Voici pourquoi vous ne devriez pas acheter du prosecco pour fêter le nouvel an | 24 heures
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Voici pourquoi vous ne devriez pas acheter du prosecco pour fêter le nouvel an

Image principale de l'article La production de prosecco aggrave l'érosion
AFP
  •  La culture intensive du prosecco dans le nord-est de l’Italie aggrave l’érosion des terres.   


 

  • La demande pour ce vin mousseux a explosé dans les dernières années.   


 

  • Pour répondre à la demande, les vignerons ont choisi d’augmenter la production.    


La demande pour le vin mousseaux prosecco très prisé dans la période des Fêtes a explosé dans les dernières années, entraînant avec elle la dégradation des sols et de graves conséquences sur l’environnement. On vous présente d’autres options plus écoresponsables. 

Les vignes tapissent le paysage des pentes abruptes des collines du prosecco de Conegliano et Valdobbiadene, au nord-est de l’Italie. Le décor est à couper le souffle. Si bien que depuis juillet 2019, il est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco. 

Sous ce paysage de carte postale toutefois, se cachent des sols fragilisés par l’agriculture intensive et l’extension accélérée des vignobles. 

Dans les collines du prosecco de Conegliano et Valdobbiadene, les vignerons cultivent le raisin «en terrasse», donc soutenu par des murets de pierre.

Dans les collines du prosecco de Conegliano et Valdobbiadene, les vignerons cultivent le raisin «en terrasse», donc soutenu par des murets de pierre.

Cultiver plus pour répondre à la demande  

«Dans les dernières années, la demande pour ce vin mousseux a connu une croissance très rapide qui a mené à l’expansion toute aussi rapide de la culture du prosecco», signale l’anthropologue spécialiste du vin et professeur au département de communication sociale et publique de l’UQAM, Vincent Fournier. 

La superficie des vignobles est ainsi passée de «4000 hectares en 2000, à 5700 hectares en 2010, à environ 8000 hectares aujourd’hui», précise M. Fournier. 

Près de 600 millions de bouteilles de prosecco ont été produites en 2018, selon le site spécialisé The Drink Business. C’est deux fois plus que le Champagne. 

Et la demande ne cesse de gonfler pour ce vin qui se vend généralement entre 15$ et 30$ la bouteille à la SAQ.

Entre janvier et juillet 2021, le secteur a connu une hausse de 25% par rapport à 2019, soutient l’économiste spécialiste du marché des vins et spiritueux, Denis Pantini.

«Comme la demande continue de croître, il n’y a que deux solutions: augmenter les prix ou augmenter la production. Or, le potentiel de hausse des prix du prosecco est assez faible», a-t-il expliqué au quotidien Le Monde en novembre dernier. 

Les vignerons ont donc choisi d’augmenter la production. Mais à quel prix pour l’environnement? 

Érosion  

Une étude italienne diffusée en 2019 sur le site de prépublication scientifique bioRxiv, s’est penchée sur la région du prosecco couverte par la zone d'appellation d'origine contrôlée et garantie (DOCG). En 2016, 90 millions de bouteilles y avaient été produites. 

Pour chaque bouteille, les chercheurs estiment que 4,4 kilos de terre sont perdus par l’érosion. 

«C’est un chiffre assez effrayant», laisse tomber Vincent Fournier, qui rappelle que les territoires montagneux sont d’emblée plus sensibles à l’érosion. 

Pour chaque bouteille de prosecco, les chercheurs estiment que 4,4 kilos de terre sont perdus par l’érosion.

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Pour chaque bouteille de prosecco, les chercheurs estiment que 4,4 kilos de terre sont perdus par l’érosion.

Mais dans ce cas-ci, le phénomène est surtout aggravé par l'humain. 

Sur les terrains très vallonnés, les vignerons cultivent le raisin «en terrasse», donc soutenu par des murets de pierre. Pour répondre à la croissance de la demande et pour faciliter la mécanisation des opérations agricoles, les vignes sont désormais plantées directement dans la pente. 

«Les terrasses sont construites pour protéger contre l’érosion. S’il n’y a plus de terrasses, il y a plus d’érosion», résume la sommelière Michelle Bouffard. 

Les auteurs de l’étude soulignent également que ce modèle d’agriculture intensive dépend en grande partie de l’utilisation accrue de pesticides, qui s’écoulent des montagnes et polluent les cours d’eau.

«L’idée serait d’adopter une méthode de culture plus soutenable ou plus respectueuse de l’environnement pour limiter l’érosion», détaille le professeur Fournier. «On peut éviter le désherbage complet ou adopter une approche de polyculture, comme en Toscane où les producteurs doivent cultiver autre chose que la vigne, bien qu’elle soit très lucrative», dit-il.

Des idées de mousseux plus écologiques 

Pour remplacer le prosecco qui se détaille à prix très raisonnable, la sommelière Michelle Bouffard propose trois suggestions de vin mousseux un peu plus écoresponsables. 

Domaine Bergeville L'effervescent 2019
Vin québécois de la région des Cantons de l’Est
Domaine viticole qui travaille en biodynamie
Prix: 27,85$ 

Sébastien Brunet Vouvray Méthode Traditionnelle Brut 2019
Vin de la Vallée de la Loire, Touraine, France
Le vigneron n’utilise aucune machinerie ni aucuns produits chimiques
Prix: 24.30$

Sumarroca Brut Nature Gran Reserva Cava 2018
Vin biologique d’Espagne, Côte Méditerranéenne
Agriculture durable, carboneutre, panneaux solaires qui couvrent 80% des besoins énergétiques, récupération des eaux de pluie
Prix: 17.80$