Des tablettes vides jusqu’à Noël, les distilleries en détresse: à quoi s’attendre avec le conflit à la SAQ? | 24 heures
/bref

Des tablettes vides jusqu’à Noël, les distilleries en détresse: à quoi s’attendre avec le conflit à la SAQ?

Image principale de l'article Préparez-vous à des tablettes vides jusqu’à Noël
Photo courtoisie

Des tablettes vides en succursale, des restaurateurs en cale sèche et des distilleries incapables d’écouler leurs produits: les impacts du conflit de travail dans les centres de distribution de la SAQ font particulièrement mal, à l’approche du temps des Fêtes. Voici ce qu’il faut savoir.  

Des tablettes vides jusqu’à Noël     

Hier soir, les quelque 800 employés des entrepôts de la SAQ ont rejeté à 86% l’entente de principe qui avait été conclue avec leur employeur la semaine passée. Au cœur du litige: les salaires, la sécurité d’emploi et les mesures de santé et sécurité au travail. 

• À lire aussi: Voici à quoi vous attendre pour votre magasinage des Fêtes

Bien qu’on ne sache toujours pas si les employés prévoient de déclencher de nouvelles journées de grève, le porte-parole de la SAQ, Yann Langlais-Plante, indique que le réseau de distribution et les réserves en magasin étaient déjà touchés par les trois jours de grève déclenchés par les employés les 16, 22 et 23 novembre, et que le retard sera difficile à rattraper. 

«Quelques semaines pourraient s’écouler avant un retour à une situation normale dans l’ensemble du réseau. Nous sommes conscients que les tablettes de plusieurs de nos magasins sont vides et, donc, que nos clients ne trouveront pas nécessairement les produits recherchés», a-t-il admis par courriel. 

Photo d'archives Stevens Leblanc

Comme c’est de ces entrepôts que les produits sont livrés aux différents points de vente de la société d’État – succursales ou restaurants –, les nombreuses photos de tablettes vides partagées sur les réseaux sociaux ces derniers jours continueront de se multiplier. 

Les distilleries en détresse    

À l’approche du temps des Fêtes, bien que la situation soit frustrante pour les consommateurs, elle est particulièrement problématique pour les distilleries de la province, alerte le président de l’Union des microdistilleries du Québec, Jonathan Roy.

«On peut déjà dire que l’hiver 2021 est une catastrophe pour nous, parce que le mois de décembre représente environ 50% de nos ventes. Certains producteurs vont probablement être à perte cette année», explique-t-il. 

Marc Vallières/Agence QMI

C’est que, contrairement aux autres producteurs d’alcool de la province, les distilleries dépendent entièrement du réseau de la SAQ, rappelle M.Roy. 

«Contrairement aux vignerons, par exemple, nos produits doivent obligatoirement passer par la SAQ pour être vendus au Québec. Même pour les vendre en restaurant, je dois les vendre à la SAQ, qui, elle, les revendra et les acheminera ensuite aux restaurants. Je ne peux pas non plus vendre mes bouteilles en ligne à des particuliers, puisque c’est aussi illégal d’envoyer nos produits par la poste. On est pris en otage, présentement», peste-t-il. 

Photo Courtoisie

Ainsi, le plan B qui s’offrirait à ces entrepreneurs serait de vendre leurs produits directement dans les boutiques des distilleries. Cependant, bien que ce soit mieux que de ne rien vendre du tout, cette option est loin d’être suffisante, selon le producteur. 

• À lire aussi: Voici comment les parents (ou plutôt les mères) se débrouillent depuis le début de la grève

«Si je veux vendre mes bouteilles dans mes boutiques, je dois encore une fois les acheter à la SAQ avant de le faire. La rentabilité des boutiques est donc assez mince. De plus, ce ne sont pas toutes les distilleries qui sont équipées pour le faire.» 

À l’approche du réveillon de Noël et des échanges de cadeaux, il invite néanmoins les gens à se déplacer en grand nombre pour soutenir l’industrie des distilleries québécoises. «C’est certain que ça nous donnerait un énorme coup de pouce», dit-il. 

Des partys de Noël sans vin dans les restos?    

L’inquiétude est aussi palpable chez les restaurateurs qui ont déjà dû composer avec des difficultés dans les dernières semaines, selon le directeur des affaires publiques et gouvernementales de l’Association Restauration Québec, Martin Vézina. 

«Pour nous, si les grèves reprennent, ce serait très grave en matière d’approvisionnement, puisque les deniers jours de grève se sont déjà fait ressentir. Les clients sont réceptifs à faire des partys de bureau sous certaines conditions sanitaires, mais, si on n'a plus de vin, c’est certain que l’expérience sera moins intéressante», explique-t-il au bout du fil. 

Mark - stock.adobe.com

Puisque le vin représente une source de revenus importante pour les restaurateurs à l’approche de la période creuse des mois de janvier et février, Martin Vézina croit qu’il est impératif de trouver une solution de rechange. 

«On va s’asseoir avec la SAQ pour identifier les options possibles. Est-ce que ce sera de permettre aux restaurateurs de se rendre directement en entrepôt? Est-ce que les différentes agences pourraient donner un coup de main en assouplissant certaines règles? On verra ce qui est possible.»