Détruire une forêt pour construire une autoroute | 24 heures
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Détruire une forêt pour construire une autoroute

Dans une pétition, Shanie Gauthier et sa mère Louise Brunet dénoncent fermement le prolongement de l’A25 dans leur cour arrière à Sainte-Julienne dans Lanaudière, qui détruira la faune et la flore.
MARTIN ALARIE / AGENCE QMI / JOURNAL DE MONTREAL

Dans une pétition, Shanie Gauthier et sa mère Louise Brunet dénoncent fermement le prolongement de l’A25 dans leur cour arrière à Sainte-Julienne dans Lanaudière, qui détruira la faune et la flore.

  •   Une forêt sera pratiquement abattue pour assurer le prolongement de l’autoroute 25 à Sainte-Julienne, dans Lanaudière.    

  • Le gouvernement estime que ce projet permettra de régler le problème de circulation dans la MRC de Montcalm où de nouvelles banlieues se construisent rapidement.   

  • Des citoyens et des experts dénoncent cette décision «passéiste» qui ne fera qu’accentuer la crise climatique.   

Détruire une forêt et des terres agricoles pour prolonger une autoroute? C’est ce que propose le gouvernement québécois pour régler le problème de circulation près de Sainte-Julienne, dans Lanaudière. Un projet «dépassé» selon citoyens et experts, à des kilomètres de ce que la science prescrit pour lutter contre les changements climatiques.

«On n’arrête pas de parler d’environnement et de l’importance de nos arbres pour les générations futures. Mais après, le gouvernement décide de détruire cette énorme forêt remplie d’animaux sauvages et d’arbres qui ont des centaines d’années. Pour quoi? Une autoroute! Je trouve ça vraiment dégueulasse», dénonce Shanie Gauthier, 23 ans, une résidente de Sainte-Julienne. 

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Comme plusieurs citoyens, elle considère que ce projet aurait dû rester dans les tiroirs du ministère des Transports du Québec (MTQ).

«Je peux voir entre 10 et 15 personnes par jour entrer dans la forêt pour aller se promener», signale Shanie Gauthier, qui habite avec sa mère à l’orée des bois. «On est conscients qu’il y a un problème de circulation, mais personne n’est d’accord qu’on le règle en détruisant des milliers d’arbres.» 

Shanie Gauthier et sa mère Louise Brunet habitent depuis deux ans dans une maison à l’orée de la forêt. Elles y sont emménagées pour être près de la nature.

MARTIN ALARIE / AGENCE QMI / JOURNAL DE MONTREAL

Shanie Gauthier et sa mère Louise Brunet habitent depuis deux ans dans une maison à l’orée de la forêt. Elles y sont emménagées pour être près de la nature.

 
Emmanuelle Waters habite Sainte-Julienne depuis une vingtaine d’années. Chaque jour, elle subit le trafic sur la route 125 reliant Montréal et Lanaudière où «la congestion est permanente», dit-elle.

«Mais quand même, je ne peux pas croire qu'il n'y a pas d'autres solutions moins passéistes», prévient Mme Waters. «Surtout pas avec le mur climatique dans lequel on fonce.»

«J'aimerais savoir si l'enjeu de la congestion dans mon secteur pèse plus dans la balance que l'enjeu d'augmentation de CO2 dans l'air que respire nos enfants?» s’interroge quant à elle la Juliennoise Geneviève Cool.

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Un projet de 1993  

Pour améliorer la fluidité de la circulation sur la route 125 dans la MRC de Montcalm, le gouvernement du Québec a annoncé en septembre 2020 qu’il allait de l’avant avec le prolongement de l’autoroute 25 à Sainte-Julienne, et la construction d’une voie de contournement à Saint-Lin–Laurentides.

Mais, il faut savoir que ce projet a d’abord été proposé en 1993 par le MTQ.

«C’est fascinant parce qu’à l’époque, on justifiait le projet par la volonté d’améliorer la circulation et de contrôler l’herbe à poux, et que les nouveaux viaducs allaient créer une vue sur le paysage», raconte le directeur des relations gouvernementales d’Équiterre, Marc-André Viau.

Déjà, «l’argumentaire était insensé», tranche-t-il. «La seule façon d’enrayer la congestion routière est de diminuer le parc automobile, qu’il soit électrique ou non.»

Grâce à la loi 66 concernant l’accélération de certains projets d’infrastructure, le projet a pu «bénéficier de certains assouplissements notamment en matière d’environnement», confirme la porte-parole régionale du MTQ, Samantha Saroufim. 

L’autoroute 25 sera prolongée de sept kilomètres à partir de la route 158, à Saint-Esprit, jusqu’au rang du Cordon (route 346), à Sainte-Julienne.

L’autoroute 25 sera prolongée de sept kilomètres à partir de la route 158, à Saint-Esprit, jusqu’au rang du Cordon (route 346), à Sainte-Julienne.

Ici, aucune autorisation environnementale n'a été requise pour une partie des travaux qui débuteront en 2022 dans le secteur urbain de Sainte-Julienne.

Pour plusieurs, donc, cette décision est d’autant plus «irrationnelle».

«Il faut arrêter de rêver à la mobilité d’hier, qui ne répond plus aux besoins et à la réalité environnementale de notre époque», martèle M. Viau. «On a de nouvelles façons de se déplacer beaucoup plus stratégiques. On a aussi une nouvelle réalité qui s’appelle la crise climatique.»

Étalement urbain  

Des groupes de protection de l’environnement comme Greenpeace et Équiterre ainsi que plusieurs urbanistes sont d’avis que «la MRC de Montcalm est l’archétype du mauvais développement du territoire».

De nouvelles banlieues ont rapidement été construites à Saint-Lin–Laurentides, notamment.

«On a encouragé l’étalement urbain débridé sans penser aux conséquences», lance Marc-André Viau d’Équiterre.

«Un des premiers gestes posés par le gouvernement Legault lors de son élection a été de dézoner 160 hectares de terres agricoles dans la MRC de Montcalm», note quant à lui l’économiste et professeur d’études urbaines et touristiques à l’UQAM, Luc-Normand Tellier, qui n’est pas sans rappeler que la région correspond plus ou moins au comté provincial de Rousseau, dont François Legault a été le député de 1998 à 2009.

Il souligne que les dézonages accordés en 2019 avaient été refusés à sept reprises par la Commission de protection du territoire agricole.

«Le projet de l’autoroute 25 reproduit un modèle désuet», fait valoir l’expert. «Plus il y a de l’étalement urbain, plus les distances parcourues par jour augmentent. Plus ça pollue, plus ça congestionne et plus les gens sont tentés d’avoir de gros véhicules parce qu’ils y passent plus de temps.»

Et «on sait que ce qui cause le plus de gaz à effet de serre, c’est l’étalement urbain», conclut le professeur Tellier.

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