Grève dans les CPE: voici comment les parents (ou plutôt les mères) se débrouillent | 24 heures
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Grève dans les CPE: voici comment les parents (ou plutôt les mères) se débrouillent

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Photo René Leclerc

Le déclenchement d’une grève illimitée dans 400 Centres de la petite enfance (CPE) affecte directement les parents de jeunes enfants qui doivent une nouvelle fois s’adapter rapidement. Avec déjà 10 jours de grève depuis septembre, les options sont de plus en plus limitées. 

Pour savoir comment les familles s’organisent au quotidien, nous avons parlé à des mères, sur qui repose encore souvent la charge mentale liée à la gestion des enfants (mais ça, c’est une autre question).  

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Voici donc les options qui s’offrent à vous pour (tenter de) gérer vos enfants et votre vie professionnelle. 

Prendre (encore) des jours de congé  

«Mon amoureux a pris le reste de la semaine, parce que je suis en tournage, confie Geneviève Jannelle, directrice de création dans une agence de pub et mère de trois filles de un, quatre et sept ans. Il brûle tous ses congés de maladie. Alors, une fois la grève terminée, ni lui ni les enfants ne pourront être malades le reste de l’année», dit-elle, incrédule. Elle sait que l’un ou l’autre sera certainement malade et que des congés sans solde devront être pris.   

Elle souligne que, au-delà des croyances, s’occuper de ses enfants en télétravail, ce n’est pas possible. Bien des parents sont aussi en train de «brûler leurs vacances en famille de l'été prochain». La mère indique que tout ça s’ajoute à des absences dues à des symptômes COVID-19 ou des tests de dépistage. Avec cette accumulation, elle se sent emparée d’un sentiment d'«épuisement» et de «ras-le-bol».  

Photo Courtoisie

En plus, son travail ne lui permet pas de prendre congé sans travailler tout de même un peu, même si son employeur est compréhensif. «Lorsque je prends du temps avec mes enfants, de jour, je rattrape mon travail, de soir. De nuit», explique-t-elle.  

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«L’impact de la grève, c’est un sentiment d’épuisement, de ras-le-bol. Les parents sont à bout. Ils n’en peuvent plus. Ils vivent énormément de stress et d’anxiété. Ils se sentent constamment coupables face à leurs collègues d’être souvent absents ou à moitié présents», lance-t-elle.  

Geneviève et son amoureux tentent de trouver une gardienne pour la semaine prochaine «parce que ce n’est plus possible de continuer de s’absenter comme ça».  

Travailler avec son enfant  

D’autres n’ont pas le choix de travailler en compagnie de leur enfant. C’est le cas de Julie, qui amène sa fille Emma avec elle à son salon de coiffure, dans Lanaudière.  

«Un petit mot pour vous informer que mon CPE vient de tomber en grève illimitée alors sachez qu’il se pourrait que ma belle Emma soit avec nous dans le salon de coiffure. Si toutefois ça ne vous convient pas laissez-le moi savoir et je vous dirai si j’ai quelqu’un pour Emma cette journée-là. Merci de votre compréhension !», peut-on lire dans une publication sur sa page Faceook Coiffure chez Ju. 

Plusieurs personnes ont répondu à sa publication avec positivisme et compréhension.  

«On ne peut pas toujours demander à nos parents alors ça sera un petit casse-tête», a dit Julie au 24 heures. Elle affirme que ces journées au travail avec sa fille se passent bien jusqu’à présent et qu’elle s’adaptera selon la situation.  

«Lorsque nous décidons de faire des enfants, nous les choisissons d’abord, peu importe les obstacles sur notre chemin», conclut-elle.  

Faire appel à une halte-garderie  

Lorsqu’elle a su que le CPE de sa fille de deux ans serait en grève illimitée, Carline Barbier a rapidement contacté une halte-garderie. La résidente de l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve souhaite y faire garder sa fille trois fois par semaine. Et le prix est très abordable: elle paie 6$ par jour.  

Les autres jours, Carline, qui est monoparentale, amène sa fille avec elle à l’école. L’étudiante à temps partiel affirme que l’École Hors Mur du Carrefour Familial Hochelaga où elle étudie est «très flexible». En plus des bricolages et des dessins, Carline coordonne des sorties au parc avec d’autres familles pour occuper sa fille.  

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S’organiser en mode collectif  

Pour pallier l’absence de garderie, Sarah Landry s’est entendue avec la famille d’un autre enfant du groupe de son fils pour mettre en place une garde partagée. Les deux jeunes enfants passent donc des demi-journées chez l’une ou l’autre des familles. Les grands-parents du garçon de trois ans aident aussi parfois, mais ne sont pas toujours disponibles.  

Lorsqu’elle s’occupe des deux enfants, Sarah doit à l’occasion demander des congés parentaux à son employeur. Elle admet que c’est très difficile de combiner les deux et qu’elle n’a pas le choix de prendre congé ou de rattraper son retard le soir.  

«On est vraiment solidaires avec les grévistes», souligne Sarah, qui a cosigné une lettre dans La Presse la semaine dernière. «Je veux des bons services pour mon fils. Ça m’affecte de voir qu’en 2021, on n’est pas capables de voir que les CPE sont essentiels dans notre société», regrette-t-elle. 

«Ça m’affecte de voir que le gouvernement n'a pas l’intention de régler [le conflit] rapidement.»

Sarah trouve que toutes ces incertitudes et ces adaptations successives, mais aussi la fatigue, représentent un poids sur sa santé mentale. «Ce n’est pas une situation qui sera tenable longtemps pour les familles du Québec», croit-elle, encore plus après tous ces mois de pandémie. 

Faire appel à son réseau   

Mardi, Valérie Sauvé a lancé un appel à ses proches sur Facebook en tentant d’obtenir de l’aide pour la garde de son enfant de 15 mois.  

«J’ai la chance d’avoir un réseau, même s’ils sont loin», affirme Valérie Sauvé. Surtout que sa fille de 15 mois, qui a fait son entrée à la garderie cet automne, a déjà dû manquer de nombreux jours en raison de maladies.  

«On se sent pris en otage», admet la mère, même si elle offre tout son soutien aux employés des CPE. Elle a pris tous ses congés de maladie, tout comme sa mère, qui a vidé sa banque de congés cette semaine. Le conjoint de Valérie, qui est opérateur dans une usine, ne peut prendre que des congés sans solde.  

«C’est une grosse charge mentale.» L’éducatrice spécialisée trouve que ça empiète sur ses journées de travail, puisqu’elle y pense constamment. Avec les enfants qu’elle aide, comme à la maison, elle est moins patiente en raison de la grande fatigue.  

Le stress financier est aussi très grand. Comme Valérie doit toujours payer la garderie, elle n’a pas les moyens d’investir dans une gardienne ou d’offrir à sa fille une place dans une garderie privée.  

Si la grève se poursuit la semaine prochaine, elle ira porter son jeune enfant chez ses beaux-parents, qui sont à trois heures de route, pour quelques jours.  

LA BONNE IDÉE du jour: offrir des services de gardiennage  

C’est ce qu’a décidé de faire Camille, qui garde son fils de quatre ans à la maison. Il fréquente depuis septembre dernier le CPE La Ruche, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve.  

Sur un groupe Facebook des gens du secteur, elle propose de garder gratuitement un ou deux autres enfants de la même garderie pour aider des parents dans le besoin. «Je pense qu’à un moment donné, on peut être solidaire», croit-elle. Au moment de nous parler, elle n’avait toujours pas reçu de demande.   

Camille souligne que tous ces jours de grève ont des «répercussions très fortes» sur les parents, qui doivent s’adapter de jour en jour. Anciennement préposée aux bénéficiaires, elle a dû repousser le début d’une formation pour réorienter sa carrière. Camille ne sait toujours pas quand elle sera capable de l’entamer comme elle a la garde à temps plein de son fils. 

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