffrent de problèmes de santé mentale, et il tente de changer le narratif en tendant la main aux autres. 

«Il m’arrive l’hiver de dépenser des centaines de dollars dans les magasins pour acheter des mitaines, des manteaux, des bottes... Et, seul, je me promène dans les rues de Montréal et je les distribue aux itinérants», explique-t-il.  

«J’ai un père qui vit dehors et je suis sensible à ça. Au lieu d’être triste, je me dis pourquoi ne pas faire quelque chose?» soulève-t-il. 

Je suis sensible aussi. Surtout qu’on sait que lors de situations de détresse psychologique, des altercations entre itinérants et policiers peuvent être fatales. Je pense entre autres à la mort d’Alain Magloire, décédé sous les balles des policiers en 2014, et au rapport du coroner qui soulevait plusieurs lacunes dans l’intervention de ceux-ci. 

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MAXIME DELAND/AGENCE QMI

On aimerait que tout le système soit capable d’autant d’humanisme que Joshua...  

Comment ne pas broyer du noir? 

Comme si ce n’était pas assez, Joshua occupe un rôle de grand frère indispensable auprès de son jeune frère et sa sœur, parce que leur mère est atteinte d’une tumeur au cerveau, qui lui a occasionné des épisodes de dépression profondes. 

Joshua Cenacle et sa mère

Courtoisie Joshua Cenacle

Joshua Cenacle et sa mère

Il s’occupe de tout : les finances, les soupers, les devoirs, les activités parascolaires, les pratiques... (Son frère de 20 ans est d’ailleurs un athlète prometteur qui vient tout juste de remporter le Bol d’Or de football.)   

Il voulait «briser le cycle»: décidément, ç’a fonctionné. 

Autre question: comment fais-tu pour garder le cap dans tout ça, sans broyer du noir?  

«Je me garde occupé. Je fais du yoga et je n’apporte que de la positivité dans ma vie. Je me parle beaucoup et je parle aux gens de confiance. Tout ce qui arrive de négatif, je le transforme en positif. Ce n’est peut-être pas la meilleure façon, mais ça fonctionne pour moi», me raconte-t-il. 

Ce super humain est également éducateur spécialisé auprès d’enfants handicapés et il considère que ces jeunes sont «sa thérapie».   

«Un jour, il y avait un de mes jeunes qui était en grosse crise. Mon réflexe a été de le serrer dans mes bras. Je lui ai donné un gros câlin qui a duré deux, trois minutes. Il s’est senti immédiatement senti soulagé», relate-t-il. 

«Ça m’a fait du bien. J’ai pu changer une situation de crise en une situation positive. Ça m’aide d’aider, you know», conclut-il.  

I know... 

Une fin heureuse 

Après ma conversation avec Joshua, tout se chamboulait très vite dans ma tête. 

C’est un modèle à suivre, même à son jeune âge.  

Je me suis promis de faire comme lui, car l’approche bienveillante est un baume sur les cœurs des malaimés.  

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