Le coût environnemental des sels de voirie | 24 heures
/environment

Le coût environnemental des sels de voirie

  •  Les sels déversés chaque hiver sur les routes du Québec sont efficaces, mais ils ont un coût environnemental important.   

  • Une solution écologique qui prend la forme d’acétates de calcium et de magnésium a été conçue il y a une dizaine d’années, à Sorel-Tracy.   

  • Le prix de ces acétates est cependant de 10 à 30 fois plus élevé que celui du chlorure de sodium actuellement utilisé.   

L’épandage de sels de voirie, ou de déglaçage, sur la chaussée n’est pas une opération inoffensive pour l’environnement - bien au contraire. Une solution écologique existe à ces fondants, mais elle n'est pas implantée au Québec en raison de son coût — très — élevé et du contexte politique.

Quelque 800 000 tonnes de chlorure de sodium sont déversées chaque hiver sur les routes entretenues par le ministère des Transports du Québec (MTQ).

Ces fondants sont efficaces pour faire rouler en toute sécurité après un épisode de pluie verglaçante. Mais, une fois la glace fondue, l’eau riche en sodium s’écoule et elle déstabilise les écosystèmes.

«Les sels utilisés sur la voirie vont augmenter la quantité d’ions dans l’eau et perturber la façon dont les poissons, les algues ou les planctons vont échanger avec leur milieu. Ça peut les toucher plus ou moins durement selon l’espèce, mais certaines vont trop absorber de sels et mourir», résume la biogéochimiste des rivières au Centre d'écologie et d'hydrologie de l’Angleterre, Isabelle Fournier.

Et dans cet environnement hostile gorgé de chlorure de sodium, seules les espèces de plantes envahissantes – comme l’herbe à poux – résistent.

«C’est la biodiversité qui en paie le prix», déplore Marc Olivier, professeur et chercheur au Centre de transfert technologique en écologie industrielle (CTTÉI) de Sorel-Tracy.

• À lire aussi: Rouler sur une chaussée sans sel même en hiver

Solutions écologiques 

Il y a une dizaine d’années, ce chimiste spécialisé en environnement et son équipe mettaient au point une nouvelle génération de fondants.

Plutôt que de détruire l’environnement, «ils sont au contraire bénéfiques», assure M. Olivier.

«On a fabriqué des fondants biodégradables à partir de déchets d’entreprises, comme des vinaigres qui ne sont plus de qualité alimentaire. Quand le printemps revient, ces acétates de calcium et de magnésium se cassent et deviennent des nutriments pour les plantes», détaille le chercheur.

Si une solution écologique existe, pourquoi n’est-elle pas utilisée par le gouvernement?

«Le coût des acétates de calcium et de magnésium est de 10 à 30 fois supérieur à celui du chlorure de sodium», affirme le porte-parole du MTQ, Louis-André Bertrand. «Ça coûterait de 460 millions à 1,5 milliard de $ au gouvernement chaque hiver. C’est une augmentation très importante.»

Des acétates conçus en laboratoire — non pas à partir de résidus d’entreprises — sont commercialisés en petits sacs par quelques distributeurs, «mais ça coûte cher», prévient le professeur Olivier. 

Des acétates conçus en laboratoire sont commercialisés en petits sacs par quelques distributeurs.

Courtoisie

Des acétates conçus en laboratoire sont commercialisés en petits sacs par quelques distributeurs.

Des sels 100% québécois 

Le chlorure de sodium demeure ainsi le type de fondants privilégié par le MTQ, d'autant plus que la totalité des sels de voirie utilisés au Québec provient de Mines Seleine, aux Îles-de-la-Madeleine.

«Le montant des commandes varie, mais pour la saison 2021-2022, ça monte à 46 millions de $», précise M. Bertrand.

Cette mine des Îles-de-la-Madeleine ravitaille le gouvernement du Québec en sels de voirie depuis 1982. Cette entente a ensuite été reconduite par le premier ministre Philippe Couillard en 2016.

C’est donc dans «ce contexte politique nationaliste» que le chlorure de sodium sera difficile à déloger, craint Marc Olivier. «Maintenant que le gouvernement a mis de l’argent pour le développement de cette mine, il faut créer un marché pour qu’elle soit rentable», dit-il. 

• À lire aussi: Les émissions de gaz à effet de serre du Québec sont en hausse

Mais, pour diminuer la quantité de sels épandue sur les routes, le MTQ explore de nouvelles avenues.

«Un système de gicleurs à l’acétate de potassium a été installé il y a cinq ans dans le cadre d’un projet pilote de trois ans sur le pont de la rivière Gilbert, en Chaudière-Appalaches, afin de déglacer la chaussée», illustre Louis-André Bertrand du MTQ. «Le système est encore fonctionnel aujourd’hui.»

Sur le même sujet