La vie amoureuse et sexuelle d’une personne handicapée, à quoi ça peut ressembler? | 24 heures
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La vie amoureuse et sexuelle d’une personne handicapée, à quoi ça peut ressembler?

«Une personne handicapée est capable de faire l’amour»: comme tout le monde, les personnes qui vivent avec un handicap ont droit à une vie amoureuse et sexuelle.  

«Les couples dans lesquels personne n’a de handicap apprennent à vivre leur sexualité de la même manière que j’ai appris avec mes partenaires», explique Alexandre Vallerand, qui souffre de paralysie cérébrale.   

Et en cette Journée mondiale des personnes handicapées, le jeune homme est clair: «Ce n’est pas parce que je suis handicapé que je n’ai pas de vie sexuelle.»  

Son handicap nécessite tout de même certaines adaptations. En raison d’une motricité réduite et du fait qu'il n’a l'usage que d’un bras, il a de la difficulté à tenir de petits objets. Il lui est donc impossible, par exemple, de mettre un condom par lui-même.   

Alexandre Vallerand

Photo Guillaume Cyr

Alexandre Vallerand

«Je ne peux pas bouger mon bassin, alors je dois trouver d’autres solutions pour faire plaisir à ma partenaire», poursuit-il, tout en précisant qu'il faut du temps pour trouver son confort.   

«J’ai appris avec le temps qu’il ne faut pas avoir peur d’aller dans un sex shop», mentionne-t-il. C’est comme ça qu’il a appris à vivre sa sexualité. Selon lui, il ne faut pas avoir peur d'aller «chercher une béquille».   

Même son de cloche du côté de Mélody Courtois: si les personnes handicapées ont des besoins et des désirs sexuels comme tout le monde, parfois, il faut les adapter.   

Mélody Courtois

Mélody Courtois

«Je suis dans un fauteuil roulant, je ne peux pas faire ça n’importe où», indique celle qui souffre d’ataxie de Friedreich, une maladie qui atrophie les muscles, en plus de nuire à la coordination, à la dextérité et à l’élocution.  

Même si l’activité perd en spontanéité, sa vie sexuelle est pleinement épanouie, assure-t-elle.   

La confiance est la clé      

Richard Guilmette souffre d’amyotrophie spinale de type 2. En raison de cette maladie dégénérative, il peut seulement bouger la tête. Même s’il reconnaît que sa maladie peut représenter un obstacle au lit, selon lui, tout est «une question de confiance en soi».   

«Les personnes handicapées peuvent être aussi perverses que d’autres personnes», mentionne Richard, qui est président et fondateur du Mouvement citoyen Handicap-Québec.   

Richard Guilmette

Richard Guilmette

Comme il ne peut pas bouger son corps, il opte notamment pour les mots pour charmer sa partenaire. «La sexualité, c’est dans la tête que ça se passe avant tout», affirme-t-il. Et il n'a pas peur de le dire: «Toutes mes conjointes ont été heureuses!»  

Des préjugés qui persistent      

Mais tout n’est pas rose pour autant. Si Alexandre assume complètement sa sexualité, il reconnaît qu'il lui est parfois difficile de dater.   

«Quand je suis sur Facebook Rencontre, les gens ont encore un malaise», mentionne-t-il. Une fois, il s’est fait demander s’il était capable de faire l’amour. Alexandre pense qu’il y a «une certaine peur de faire l’amour avec une personne qui a un handicap».  

«C’est difficile d’être une personne handicapée, dans une société comme la nôtre. On est toujours en train de nous infantiliser», regrette Richard Guilmette. Il remarque que plusieurs personnes ont l’impression qu’être en couple avec une personne handicapée signifie devoir constamment en prendre soin.   

«Il a toujours fallu que j’éduque les parents [de mes partenaires]», soutient-il.   

Mais même si «beaucoup de gens ne veulent pas s’engager avec une personne handicapée», plusieurs sont capables de voir au-delà de ça, insiste Mélody Courtois.   

«Quand une personne tombe amoureuse, que ce soit avec une personne handicapée ou pas, elle tombe amoureuse», conclut pour sa part Richard Guilmette. Parce que l’amour, dit-il, c’est peut-être la seule chose que les préjugés ne peuvent pas briser.