Un chef d’entreprise offre des congés de maladie illimités à ses employés | 24 heures
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Un chef d’entreprise offre des congés de maladie illimités à ses employés

Charles Davignon entouré de ses employés.
Photo courtoisie, Antilope, et photomontage Marilyne Houde

Charles Davignon entouré de ses employés.

Les employeurs doivent rivaliser de créativité pour garder leurs effectifs en pleine pénurie de main-d’oeuvre. Pour Charles Davignon, président de l’agence publicitaire montréalaise Antilope, la solution passe d’abord par l’autonomie. C’est pour cette raison que l’entrepreneur a choisi d’offrir des congés maladie illimités à ses employés. 

Lorsqu’un employé d’Antilope se sent patraque, il peut tout simplement prendre congé, sans justification ni de billet du médecin. Ce congé ne sera pas soustrait à une banque d’arrêts maladie annuels et il n’a qu’à avertir ses collègues pour qu’on puisse coordonner ses tâches en son absence. C’est la politique que Charles Davignon a instaurée depuis près d’un an dans la boîte de publicité de Montréal.

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C’est durant le confinement que l’idée des arrêts maladie illimités lui est venue : «On s’est mis à beaucoup parler de santé mentale en 2020. On voulait encourager les bonnes habitudes pour éviter de s’épuiser au travail.»

Cette approche basée sur la confiance se révèle être bénéfique pour le bien-être autant que la productivité. Le président d’Antilope entend d’ailleurs se démarquer dans le monde de la publicité à l’aide de cette politique: «Les gens quittent beaucoup les agences à cause de l’environnement de travail. Les heures sont longues et on fait face à beaucoup de micromanagement. J’ai voulu aller à l’opposé de ça et instaurer un climat basé sur la confiance.»

Le besoin d’autonomie 

Selon le psychologue organisationnel Jacques Forest, ce style de gestion fonctionne parce qu’il aide à satisfaire des besoins de base de l’être humain. « La théorie de l’autodétermination montre qu’il existe trois besoins universels de base : l’autonomie, le sentiment de compétence et l’affiliation sociale », explique-t-il. Lorsqu’on a confiance que ses employé.es vont atteindre les objectifs en organisant leur horaire seul.es, on renforce leur autonomie et leur sentiment de compétence.

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«Personne ne se lève un matin en se disant “je souhaite qu’on me contrôle et qu’on m’aliène”. Tout le monde retire des bénéfices d’avoir plus de contrôle sur son quotidien, autant au niveau de la santé mentale que physique», résume le psychologue. 

Une question de confiance 

Si tout le monde peut prendre congé quand il veut, y aura-t-il de l’abus ? Pas si on a instauré un climat de confiance au préalable selon Jacques Forest: «Les humains ont une forte tendance à faire confiance aux autres, jusqu’à ce qu’on les blesse. Lorsqu’on abuse des congés, c’est une façon de se faire justice soi-même parce qu’on n’est pas traité avec bienveillance.» 

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Après un an d’arrêts maladie à la discrétion des employé.es, Charles Davignon constate que le nombre d’absences est resté relativement stable. «Les gens prennent un peu plus de petits congés, mais ça vaut la peine si c’est pour réduire le nombre d’épuisements et de départs qui perturbent davantage l’équipe.»

Il a remarqué quelques changements au sein de la boîte depuis un an : «Au début, on n’avait pas le réflexe de prendre congé avant que ça aille vraiment mal. Maintenant, on se sent plus à l’aise de prendre du temps pour soi et on sait qu’on ne sera pas jugé.»

Le président d’Antilope reconnaît qu’une organisation flexible du travail se prête mieux aux métiers créatifs comme le sien. Cependant, c’est une façon de penser facilement applicable à tous les domaines selon lui: «faire confiance à son monde, ça peut se faire autant à l’épicerie que dans une boîte de publicité.»

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