Ce laboratoire étudie la décomposition des cadavres, mais pourquoi? | 24 heures
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Ce laboratoire étudie la décomposition des cadavres, mais pourquoi?

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 Le site de Recherche en Sciences Thanatologiques (RESTES) de l’Université du Québec à Trois-Rivières exploite un curieux laboratoire : une enceinte clôturée en pleine forêt où les chercheuses laissent reposer des cadavres humains pendant plusieurs mois pour les voir se décomposer.  

Imaginez : vous faites une randonnée en pleine nature et vous tombez sur un corps humain abandonné. Un malheureux qui s’est perdu dans le bois? Un meurtre prémédité? Le corps a l’air frais, bien conservé. Résultat? «La police va vérifier les fichiers des personnes disparues récemment», explique Agathe Ribéraud-Gagnon, anthropologue judiciaire et chercheuse au RESTES.  

Pourtant, au Québec, en raison du climat, les autorités pourraient faire fausse route selon elle. Les écarts extrêmes de température entre l’hiver et l’été ont tendance à brouiller les analyses policières. 

C’est pour éclairer ces incertitudes en autopsie dans les pays nordiques que les chercheuses du site de Recherche en Sciences Thanatologiques étudient des corps humains en décomposition.  

Fondé en 2018 par la scientifique australienne Shari Forbes, le site de recherche de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) est le plus nordique de la planète à étudier les corps humains en décomposition en plus d’être le seul de cet acabit au Canada. En anglais, on nomme ce genre de site des body farms, des «fermes de corps».  

Recueillir des données pour aider la police 

Avec nos hivers, une personne retrouvée morte pourrait «être décédée depuis le mois de décembre de l’année précédente, mais son corps aurait été conservé par l’hiver», exemplifie Mme Ribéraud-Gagnon.  

Sur le site à ciel ouvert où les scientifiques laissent se décomposer des cadavres, plusieurs détails sont pris en compte. Elles prélèvent des lambeaux de chair, des odeurs qui émanent des cadavres, ainsi que des échantillons plus surprenants comme les larves de mouches.  

«On a découvert par exemple que certaines larves de mouches vont passer l’hiver dans les cadavres, explique Julie-Éléonore Maisonhaute, entomologiste, on va récolter les larves et on va les élever en laboratoire pour savoir quelles sortes de mouches naissent selon le lieu où on retrouve le corps».  

À l’échelle mondiale, il y a très peu de laboratoire qui étudient la décomposition chez les humains, selon Agathe Ribéraud-Gagnon. «C’est surtout à cause de l’insuffisance de donneurs», explique-t-elle.  

Les laboratoires comme celui de l’UQTR doivent signer des contrats avec des donneurs afin de pouvoir récupérer leurs corps après leur décès. Il est plutôt difficile d’obtenir l’assentiment des gens pour donner leur corps de la sorte selon Agathe Ribéraud-Gagnon, mais le site de RESTES est heureusement parvenu à se faire une bonne «banque» pour les années à venir.  

À l’heure actuelle, le site de décomposition accueille dix cadavres à la fois. 

À défaut d’obtenir des corps humains, de nombreux laboratoires dans le monde s’approvisionnent plutôt en cadavres de cochons pour poursuivre leurs observations.