Manifestation contre la cotation à la Bourse de l'eau | 24 heures
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Manifestation contre la cotation à la Bourse de l'eau

Image principale de l'article Manifestation contre la privatisation de l'eau
Jules Falardeau
  •   En Californie, l'eau est cotée à la Bourse depuis un an.   


  

  • Des Québécois s'inquiètent de ce que cette privatisation se répande de notre côté de la frontière.   


  

  • Ils ont manifesté mardi devant l'ancien immeuble de la Bourse de Montréal.   


 

Des citoyens et militants environnementaux se sont mobilisés pour souligner le premier anniversaire de l'entrée de l'eau à la Bourse de Chicago, mardi après-midi, devant l'ancien immeuble de la Bourse de Montréal.

• À lire aussi: L'eau est entrée à la Bourse de Chicago il y a un an

«C'est une action symbolique. Il est complètement inacceptable que la haute finance puisse s'approprier une ressource qui est à la base de toute vie sur la planète», affirme d'entrée de jeu Dominique Daigneault, présidente du Conseil central du Montréal Métropolitain de la CSN. 

Dominique Daigneault (à gauche)

Dominique Daigneault (à gauche)

Mobilisation internationale

Organisée par différents organismes de société civile du Québec, l'opération avait aussi une portée internationale, se tenant simultanément dans plusieurs pays dont la Belgique, l'Italie, le Chili, le Brésil, la France et l'Argentine. Au Québec, l'ampleur du rassemblement s'est révélée plutôt modeste: une quinzaine de personnes ont répondu à l'appel. 

Martine Chatelain (à gauche) et Rebecca Pétrin (à droite)

Martine Chatelain (à gauche) et Rebecca Pétrin (à droite)

Martine Chatelain, de l'Agora des Habitants de la Terre, n'est pas surprise de la timidité de la mobilisation. 

«Très peu de gens le savent. Cela a été peu médiatisé jusqu'à maintenant. Faire entrer l'eau à la Bourse de Chicago a été une initiative de l'énorme fonds d'investissement spéculatif BlackRock et on peut dire que ça s'est fait en catimini», explique-t-elle. 

La présidente d'Eau Secours, Rébecca Pétrin, renchérit: «L'enjeu est peu connu ici parce qu'il dépasse notre quotidien. La financiarisation de la ressource se base sur la rareté. L'annonce a d'abord été faite pour l'eau de la Californie, qui est actuellement aux prises avec de grands problèmes de sécheresse, mais d'autres régions suivront sans aucun doute, même si le Québec, qui a de grandes réserves d'eau douce, y échappe pour l'instant.»

Même si l'eau ne peut pas présentement être cotée en Bourse au Québec, ces citoyens s'inquiètent tout de même de ce que ce type de privatisation peut un jour se répandre de ce côté-ci de la frontière. 

Aucunement rassurée à ce sujet, la jeune femme fait observer qu'au train où vont les choses, on pourrait bien voir l'eau se raréfier dangereusement dans certaines zones du Québec, dans les années à venir. Récemment, des villes comme Saint-Lin et Saint-Rémi ont dû faire face à des problèmes d'approvisionnement en eau potable, sans oublier les dizaines de communautés autochtones du Canada qui n'y ont toujours pas accès. 

«On veut faire connaître cet enjeu, on veut en parler, on veut se faire entendre», ajoute-t-elle. 

Des demandes claires   

Les manifestants profitaient également de ce triste anniversaire pour lancer une pétition et pour adresser des revendications concrètes aux pouvoirs publics. Ils demandent entre autres que le Canada s'oppose ouvertement au marché boursier de l'eau et adopte une loi interdisant la spéculation sur des contrats à terme sur l'eau d'ici ou d'ailleurs.

Rappelons qu'en 2010, l'Assemblée générale des Nations Unies avait reconnu l'accès à l'eau potable comme un droit fondamental. Pour Martine Chatelain, la marchandisation de «l'or bleu» va complètement à l'encontre de la résolution de l'ONU. 

Rébecca Pétrin prend la peine d'ajouter que «c'est aussi une question de vie. Si on ne protège pas l'eau, ce sont les prochaines générations qui risquent de payer la note.»