Le journal étudiant de Polytechnique Montréal publie un article «humoristique» et ça ne passe pas | 24 heures
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Le journal étudiant de Polytechnique Montréal publie un article «humoristique» et ça ne passe pas

Image principale de l'article Un article jugé sexiste ne passe pas
Pierre-Paul Poulin / Le Journal
  •   L’article «Martine va à l’ÉTS» a été publié la semaine dernière dans la dernière édition du journal étudiant de Polytechnique Montréal, Le Polyscope.   

  • Cette publication voit le jour en pleine semaine de commémoration de la tuerie de Polytechnique, pire féminicide que le Canada ait connu.   

  • Le média étudiant a été fustigé de toutes parts, se faisant reprocher de manquer de respect non seulement envers les victimes du 6 décembre 1989, mais aussi envers les femmes en général.    

À quelques jours du 32e anniversaire du pire féminicide que le Canada ait connu, survenu à Polytechnique, le journal étudiant de l’établissement, Le Polyscope, y est allé d’une publication qui en a fait sourciller plus d’un par son contenu jugé sexiste et douteux. 

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Le texte met en scène une Européenne, Martine, qui a quitté le vieux continent pour venir étudier à Polytechnique Montréal. Le texte, intitulé «Martine va à l’ÉTS», qui a été publié dans l’édition humoristique de fin de session du média étudiant, se veut une parodie de la série d’albums éponyme pour enfants. 

«Martine a eu beaucoup de difficulté à gérer ses émotions, peut-on lire. Ce n’était peut-être pas une si grande fille que ça, finalement.»

Après une année d’échec, la protagoniste part pour l’École de technologie supérieure (ÉTS), décrite comme un «établissement d’enseignement inférieur». La situation de l’étudiante ne s’améliore pas et elle décide de mettre fin à son rêve de devenir ingénieure pour travailler dans une boulangerie.

Vives réactions sur les réseaux sociaux  

Il fallut peu de temps avant que Facebook ne s’enflamme et que l’article en question ne soit décrié de toutes parts. 

Alyssa Bouchenak a expliqué que cette publication était «encore un autre exemple pourquoi le milieu est hostile aux femmes».

«Ce n’est pas super agréable d’évoluer dans ce milieu-là, en sachant que beaucoup de gens autour de nous ne pensent pas qu’on a notre place», confie la finissante en génie logiciel à l’ÉTS.

Capture d'écran

«Je n’arrive pas à croire que ce texte ait non seulement été écrit, mais en plus approuvé et publié, écrit Simon Lauzière sur Facebook. Ce texte est odieux de tous les angles possibles, et publié à ce moment-ci, à la veille de la commémoration essentielle de ce drame épouvantable pour lequel vous semblez n’avoir aucune mémoire ni respect. Crisse.»

Le Polyscope s’excuse  

Après avoir été fustigé de partout, Le Polyscope a tenu à s’excuser sur sa page Facebook, affirmant que l’article jugé sexiste serait retiré de la parution numérique à venir sur son site web.

«Nous sommes très préoccupé.e.s par la situation. Chaque année, l’édition Kapoté du Polyscope se veut parodique, satirique et humoristique. Force est de constater que nous avons manqué notre coup cette année avec ce texte», concède le média.

Capture d'écran

Le Polyscope a toutefois tenu à réaffirmer «avec vigueur son soutien à l’accès au génie des femmes et la place capitale, inestimable et nécessaire qu’elles occupent dans la profession».

«Chaque femme, chaque fille devrait pouvoir exercer dans le domaine de son choix sans discrimination ou distinction», ajoute Le Polyscope.

6 décembre, jour de commémoration  

Comme le veut la tradition depuis les dernières années, 14 faisceaux lumineux jailliront du mont Royal ce lundi soir pour commémorer la tuerie de Polytechnique, survenue le 6 décembre 1989.

Cérémonie pour illuminer les 14 faisceaux en direction du ciel et rendre hommage aux victimes de la tuerie de Polytechnique, aux belvédères du mont Royal, à Montréal, le mercredi 6 décembre 2017.
DARIO AYALA/AGENCE QMI

Dario Ayala / Agence QMI

Cérémonie pour illuminer les 14 faisceaux en direction du ciel et rendre hommage aux victimes de la tuerie de Polytechnique, aux belvédères du mont Royal, à Montréal, le mercredi 6 décembre 2017. DARIO AYALA/AGENCE QMI

À partir de 17h10, le ciel au-dessus du mont Royal sera illuminé de 14 faisceaux lumineux en mémoire des 14 futures ingénieures qui ont croulé sous les balles d’un homme parce qu’elles étaient femmes: Geneviève Bergeron, Hélène Colgan, Nathalie Croteau, Barbara Daigneault, Anne-Marie Edward, Maud Haviernick, Maryse Laganière, Maryse Leclair, Anne-Marie Lemay, Sonia Pelletier, Michèle Richard, Annie St-Arneault, Annie Turcotte et Barbara Klucznik-Widajewicz. 

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La cérémonie lors de laquelle les faisceaux seront allumés un par un sera retransmise en direct sur les réseaux sociaux de Polytechnique Montréal.

Plus tôt en matinée, à 8h30, des gerbes de roses blanches seront déposées devant la plaque commémorative de Polytechnique par des représentants de l’établissement et des associations étudiantes. 

- Avec les informations de Camille Payant