Dominique Anglade, le «manterrupting» et les micro-agressions | 24 heures
/panorama

Dominique Anglade, le «manterrupting» et les micro-agressions

BILLET - Mon rendez-vous télévisuel dominical Tout le monde en parle est sacré. Pourtant, dimanche dernier, l’animateur Guy A. Lepage a reçu à son émission la cheffe du Parti libéral du Québec Dominique Anglade et je n’avais qu’une seule envie : qu’on y mette fin.  

• À lire aussi: À quoi s’attendre pour les Fêtes avec le conflit à la SAQ?

Mme Anglade venait présenter les nouvelles orientations de son parti, qui comme on le sait tente de faire un virage à gauche. Ça m’intéressait de l’entendre là-dessus, mais les attaques qui fusaient de part et d’autre pendant l’entrevue me rendaient franchement mal à l’aise.  

Dominique Anglade

Capture d'écran TLMEP

Dominique Anglade

Je m’explique. 

À un moment, Mme Anglade rapportait simplement qu’elle avait été heureuse de rencontrer une dame de 92 ans, qui lui aurait dit ne pas tout comprendre de ce vent de changement, mais être intéressée à en apprendre plus. Le comédien Antoine Bertrand, qui était sur le plateau, l’a interrompue en insinuant qu'un peu plus et on disait que cette femme était sénile. Euuuhhhhh, pas nécessaire! 

L’ex-fou du roi Dany Turcotte, qui était de retour sur le plateau le temps d’une émission, lui a également coupé la parole lorsqu’elle précisait avoir toujours des contacts avec l’ancien premier ministre Philippe Couillard, en lui lançant : «Est-ce qu’il fait son épicerie à 75$?» Bon, une petite blague bien lancée, mais qui appuyait le ton hostile tout au long de l’entrevue... 

Et la cerise sur le sundae : Mme Anglade poursuivait en abordant son programme de justice sociale – gratuité des transports en commun, élargissement de la couverture d’assurance maladie, cours sur l’appropriation culturelle et le racisme systémique. On avait hâte qu’elle développe, mais Antoine Bertrand de l’interrompre encore une fois en avançant qu’elle était en train de «trouver des nouvelles façons de crosser, genre».  

Dude, c’est quoi ton problème?  

• À lire aussi: Ce qu’on sait sur l'efficacité des vaccins contre Omicron

Plus tendres avec Guilbault   

Mettons les choses au clair : lorsque tu es en politique, c’est normal et nécessaire que les animateurs, les journalistes et même les humoristes te cuisinent à fond. Surtout lorsque tu es à la tête d’un parti politique comme le PLQ, dont l’histoire est marquée par des scandales. 

Mais ce soir-là, la vice-première ministre Geneviève Guilbault était, elle aussi, invitée sur le grand plateau de Radio-Canada.  

Geneviève Guilbault

Capture d'écran TLMEP

Geneviève Guilbault

Et malgré le fait qu’elle est pourtant dans le gouvernement au pouvoir, cette dernière n’a pas du tout reçu le même traitement que Mme Anglade.  

Durant son entrevue, la ministre Guilbault ne s’est jamais fait interrompre, sauf une fois pour qu’on lui demande des précisions sur le fonctionnement du bracelet «anti-rapprochement» qui sera mis en place pour aider les victimes de violence conjugale. Legit. Rien à dire. 

• À lire aussi: Des bracelets antirapprochements : voici ce qui se fait ailleurs dans le monde

Mais comment se fait-il qu’on n’ait pas posé des questions plus corsées à la ministre Guilbault? Elle est quand même ministre de la Sécurité publique du gouvernement en place.  

Ces jours-ci, de jeunes victimes croulent sous les balles à Montréal, et les arrestations perturbantes qu’on connaît font les manchettes. 

Mais l’entrevue avec la ministre Guilbault a été plus que cordiale, si vous voulez mon avis. Pas de commentaires méprisants, et on la laissait parler.  

• À lire aussi: La violence armée à Montréal en chiffres

Le manterrupting  

Regardons la composition du plateau au moment de l’entrevue de Mme Anglade : elle était entourée de Guy A. Lepage, d’Antoine Bertrand, de Dany Turcotte et de l’acteur, scénariste et humoriste Louis Morissette. Quatre hommes blancs et une femme noire, donc.  

Le segment a été ponctué de manterrupting. À plusieurs reprises, la cheffe du Parti libéral se démenait pour expliquer le nouveau virage de son parti et son élan se faisait perturber à coups de blagues pénibles ou de commentaires grinçants. 

Clairement, ces trois hommes n’ont pas eu la même attitude avec Mme Guilbault, pourtant une politicienne dans un gouvernement au pouvoir. Le passage du chef de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois quelques semaines plus tôt avait aussi été respecteux.  

Auraient-ils lancé le même genre de blagues à Philippe Couillard à l’époque où il était chef du parti? Pas certaine. 

C’est là mon problème.  

J’ai l’impression que l’inconscient a parlé : quatre hommes blancs et une femme noire qui discutent de politique, ça crée un théâtre de micro-agressions.  

On me dira que personne ne voulait rire d’elle, qu’on respecte la femme et non le parti, qu’on se fout de sa couleur de peau... 

Mais tant qu’à moi, l’entrevue a parlé d’elle-même.  

À VOIR AUSSI

s