Les vaccins modifient l’ADN et rendent stérile: on déboulonne 10 mythes et «fake news» sur la COVID-19 | 24 heures
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Les vaccins modifient l’ADN et rendent stérile: on déboulonne 10 mythes et «fake news» sur la COVID-19

Image principale de l'article On déboulonne 10 mythes sur la COVID et le vaccin

«Les vaccins modifient l’ADN et rendent stérile», «La COVID-19 est moins dangereuse que la grippe»: la désinformation en lien avec la pandémie a continué de se propager en 2021. Le Dr Alain Lamarre, virologue, professeur et chercheur en immunologie à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), déboulonne dix mythes relatifs à la pandémie.

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1) Les vaccins à ARN modifient l’ADN   

Cette théorie prétend que les vaccins à base d’ARN, soit ceux de Pfizer-BioNTech et de Moderna, seraient capables de modifier les gènes des patients. 

«C’est de la sémantique, on extrapole à partir d’un nom. C’est vrai qu’un vaccin à ARN messager, c’est effectivement de la thérapie génique, mais c’est un terme large. Tout ce que ça veut dire, c’est que le vaccin est à base de gènes», explique Alain Lamarre. 

Photo d'archives

«Non seulement il n’y a aucune preuve que le vaccin puisse modifier l’ADN, mais il n’y a aucun mécanisme potentiel qui pourrait expliquer ça. L’ADN se trouve dans le noyau, qui est un compartiment inaccessible de la cellule. Il faudrait que l’ARN puisse y accéder pour le modifier, mais ce n’est pas le cas», poursuit-il. 

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2) Les vaccins rendent stérile 

Selon des rumeurs farfelues, après avoir reçu le vaccin, le système immunitaire pourrait attaquer la syncytine-1, une protéine nécessaire à la formation du placenta, puisqu’elle ressemble à une protéine du virus du SARS-CoV-2. Le système immunitaire pourrait donc les confondre et s’attaquer au placenta.

«Il n’y a absolument aucune preuve scientifique qui abonde en ce sens», assure le virologue. 

Joël Lemay / Agence QMI

Une autre croyance, soit celle que le vaccin pourrait s’attaquer aux spermatozoïdes, est carrément risible, affirme-t-il. «Ce n’est rien d’autre qu’une rumeur. Il n’y a absolument rien qui indique cela.» 

Ce mythe a beaucoup circulé dans les derniers mois. Certains groupes, comme Unvaxxed Sperm, prétendent même que le sperme et les ovules des gens non vaccinés vaudront de l’or quand les vaccinés réaliseront que les vaccins ont endommagé leur capacité de procréer. 

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3) Notre système immunitaire nous protège contre la COVID, donc nous n’avons pas besoin de vaccin  

«C’est vrai que certaines personnes semblent capables d’éliminer le virus naturellement, mais nous ne sommes pas encore capables d’expliquer pourquoi», indique le Dr Lamarre. 

Cependant, si vous pensez pouvoir combattre le virus en faisant de l’exercice, en mangeant bien ou en prenant des suppléments naturels, vous faites fausse route, soutient-il. 

«Le système immunitaire est une belle machine, mais il ne peut pas tout faire seul. La preuve, on a vu des athlètes en pleine forme mourir de la COVID.»

4) Des milliers d’effets secondaires graves ont été répertoriés, donc les vaccins sont dangereux   

C’est vrai que des effets secondaires graves ont été rapportés. Ce sont toutefois des milliards de doses qui ont été administrés partout dans le monde, soutient le virologue. 

«On a détecté des myocardites et des péricardites chez des jeunes de 14 à 25 ans, mais c’est très rare compte tenu du nombre de vaccins administrés. En plus, généralement, les effets secondaires ne sont pas mortels et peuvent être traités.»

AFP

Ensuite, les effets secondaires répertoriés n’en sont pas toujours. Le fait est que «des milliers» d’effets secondaires sont «rapportés» dans des bases de données en ligne sans qu’aucun lien de cause à effet soit établi. 

«Disons que je me suis fait vacciner le mois passé et que je fais une crise cardiaque aujourd’hui. Un médecin pourrait décider de rapporter ça comme un effet secondaire du vaccin dans une base de données. Mais le lien de cause à effet n’est pas confirmé», illustre le Dr Lamarre. 

5) Le taux de survie est de 99,998% chez les moins de 17 ans, donc ils n’ont pas besoin de vaccin  

Cette affirmation a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux, notamment dans un document intitulé Injection des enfants: êtes-vous informé?, qui prétend informer les parents sur la vaccination. Même si l’information est vraie, l’interprétation laisse à désirer, affirme le Dr Lamarre. 

Photo d’archives, Pierre-Paul Poulin

«Avancer des chiffres dans ce contexte-là, je trouve que c’est futile. Oui, c’est rare [que des enfants meurent de la COVID-19], mais ça arrive. Il y en a beaucoup. On en voit ici et on voit qu’aux États-Unis, les hôpitaux pédiatriques sont pleins d’enfants aux prises avec la COVID. Un enfant qui succombe à la maladie, c’est un enfant de trop. C’est assez pour qu’on prenne toutes les mesures nécessaires pour l’éviter», insiste le spécialiste. 

Il ajoute qu’il y a des risques pour les enfants de développer la COVID longue et de traîner des symptômes «débilitants». 

Finalement, il rappelle que la vaccination des enfants a pour autre objectif de freiner la propagation du virus dans la communauté. 

6) Nous n’avons jamais besoin de plusieurs doses d’un même vaccin, donc pourquoi recevoir plusieurs doses cette fois?  

«C’est encore une fois complètement faux, soutient Alain Lamarre. Il y en a plusieurs, majoritairement des vaccins que l’on reçoit étant enfant − tétanos, coqueluche, polio et pneumocoque −, sans oublier celui contre la grippe, que l’on peut recevoir annuellement.»

Certains de ces vaccins, comme celui contre la coqueluche ou le rotavirus, qui cause la gastro-entérite, nécessitent deux doses dans les 4 premiers mois de vie d’un enfant. Le vaccin contre le pneumocoque est quant à lui administré trois fois dans les 12 premiers mois de vie. 

D’ailleurs, une simple recherche sur la Toile permet vite de trouver le programme d’immunisation en place au Québec. Faites vos recherches! 

7) La grippe fait plus de morts que la COVID-19   

«C’est juste une grosse grippe»: cette affirmation circule depuis le début de la pandémie. C'est faux, rappelle le Dr Lamarre. «Au Québec, la COVID est environ 12 fois plus mortelle que la grippe», précise-t-il. 

Les chiffres parlent d’ailleurs d’eux-mêmes. En 2018, année au cours de laquelle la grippe a été la plus virulente dans la dernière décennie, le Québec a rapporté 1044 décès. En comparaison de cela, selon les chiffres de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), la COVID a tué 8478 Québécois en 2020; cette année, le bilan approche des 4000 morts. 

8) Les personnes vaccinées transmettent autant le virus que les personnes non vaccinées   

Des études récentes ont montré des pics de charges virales similaires chez des personnes vaccinées et non vaccinées ayant contracté la COVID, ce qui a suscité l’inquiétude. Le Dr Lamarre précise cependant que les études tendent à montrer que les gens vaccinés transmettent moins que les non-vaccinés. 

Photo Pierre-Paul Poulin

«En général, les gens qui ne sont pas vaccinés excrètent du virus plus longtemps et fortement que les gens vaccinés, donc ils peuvent transmettre le virus plus longtemps», explique-t-il, tout en rappelant que le vaccin ne permet pas de freiner complètement la transmission.

9) Les vaccins sont dangereux pour les femmes enceintes ou qui allaitent  

Alain Lamarre indique qu’il n’y a «aucune preuve en ce sens» et qu’à l’inverse, «le vaccin est fortement recommandé pour les femmes enceintes, puisqu’il serait potentiellement très dangereux pour elles d’attraper la COVID-19». Il ajoute qu'il n'a vu aucun «effet indésirable rapporté sur le foetus ou sur la femme elle-même».

Malgré cela, ce mythe est probablement le plus compréhensible, simplement parce que les directives imposées par les différentes autorités au pays ont longtemps divergé. 

Photo Adobe Stock

Le fait est que dans les premières phases des études d’envergure, comme celles qui sont effectuées dans le cadre du développement des vaccins contre la COVID-19, les femmes enceintes ou celles qui allaitent ne sont généralement pas incluses, surtout pour des raisons de sécurité, explique le Dr Lamarre. 

«On est beaucoup plus prudent avec elles puisqu’on ne veut évidemment pas que le foetus soit affecté. Ça ne veut toutefois pas dire que l’on suspecte des effets secondaires chez les femmes enceintes.» 

10) Il existe des traitements plus efficaces que les vaccins  

De nombreux médicaments ont été présentés comme solutions de rechange aux vaccins cette année. On peut d’abord penser à l’ivermectine, un traitement antiparasitaire principalement utilisé sur les chevaux. Il y a eu le budésonide aussi, un anti-inflammatoire à inhaler utilisé pour traiter l’asthme, de même que la colchicine, un anti-inflammatoire qui a fait l’objet de plusieurs études, et la fluvoxamine, un antidépresseur. 

Photo AFP

Pour le Dr Lamarre, il faut avant tout comprendre une chose: les traitements ne sont pas des substituts aux vaccins. 

«On ne peut pas comparer un vaccin et un traitement, peu importe le traitement, simplement parce qu’un vaccin, ça sert à prévenir, et donc, à ne pas être infecté. Un traitement sert à nous traiter si nous sommes infectés», explique-t-il. 

«Plusieurs de ces traitements ont des résultats très marginaux, on parle de 5 à 8% d’efficacité, poursuit-il. Ils sont utilisés pour des cas très précis, par exemple, avec des facteurs de comorbidité précis, ça ne s’applique vraiment pas à tous, contrairement au vaccin.»