Une machine révolutionnaire développée au Québec permet de réutiliser des tonnes de briques | 24 heures
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Une machine révolutionnaire développée au Québec permet de réutiliser des tonnes de briques

Image principale de l'article Une machine pour réutiliser des tonnes de briques
TOMA ICZKOVITS/AGENCE QMI
  •  Des tonnes de briques en bon état sont jetées chaque année.    

  • Une nouvelle machine lancée lundi promet de nettoyer les vieilles briques rapidement et à faible coût afin de pouvoir les réutiliser.  

  • Près de 1,4 million de tonnes de déchets provenant du milieu de la construction, démolition et rénovation (CRD) sont envoyées chaque année dans les sites d’enfouissement.   

Une entreprise de maçonnerie montréalaise vient de mettre au point la première machine au monde capable de nettoyer la brique afin de la réutiliser. Une «petite révolution» pour le très polluant secteur de la construction, qui produit près de 30% des déchets acheminés vers les sites d'enfouissement.

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«Rénover une salle de bain génère plus de déchets que dix années de [résidus] de vie courante, alors imaginez rénover de grands bâtiments au complet. On parle de quantités astronomiques», illustre le directeur général d'Écohabitation, Emmanuel Cosgrove.

Le réemploi des matériaux de construction est «un chantier prioritaire», dit-il, puisqu’à court terme, il permettrait de réduire — et de beaucoup — les gaz à effet de serre (GES) émis par l’industrie.

À preuve, la réutilisation des briques d’un seul mur de 1000 pieds carrés éviterait l’émission de 5,9 tonnes de gaz carbonique. «C’est l’équivalent d’une voiture et demie de moins sur les routes», souligne le président de Maçonnerie Gratton, Tommy Bouillon, qui lançait lundi sa machine Brique-Recyc, après 3 ans de recherche et développement.

Le président de Maçonnerie Gratton, Tommy Bouillon, a présenté le prototype de son invention lundi devant les bureaux de sa compagnie, à Verdun.

TOMA ICZKOVITS/AGENCE QMI

Le président de Maçonnerie Gratton, Tommy Bouillon, a présenté le prototype de son invention lundi devant les bureaux de sa compagnie, à Verdun.

Plus vite, moins cher 

«Ça coûte moins cher de prendre toute la brique d’un mur, la jeter dans un conteneur, l’envoyer au site d’enfouissement et en importer de la nouvelle des États-Unis, que de récupérer les briques d’un mur pour le reconstruire», fait valoir M. Bouillon.

Il faut dire que chaque brique doit être nettoyée de son mortier manuellement avec un marteau, et que la main-d’œuvre est onéreuse sur les chantiers de construction.

«C’est un gros problème», signale Guillaume Houle, porte-parole de l’Association de la construction du Québec (ACQ). «Qui accepterait de faire réparer son vieux frigidaire pour plus cher que d’en acheter un nouveau?», image-t-il.

Mais avec sa scie diamant guidée par un système de laser, Brique-Recyc parvient à polir une vieille brique en moins de sept secondes. C’est quatre fois plus rapide que le procédé actuel, selon M. Bouillon. 

La machine Brique-Recyc permet de récupérer la brique plutôt que de l'envoyer à l’enfouissement.

TOMA ICZKOVITS/AGENCE QMI

La machine Brique-Recyc permet de récupérer la brique plutôt que de l'envoyer à l’enfouissement.


«On a un méchant gain en temps et la brique ne quitte jamais le site. C’est mieux pour l’environnement et pour le portefeuille du client», lance-t-il.

Le prototype de Brique-Recyc aura coûté 100 000$ à Maçonnerie Gratton, sans compter le temps ni les salaires. 

Tommy Bouillon compte commercialiser sa machine «au début de 2022», mais ignore à quel prix elle sera détaillée. Il estime toutefois qu’elle sera remboursée en moins de deux mois de travail.

Coût environnemental élevé 

Chaque année, les chantiers envoient à l’enfouissement des tonnes de briques pourtant encore en bon état. Et comme il n’existe plus d’usine de production au Québec, toutes les nouvelles briques sont importées des États-Unis ou de l’Ontario.

«La raison pour laquelle on parle de grosses économies de GES avec le réemploi des briques, c’est parce que le processus de cuisson de l’argile demande de la combustion. On ne peut pas chauffer des fours à très haute température avec de l’électricité», ajoute Emmanuel Cosgrove d'Écohabitation. «On utilise le charbon, par exemple, qui est une énergie sale.»

Pour l’écologiste donc, il est primordial d’inciter les entrepreneurs à utiliser des matériaux réutilisés.

Comment?

«Ce sont souvent les contrats publics qui permettent de montrer l’exemple», dit-il. «Si les gouvernements obligeaient le réemploi des matériaux dans leurs appels d’offres, ça serait un incitatif.»

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