Votre épicerie vous coûtera 966$ de plus en 2022 | 24 heures
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Votre épicerie vous coûtera 966$ de plus en 2022

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Chantal Poirier / JdeM

Après une année de hausse record du prix des aliments, 2022 n’offrira pas beaucoup de répit aux consommateurs. Pour une famille moyenne, la facture d’épicerie pourrait grimper de 966 $ l’an prochain, selon un rapport publié jeudi.

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L’inflation alimentaire pourrait en effet atteindre jusqu’à 7 % en 2022, écrivent les chercheurs du Rapport sur les prix alimentaires canadiens. Il s’agit d’un record, car lors des 11 autres éditions, les hausses prévues étaient généralement de 2 à 4 %. 

Si le prix de la viande est beaucoup plus élevé cette année (9,5 %), ça ne devrait pas être le cas l’an prochain. 

« L’augmentation est cyclique et c’est rare qu’on vive deux années de fou de suite. On s’attend à une année plus calme en 2022 », explique le directeur du rapport, Sylvain Charlebois.

Le professeur et directeur du Laboratoire en sciences analytiques agroalimentaires de l’Université Dalhousie, à Halifax, identifie plutôt les produits laitiers comme le principal élément qui va coûter plus cher, avec un bond anticipé de 6 à 8 %. 

« Il y a la boulangerie qui risque d’augmenter aussi, car elle est restée plutôt stable au cours des dernières années. On s’attend à une hausse de 7 % », dit-il. 

Et les fruits et légumes ne sont pas en reste, avec une hausse prévue de 3 à 5 %, ce qui, « dans le contexte, n’est pas tant que ça », selon M. Charlebois.     

Difficile pour les moins nantis

Davantage de consommateurs devront consacrer une part encore plus grande de leur budget à la nourriture. 

« Ça risque d’être une année difficile pour les moins nantis », illustre l’expert. 

Car le problème avec une augmentation de 966 $ pour une famille de quatre, « c’est que les salaires ne suivent pas ». 

Déjà, cette année, l’aide alimentaire a explosé au Québec, avec 610 000 bénéficiaires chaque mois, soit un bond de 22 %, indique Les Banques alimentaires du Québec. 

Moins bonne qualité

Et la bouffe – contrairement aux dépenses fixes comme le loyer ou la facture d’électricité – est un poste budgétaire « où les gens ont tendance à couper en premier », observe la conseillère budgétaire à l’Association coopérative d’économie familiale de l’Est de Montréal, Catherine L’Heureux Savoie.

« On se rabat sur des aliments de moins bonne qualité, ce qui a un impact sur la santé », ajoute-t-elle. 

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Il faudra de meilleurs salaires

Et combien de revenus supplémentaires devront générer les Québécois afin d’absorber cette hausse prévue du coût des aliments ? 

« Tout dépend de la configuration de la famille », répond l’experte en fiscalité Pascale Richard, associée chez Raymond Chabot Grant Thornton. 

Pour un couple composé de deux personnes qui gagnent chacune 50 000 $ par année, par exemple, il faudra aller chercher 1600 $ de revenus supplémentaires afin de dégager les 1000 $ nécessaires. Même chose pour un couple dont une seule personne travaille et qui touche 70 000 $ par année. 

Car au Québec, rappelle Mme Richard, le taux d’imposition marginal des gens qui empochent de 49 200 $ à 90 200 $ par année est de 37,12 %.   

Quelques précisions sur le rapport  

Le Journal a demandé à un des auteurs, Sylvain Charlebois, de nous parler des points saillants du 12e Rapport sur les prix alimentaires canadiens. Voici deux de ses réponses. 

C’est quoi l’inflation alimentaire ? 

En gros, c’est l’augmentation de la part de notre budget consacrée à la nourriture. Si l’inflation en général risque d’être maîtrisée par la Banque du Canada, l’inflation alimentaire pourrait rapidement devenir un problème pour l’année qui vient. 

Au Canada, les dépenses en nourriture consommée à la maison se sont toujours maintenues sous la barre des 10 % des dépenses totales des consommateurs. 

En 2022, ça va être l’année où on risque de franchir cette barre à jamais. On va devoir faire une place plus grande à la bouffe dans notre budget.

C’est la 12e édition du rapport, et c’est la première fois qu’on parle du vol à l’étalage en épicerie, par exemple, car c’est un phénomène grandissant. 

Au Brésil, la situation est tellement grave qu’ils ont commencé à mettre des étiquettes d’alarme sur des pièces de viande en épicerie. 

À Montréal, certaines épiceries embauchent des agents de sécurité habillés en civil pour se promener dans le magasin toute la journée et enrayer le phénomène. 

Une de vos rares prédictions ratées pour 2021, c’était l’augmentation du prix du pain, qui n’a pas eu lieu. Pourquoi ? 

C’est surtout avec le cartel du pain qu’on a vu les prix augmenter [en 2019, George Weston et Les Compagnies Loblaw ont admis avoir participé à une entente de fixation du prix du pain pendant plus de 10 ans].

Les épiciers font plus attention ces temps-ci, et ça fait quand même 4-5 ans que le prix du pain n’a pas augmenté tant que ça. 

En 2021, George Weston a été vendu, donc il y a un peu moins de compétition, ce qui pourrait avoir un impact sur le prix du pain. 

Donc la boulangerie risque d’augmenter cette année. On s’attend à une hausse de 7 %. 

Méthodologie

Le rapport est le fruit de la collaboration de l’Université Dalhousie, de l’Université de Guelph, de l’Université de la Saskatchewan et de l’Université de la Colombie-Britannique. Les augmentations prévues sont pour l’ensemble du Canada et non pas une région en particulier. Les capacités d’analyse prédictive de l’Université Dalhousie ont été appliquées pour établir les prévisions, tout comme celles de l’Université de Guelph, qui a contribué à l’analyse des prix en utilisant l’analyse prédictive de l’apprentissage automatique pour les différentes catégories d’aliments et en prédisant les changements de l’indice des prix à la consommation (IPC) en 2022. Lors des 11 précédentes éditions, le rapport a raté la cible une seule fois. 

Les gens qui vivent seuls y goûteront aussi  

Le Montréalais Giueseppe Masprosimone doit déjà composer avec la hausse du prix des aliments et il devra faire des choix encore plus difficiles si les prévisions du rapport s’avèrent exactes.

Photo Julien McEvoy

Le Montréalais Giueseppe Masprosimone doit déjà composer avec la hausse du prix des aliments et il devra faire des choix encore plus difficiles si les prévisions du rapport s’avèrent exactes.

Si les familles font déjà face à des augmentations importantes du prix de la nourriture, la hausse prévue en 2022 affectera aussi les personnes qui vivent seules. 

D’autant, rappelle le professeur Sylvain Charlebois, « qu’on s’aperçoit assez rapidement que l’épicerie n’est pas faite pour une personne seule » et que les gens finissent par « acheter trop et gaspiller plus ». 

Selon le Rapport sur les prix alimentaires canadiens, un homme de 31 à 50 ans devra débourser 250 $ de plus l’an prochain pour se nourrir. 

Cette somme, c’est à peu près le budget mensuel pour la nourriture du Montréalais Giueseppe Masprosimone, 46 ans.

L’ex-machiniste est en arrêt de travail permanent depuis deux ans et demi et compte sur une rente d’invalidité pour subvenir à ses besoins. 

« Je me fais un budget, j’essaie de le respecter le plus possible. J’ai de la misère à acheter des affaires bonnes pour la santé, il faut faire des choix », dit-il. 

Avec les augmentations prévues, « ça va être encore pire et les choix seront de moins en moins nombreux ». Déjà, souvent, il choisit les haricots, les pois chiches et les légumineuses, moins coûteux que la viande. 

Rien n’y échappe

Mais il constate que c’est la majorité des produits qui coûtent plus cher « et pas juste un peu ».

« Le fromage, l’huile, les pâtes, on dirait que tout a augmenté du jour au lendemain. »

« Quand mon fils est là, je fais plus attention, je fais des plats avec de la viande, des légumes, du riz », ajoute M. Masprosimone, qui a la garde de son gamin de 12 ans une semaine sur deux. 

Mais les produits frais ne cadrent pas toujours dans son budget. 

« Un sac de pommes du Québec à 8 $, c’est carrément du vol », s’enflamme-t-il. 

Courir les rabais

Depuis quelques mois, le quarantenaire n’achète « quasiment que les produits qui sont en spécial ». Et, si on se fie au rapport, il devra s’y faire. 

« Souvent, je passe par-dessus quand c’est pas en spécial. C’est plate, mais j’y arrive pas sinon », plaide-t-il. 

Quand il était machiniste, il gagnait 18 $ l’heure et arrivait à peine à subvenir à ses besoins alimentaires ainsi qu’à ceux de son fils. 

« Ça fait trois ans de ça, imaginez maintenant et ce qui s’en vient », lance-t-il.  

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