Devrait-on permettre l’aide médicale à mourir pour les personnes atteintes de troubles mentaux? | 24 heures
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Devrait-on permettre l’aide médicale à mourir pour les personnes atteintes de troubles mentaux?

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«C’est une question de dignité»: les personnes souffrant d’un trouble de santé mentale devraient pouvoir demander l’aide médicale à mourir, plaident des acteurs du milieu.

«On ne parle pas de quelqu’un qui fait une dépression pendant six mois. On parle de quelqu’un qui souffre depuis des années, qui a essayé tous les traitements qui lui ont été proposés et qui n’en peut plus», insiste la directrice générale de l’Association des groupes d'intervention en défense des droits en santé mentale du Québec (AGIDD-SMQ), Doris Provencher.

Dans son rapport, déposé la semaine dernière à l’Assemblée nationale, la commission spéciale sur l’évolution de la Loi concernant les soins de fin de vie recommande au gouvernement de ne pas élargir l’accès à l’aide médicale à mourir aux personnes souffrant de maladies mentales, comme la schizophrénie ou encore la bipolarité. 

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La commission, qui suggère toutefois à Québec de permettre aux personnes atteintes d’une maladie grave et incurable menant à l’inaptitude de demander à l’avance d’obtenir l’aide médicale à mourir, affirme qu’il n’existe pas de consensus professionnel sur la question de l’incurabilité et de l’irréversibilité des troubles mentaux.

Incurabilité et irréversibilité   

Pour Doris Provencher, cette décision démontre une incompréhension vis-à-vis de la maladie mentale, alors que certaines personnes traînent leur mal-être toute leur vie. 

Elle cite le cas de Véronique Dorval. Cette jeune docteure en biochimie de 38 ans souffrant de bipolarité a mis fin à ses jours en s’asphyxiant dans le coffre de sa voiture, entourée de ses chats, après le refus de sa demande d’aide médicale à mourir en mai 2017.

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Dans une lettre adressée à ses proches, la jeune femme avait décrit la maladie mentale comme «un cancer de l’âme avec des métastases au cerveau». «Elle avait dénoncé le fait qu’elle ne pouvait pas mourir dignement, entourée de ses proches, bien qu’elle souffrait depuis des années», souligne également Mme Provencher.

De la discrimination?   

La docteure Mona Gupta, psychiatre et chercheuse au CHUM, mène un projet de recherche sur l’exploration de la souffrance psychique dans le cadre d’une demande d’aide médicale à mourir. Bien qu’elle ne soit pas surprise de la recommandation, elle est étonnée de la formulation utilisée dans le rapport. 

«Formuler l’enjeu comme un élargissement, ce n’est pas juste, puisque ni la loi québécoise ni la loi fédérale ne parle de diagnostic des gens. Donc, théoriquement, les personnes atteintes de troubles mentaux ne sont pas exclues. En précisant [le diagnostic], ce que la commission fait maintenant, c’est d’exclure ces gens», explique-t-elle. 

Selon elle, depuis que le critère de fin de vie est inopérant, toutes sortes de personnes atteintes de maladies chroniques ont fait des demandes d’aide médicale à mourir, incluant des individus atteints de troubles de santé mentale avec une maladie physique autre. 

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«Dans certains de ces cas, c’est la maladie mentale qui génère le plus de souffrance. Donc si ces gens peuvent formuler des demandes, je ne vois pas pourquoi on exclurait spécifiquement les gens qui souffrent de troubles mentaux quand c'est la seule condition médicale invoquée», argumente-t-elle. 

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Elle croit que les demandes devraient être analysées au cas par cas. 

«La question devrait être évaluée en fonction de chaque cas et non en raison d’un diagnostic précis. Ni physique ni psychiatrique. La question c’est: est-ce que c’est impossible qu’une personne atteinte de troubles de santé mentale se qualifie au vu des critères en place? Cela me semble peu probable parce que des cliniciens, dans toutes les sphères de la médecine, voient des patients pour qui la condition ne s’améliore pas malgré les traitements et qui souffrent énormément», détaille-t-elle. 

Partie remise    

Doris Provencher croit que ce n’est que partie remise. Elle rappelle que l’Association des médecins psychiatres du Québec s’est déclarée en faveur de l’élargissement de l’AMM pour certains patients et que cette position va dans le même sens que le jugement Truchon-Gladu. Ce jugement a invalidé en 2019 le critère du Code criminel fédéral qui limitait l’AMM à ceux dont la mort naturelle était «raisonnablement prévisible», ainsi que celui de la loi québécoise qui exigeait que le demandeur soit «en fin de vie». 

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Au sujet des gens souffrant de troubles mentaux, le jugement précise ceci: «Les personnes qui souffrent d’une condition psychiatrique ont la possibilité, comme tout autre Canadien, de demander et de recevoir l’aide médicale à mourir, et ce, peu importe leur diagnostic officiel, du moment qu’elles sont jugées aptes par deux médecins indépendants et qu’elles satisfont aux autres exigences de la loi.»

Peu de demandes 

Dans un avis adopté vendredi dernier, le Collège des médecins s'est aussi exprimé en faveur de la possibilité de demander l'AMM pour cause de troubles mentaux. L’AGIDD-SMQ rappelle d’ailleurs, dans une réponse aux recommandations de la commission reçue par courriel, que dans les pays où ces demandes sont offertes aux gens souffrant d'une maladie mentale, ils sont très peu à s’en prévaloir. 

«En Belgique, au Luxembourg et aux Pays-Bas, les demandes représentent un très faible pourcentage (1% à 3%) des demandes d’aide médicale à mourir. Et un peu plus de la moitié des personnes qui en font la demande se rétractent», précise le document.

SI VOUS AVEZ BESOIN D’AIDE  

Ligne québécoise de prévention du suicide   

• www.aqps.info 

• 1-866-APPELLE (277-3553)    

Jeunesse, J’écoute   

• www.jeunessejecoute.ca 

• 1-800-668-6868    

Tel-Jeunes   

• www.teljeunes.com 

• 1-800-263-2266