Voici pourquoi l’euthanasie des cerfs de Virginie était la meilleure décision pour Longueuil | 24 heures
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Voici pourquoi l’euthanasie des cerfs de Virginie était la meilleure décision pour Longueuil

Image principale de l'article Voici pourquoi Longueuil a privilégié l’euthanasie
Joël Lemay / Agence QMI
  •  La mairesse de Longueuil, Catherine Fournier, a décidé que la majorité des cerfs de Virginie du parc Michel-Chartrand devaient être abattus, après que l’ancienne mairesse eut reculé sur la décision.   

  • L’écosystème du parc Michel-Chartrand est menacé par le surbroutement et les ravages de l’agrile du frêne.    

  •  Si rien n’est fait, d’importants investissements devront être réalisés pour revenir en arrière, selon un biologiste.   

Après avoir reculé l’an dernier face au tollé que la décision avait soulevé, voilà que Longueuil remet sur les rails le projet d’euthanasie d'une partie de la population des cerfs de Virginie du parc Michel-Chartrand. On vous explique pourquoi la Ville a pris cette décision.

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Comment en sommes-nous arrivés là?  

D'abord, il faut savoir qu'il y a une surpopulation de cerfs de Virginie à Longueuil. Cette situation s'explique du fait qu'il y a très peu de prédateurs pour les chevreuils dans ce secteur, mentionne Martin-Hugues St-Laurent, professeur d'écologie animale à l’Université du Québec à Rimouski. 

«On a éradiqué le loup et le coyote, qui est davantage présent dans les milieux urbains, mais qui n’est peut-être pas assez implanté dans les régions agroforestières. Le principal prédateur du cerf de Virginie dans ce secteur-là est, essentiellement, le chasseur sportif», dit-il. 

Toutefois, pour des raisons de sécurité publique et d’acceptabilité sociale, la chasse sportive n’est pas autorisée dans le parc Michel-Chartrand.

Joël Lemay / Agence QMI

Autre raison pouvant expliquer cette présence accrue des cerfs de Virgnie à Longueuil: le grand Montréal est entouré d’une ceinture agroforestière, ce qui a permis à ces animaux de se frayer un chemin jusqu’au parc. L’endroit offrait des conditions d’habitat favorables à une bonne alimentation, en plus des gens qui nourrissent les cerfs.

«Ç’a amené les cerfs à se reproduire en abondance et ils n’ont pas été freinés par la prédation», ajoute Martin-Hugues St-Laurent, soulignant la nécessité de maintenir un équilibre dans cette population.

Pourquoi est-ce la meilleure décision pour Longueuil?  

L’écosystème du parc Michel-Chartrand est grandement menacé. En effet, l’agrile du frêne a fait des ravages sur de nombreux arbres du parc, qui ont dû être abattus. 

Après ces coupes, la densité de la population de cerfs a causé du surbroutement, empêchant des espèces de se régénérer. Et alors que ces arbres n'arrivaient pas à se régénérer, d'autres espèces envahissantes qui résistent au broutement des cerfs, comme le nerprun cathartique, se sont imposées. 

Résultat: les espèces natives doivent rivaliser avec les espèces envahissantes pour la lumière du soleil.

Joël Lemay / Agence QMI

«Les écosystèmes sont en train de se dégrader en accéléré, encore plus rapidement qu’avec les changements climatiques, prévient Jean-Pierre Tremblay, professeur à l’Université Laval et biologiste. C’est un enjeu majeur et, dans cette situation, le cerf cache la forêt.» 

L’objectif est donc de ramener la population des cerfs à un niveau acceptable pour le parc et son écosystème, soit 10 à 15 individus, indique le rapport de la table de concertation sur l’équilibre écologique du parc Michel-Chartrand. L’automne dernier, un dénombrement aérien comptabilisait plus de 70 cerfs, c'est-à-dire cinq fois plus que le parc peut en soutenir. 

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La possibilité de déplacer les cerfs a également été étudiée, mais la fragilité des cerfs de Virginie à la contention — qu’elle soit physique ou chimique— et au déplacement rendait cette option moins viable aux yeux des experts. 

«Ce n’est pas mieux si le cerf se fait tuer par un prédateur une fois déplacé ou qu’un accident avec une voiture survienne. La collision va d’autant plus faire les manchettes si on constate que le cerf impliqué porte une boucle d’oreille qui l’identifie comme étant l’un des individus provenant du parc Michel-Chartrand», explique Martin-Hugues St-Laurent.

Aussi une question de santé publique  

Au-delà de la survie de l’écosystème du parc, c’est aussi une question de santé publique, puisque les cerfs de Virginie peuvent propager des parasites, notamment la tique à pattes noires, qui peut causer la maladie de Lyme, soutient la table de concertation. 

Environnement Canada a d’ailleurs découvert trois cerfs infectés à la COVID-19 en Estrie en novembre dernier, après que le phénomène eut été observé aux États-Unis. Rien ne porte à croire, pour l’instant, que les cerfs puissent transmettre le virus.

Qu’arriverait-il si on laissait la situation telle quelle?  

Selon Jean-Pierre Tremblay, si la situation perdurait, on se trouverait dans un «nouvel état écologique, dominé par les espèces envahissantes». 

«La composition du paysage changerait. Un paillis dense joncherait le sol, favorable aux petits mammifères dont on ne veut pas nécessairement. Les oiseaux qui nichent très haut dans les arbres seraient désavantagés, donc on pourrait s’attendre à un changement dans les espèces aviaires que l’on voit», explique Jean-Pierre Tremblay.

Selon lui, des investissements majeurs seraient nécessaires pour éliminer les espèces envahissantes, refaire des plantations et les protéger du broutement. «Ça prend une action rapide, sinon le retour en arrière va coûter cher», affirme le biologiste.

Joël Lemay / Agence QMI

Comme les cerfs ne broutent pas ces espèces envahissantes, ils se trouveraient, à terme, sans nourriture et finiraient par mourir de faim, poursuit Martin-Hugues St-Laurent. «Je ne pense pas que les gens sont intéressés à trouver des carcasses de cerfs de Virginie dans le parc et en périphérie.»

Comment gardera-t-on l’équilibre après ça?  

Rien n’empêche de nouveaux cerfs de Virginie de se déplacer et d’élire domicile dans le parc Michel-Chartrand, provoquant le même problème si rien n’est fait pour maintenir un équilibre.

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«Si on ne contrôle pas et qu’on ne rétablit pas un équilibre, les facteurs qui ont mené à cette situation seront encore là dans deux, cinq ou dix ans. On va être obligé de recapturer et délocaliser ou recapturer et euthanasier. On a affaire à une espèce prolifique qui est l’une des moins effarouchées par l’espèce humaine», croit Martin-Hugues St-Laurent.

Si la table de concertation n’a pas indiqué quelles mesures pourraient être prises pour conserver l’équilibre du cheptel après coup, Jean-Pierre Tremblay estime que la relocalisation, l’immunocontraception et la chasse sportive seraient de bonnes solutions.

Martin-Hugues St-Laurent salue au passage la décision de la mairesse Catherine Fournier, de respecter, dans cette affaire, les recommandations des scientifiques spécialisés. Il espère maintenant que la Ville et le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs mettront sur pied une stratégie de communication claire pour expliquer la décision à la population.