Variant Omicron et explosion de cas: l’immunité collective par infection naturelle est-elle la solution? | 24 heures
/bref

Variant Omicron et explosion de cas: l’immunité collective par infection naturelle est-elle la solution?

Image principale de l'article Infection naturelle: vers une immunité collective?
Photo Agence QMI, Joël Lemay

«Dans moins de trois mois, tous les non-vaccinés vont avoir contracté la maladie.» C’est ce qu’a affirmé mardi le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, ramenant ainsi la question de l’immunité collective par infection naturelle au goût du jour. Est-ce la solution pour protéger les non-vaccinés et espérer mettre un terme à la pandémie? Pas tout à fait, répondent des experts.

• À lire aussi: Janvier s’annonce difficile, prévient un expert

• À lire aussi: Vous avez été déclaré positif à la COVID-19? Voici ce qui vous attend

S’il est vrai que le variant Omicron est extrêmement contagieux – on le constate dans les données records d’infections quotidiennes –, ce n’est pas tout le monde qui en est ou qui en sera infecté, note le Dr Donald Vinh, infectiologue-microbiologiste au Centre universitaire de santé McGill. 

«Actuellement, on n’est pas à 100%, ni même à 75% ou 60% [de la population québécoise ayant été infectée à la COVID-19], indique-t-il. On doit reconnaître qu’il y a quand même une bonne proportion de la population qui ne semble pas avoir eu une infection. Je ne pense donc pas qu’on devrait adopter cette approche de dire: “De toute façon, tout le monde va l’avoir donc on n’a pas besoin de [se protéger]”.»

Les réinfections possibles  

Et comme on n’a pas adopté l’approche de l’immunité naturelle collective avec Delta, on ne devrait pas le faire avec Omicron, poursuit-il, surtout quand on sait qu'Omicron a causé plusieurs réinfections et que l’immunité par infection naturelle n’est pas aussi solide qu’avec le vaccin.

C’est que le virus mute tellement vite qu’une première infection ne garantit pas qu’une personne ne sera pas réinfectée, contrairement à d’autres virus, comme la rougeole ou la varicelle, qui ne mutent pas aussi rapidement, souligne l’infectiologue-microbiologiste.

AFP

Le Dr Vinh prend pour exemple le Brésil. Au début de la pandémie, ce pays avait adopté l’approche d’immunité naturelle collective. Même si les trois quarts de la population de certaines villes avaient été infectés naturellement par la souche originale de la COVID-19, des éclosions liées au variant Gamma ont été observées dans certaines de ces villes. 

«L’immunité collective par l’infection naturelle est une façon de s’immuniser, mais ce n’est pas une garantie de protection contre les infections avec des variants subséquents», résume-t-il.

En revanche, l’immunité collective basée sur les vaccins offre une bonne protection contre les formes aiguës de la maladie et la mortalité, précise le Dr Vinh. «Ça ne nous protège pas nécessairement contre les infections par de nouveaux variants, mais, au moins, ça nous prémunit contre des infections plus graves.» 

• À lire aussi: Test rapide ou test PCR? Voici à quel moment vous devriez aller dans une clinique de dépistage

Des questions éthiques  

Et comme on n’a pas encore suffisamment de données sur la virulence du variant Omicron, mieux vaut ne pas courir le risque en infectant tout le monde.

L'épidémiologiste Nimâ Machouf abonde dans le même sens. Selon elle, des questions éthiques liées à l’immunité collective par infection naturelle entrent en ligne de compte. 

«Si Omicron donne autant de COVID longue que les souches antérieures, c’est-à-dire qu’à peu près 10% des personnes infectées vont souffrir de symptômes chroniques, attraper le variant ne serait pas si winner que ça», explique l’épidémiologiste.

• À lire aussi: Les vaccins modifient l’ADN et rendent stérile: on déboulonne 10 mythes et «fake news» sur la COVID-19

Un autre danger réside dans le fait que plus des personnes attrapent le virus, plus il y a de chances que celui-ci mute. «Ça peut aller dans tous les sens: favorable pour nous ou favorable pour le virus», mentionne-t-elle. 

Il faut donc continuer de le craindre et d’essayer de ne pas l’attraper tant qu’on ne connaîtra pas ses effets à long terme. 

Combiner immunité naturelle et vaccination  

Pour Benoit Barbeau, professeur au Département des sciences biologiques de l’UQAM, le fort taux d’infection actuel pourrait mener à une immunité «assez complète» dans la population au courant de 2022, si bien «qu’il y aura probablement un contrôle des infections» grâce aux vaccins.

Photo Agence QMI, Joël Lemay

«C’est sûr que la vaccination est une approche plus saine pour protéger qu’une protection naturelle, mais n’empêche que les deux combinées peuvent mener à une plus grande proportion des personnes qui auront une protection», dit-il.

La vaccination demeure la solution  

Ainsi, la meilleure arme pour mettre un terme à cette pandémie demeure, encore et toujours, la vaccination complète de l’ensemble de la population. 

«Cette approche offrirait une immunité collective plus protectrice qui permettrait, globalement, que les variants qui vont sortir soient affaiblis simplement parce que l’immunité collective par les vaccins sera établie», conclut le Dr Donald Vinh.

• À lire aussi: Alors que Québec y pense, la vaccination sera bientôt obligatoire en Autriche

L’idéal, selon Benoit Barbeau, serait d’envisager la conception d’un vaccin qui serait mieux adapté à la mutation du virus en circulation.

— Avec la collaboration de Jean-Michel Clermont-Goulet