Niveau 4 de délestage: qu’est-ce qui nous attend dans nos hôpitaux? | 24 heures
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Niveau 4 de délestage: qu’est-ce qui nous attend dans nos hôpitaux?

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L’augmentation fulgurante des cas de COVID-19 liés au variant Omicron force des hôpitaux de la province à avoir recours au plus haut niveau de délestage. Mais c’est quoi, au juste, le délestage? Doit-on craindre des bris de service dans nos hôpitaux? Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, répond à nos questions.  

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Voici ce qu’il faut savoir sur le délestage en 5 questions. 

C’est quoi, le délestage?          

Le délestage, c’est le fait de repousser ou d’annuler certains rendez-vous médicaux qui ne sont pas jugés urgents, comme certaines chirurgies, dans le but de faire de la place pour accueillir les cas les plus graves, explique Roxanne Borgès Da Silva. 

«Nous n’avons pas un nombre de lits extensible ou élastique dans les hôpitaux et aux soins intensifs, on doit fonctionner avec la capacité qu’on a. Dans un contexte comme celui dans lequel on est présentement, où le nombre de patients augmente continuellement, il faut faire des choix. Il y a des patients dans des situations très urgentes qui doivent être traités immédiatement.» 

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Le système de délestage n’est pas né de la pandémie. Même en temps normal, les établissements de santé doivent parfois repousser des opérations ou d'autres rendez-vous pour pouvoir traiter des cas jugés plus urgents. Mais avec la pandémie et l’explosion des cas liés au variant Omicron, le délestage a atteint des niveaux records. 

Joël Lemay / Agence QMI

Juste dans la dernière semaine, plus de 1160 personnes infectées par la COVID-19 ont en effet été admises dans les hôpitaux de la province. Avec cette hausse marquée des hospitalisations, plusieurs hôpitaux du Québec ont atteint mardi le niveau d’alerte 4 de son plan de délestage, qui constitue le niveau le plus élevé. 

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Pourquoi fait-on du délestage?          

Le niveau de délestage pratiqué au Québec n’est pas seulement le résultat du nombre de patients admis, souligne néanmoins Mme Borgès Da Silva. 

«C’est un double problème. En plus de l'augmentation du nombre de patients COVID-19 qui nécessitent des soins urgents, il manque de personnel dans les hôpitaux [en raison des nombreux congés de maladie]. Quand on manque de ressources humaines, on doit fermer des lits», poursuit la professeure. 

Selon le ministère de la Santé et des Services sociaux, actuellement 20 000 travailleurs manquent à l'appel dans le réseau, ce qui force des hôpitaux à réduire radicalement leur offre de services. 

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Par exemple, le CHU de Québec-Université Laval a annoncé que les activités de son bloc opératoire seraient réduites à 56%, ce qui signifie que près de 300 opérations par semaine seront reportées. Près de 10 000 consultations ou traitements en médecine ambulatoire — des soins ou des chirurgies qui ne nécessitent pas d’hospitalisation — seront aussi déplacés ou convertis en télémédecine. 

Joint par courriel, le porte-parole de l’établissement, Jean-Thomas Grantham, a confirmé que ces reports sont en partie dus à un manque de personnel, puisque «près de 800 intervenants sont en isolement en lien avec la COVID-19, dont 434 sont positifs». 

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Qui est touché par le délestage?          

Le délestage touche des milliers de patients de partout au Québec, dont la situation est jugée non urgente ou semi-urgente. 

«On peut penser à des chirurgies orthopédiques, à certaines chirurgies cardiaques qui ne sont pas jugées urgentes, ou encore aux rendez-vous de dépistage», affirme Roxanne Borgès Da Silva. 

Si certains patients en situation urgente peuvent être transférés d’un hôpital à un autre, ils se feront toujours soigner, assure-t-elle. «Les gens qui sont dans des situations urgentes, comme ceux qui ont subi une crise cardiaque, vont toujours continuer d’être soignés, même au niveau de délestage le plus élevé.» 

Quelles sont les conséquences potentielles?          

Le délestage n’est toutefois pas sans conséquence, martèle l’experte. 

«Je connais quelqu’un qui attendait pour un quadruple pontage qui a été reporté en raison du délestage. Le simple fait de marcher était très éprouvant. Il aurait pu en mourir», raconte-t-elle. 

JOEL LEMAY/ 24 HEURES/ AGENCE QMI

Certaines conditions qui ne semblent pas urgentes dans l’immédiat peuvent cacher quelque chose de plus grave, poursuit Mme Da Silva. 

«Pensons simplement aux imageries comme les scans ou les IRM qui servent à déceler des problèmes graves. À tous les dépistages du cancer, qui sont plus ou moins mis de côté. Le délestage peut aggraver la situation de certaines personnes en repoussant leur prise en charge. La situation de ces personnes peut s’envenimer et elles peuvent être prises avec des séquelles.» 

L’experte précise cependant que personne ne devrait hésiter à se rendre à l’hôpital. 

«Il ne faut pas avoir peur de se rendre à l’hôpital si votre situation est urgente, puisque vous allez être soigné, même s’il y a du délestage. Il n’y a pas de problème de ce côté. Mais il ne faut pas s’y rendre pour quelque chose qui n’est pas urgent», avise-t-elle. 

Quelle est la situation actuelle et à quoi peut-on s’attendre dans les prochaines semaines?          

«La situation est déjà critique dans plusieurs établissements. Pour la disponibilité des lits, nous devrions atteindre le niveau le plus élevé de délestage aujourd’hui [4 janvier], puisque nous étions à 37 patients de l’atteindre hier et que l’on compte plus d’une centaine de nouveaux cas par jours», avertit-elle. 

Ce niveau de délestage implique notamment la fermeture de petites salle d'urgence afin de réorienter les patients vers les plus grandes ressources. Des choix s’imposeront aussi dans les hôpitaux de la province en fonction du potentiel de survie des patients, avertit-elle. 

«Si nous nous rendons au bout du niveau 4, le protocole de priorisation devrait être enclenché. À cette étape, le cas de chaque patient admis aux soins intensifs est analysé par une équipe spécialisée en fonction de son pronostic», explique Roxane Borgès Da Silva. 

Chaque cas est alors analysé selon une multitude de facteurs servant à déterminer la gravité de l’état du patient, et ceux qui ont le plus de chance de survie sont priorisés. 

«L'équipe chargée de prendre cette décision n’est d’ailleurs pas en contact avec le patient, afin de s’assurer que la décision ne soit pas influencée par l’émotivité des soignants», précise-t-elle. 

Alors que le variant Omicron continue sa progression, il faut donc s’attendre à des semaines particulièrement éprouvantes dans les hôpitaux du Québec. Seule lueur d’espoir: que la courbe des nouveaux cas redescende aussi rapidement qu’elle a monté, comme ce fut le cas dans d’autres pays, note la professeure.