Des amendes? Des accusations? Voici ce qui attend les passagers qui ont fait le party en avion | 24 heures
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Des amendes? Des accusations? Voici ce qui attend les passagers qui ont fait le party en avion

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Ébats sexuels, consommation d’alcool, vapotage et danse, le tout sans masque: les influenceurs québécois qui ont foutu le bordel à bord d'un avion de Sunwing vers le Mexique la semaine dernière pourraient se voir imposer d'importantes sanctions. On répond à certaines questions en lien avec l'incident.

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Les influenceurs s'exposent-ils à des amendes?        

Les passagers qui n'ont pas respecté les règles sanitaires et de sécurité aérienne s'exposent à des amendes pouvant aller jusqu'à 5000$ par infraction, a assuré le gouvernement fédéral mardi. Les quelques voyageurs qui ont réussi à revenir à Montréal à bord d'un vol d'Air Canada, mercredi soir étaient d'ailleurs attendus de pied ferme par les autorités

Ce n'est pas tout. Si un voyageur fournit de faux documents, notamment en ce qui concerne son statut vaccinal ou son test de dépistage de retour, il s'expose à une amende qui peut aller jusqu’à 750 000$ et à une peine d’emprisonnement de 6 mois. 

Ça ne veut toutefois pas dire que tous les passagers se verront imposer des amendes, prévient Me Nada Boumeftah, avocate et chroniqueuse judiciaire. 

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«Mais de là à dire que tout le monde qui reviendra fera face à une amende, attention. Si les autorités décident de procéder ainsi, d’accord, mais à la fin de la journée, ces personnes-là auront le droit d’être entendues et de plaider non coupables», soutient-elle.  

Des accusations plus graves de complot pourraient même être portées si l’enquête, réclamée par les ministres fédéraux de la Santé et de la Sécurité publique, démontre qu’un réseau de personnes a fourni de faux documents, comme de faux passeports vaccinaux, à certains voyageurs pour leur permettre de quitter le pays, explique Me Boumeftah. 

Les compagnies aériennes auront par ailleurs «tout à fait le droit» d'ajouter les noms des passagers à leur liste noire. 

Quelles règles ont été bafouées?   

Qu'il s'agisse d'un vol régulier ou nolisé, des règles s'appliquent lorsqu'on voyage en avion. D'abord, il est interdit de consommer de l'alcool qu'on aurait soi-même apporté, souligne Mehran Ebrahimi, directeur de l’Observatoire international de l’aéronautique et de l’aviation civile de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Les transporteurs aériens doivent en effet «contrôler le débit de l’alcool». 

Ensuite, il n'y a pas que la bouteille de vodka qui est interdite: les cigarettes électroniques aussi. Lorsqu'un passager fume (ou vapote) à bord d'un avion, il y a un risque de déclencher les détecteurs de fumée de l'appareil et ainsi d'alerter le pilote, qui ne saura pas ce qui se passe. «Demandez à n’importe quel pilote ce qui lui fait le plus peur, ils vous répondront un incendie à bord», confie M. Ebrahimi. 

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Sur des images diffusées sur les réseaux sociaux, on peut voir de nombreux passagers debout, ce qui pose également problème. Les risques de blessures graves - voire mortelles - sont réels, assure M. Ebrahimi. L'avion peut effectivement traverser des zones de turbulence ou entrer dans un trou d'air, comme c'est souvent le cas lors des trajets vers le Sud. 

Le comportement des passagers québécois aurait même poussé le personnel de bord à se mettre à l'écart, une situation inhabituelle et préoccupante. 

Et comme si ce n'était pas assez, les voyageurs québécois n'ont pas respecté les règles sanitaires. 

Les vidéos filmées en plein vol peuvent-elles se retourner contre eux?        

Les influenceurs et autres passagers qui ont publié sur les réseaux sociaux des images des débordements pourraient le regretter, souligne Me Boumeftah. 

S’il y a matière à accusation, «les vidéos peuvent faire partie de la preuve», poursuit-elle. D'ailleurs, les images sont de haute qualité, ce qui facilite l'identification des individus. «On est dans une situation où, virtuellement, il existe de la preuve matérielle et tout pourra être utilisé contre eux.»

Quelles conséquences pour la pilote et la future pilote qui étaient à bord?    

La Québécoise qui s'est fait photographier en train de fumer illégalement une cigarette électronique à bord d’un avion de Sunwing étudie pour devenir une pilote. 

Selon les informations du Journal, Vanessa Sicotte, aka Vanessa Cosi sur les réseaux sociaux, suivait une formation de pilotage à l’école de Lachute Aviation. Elle serait en fin de parcours pour devenir une pilote professionnelle.  

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«Oui, elle étudiait ici, mais on ne sait pas si elle va revenir. Ça va dépendre à son retour au Québec si elle continue la formation ou non. Nous n’avons toujours pas pris de décision pour le moment», confirme François Vrana, directeur de Lachute Aviation. 

Par ailleurs, une deuxième passagère occupant un poste de pilote professionnel était dans le vol de Sunwing qui a dérapé. Il s’agit d’Isabelle Labrecque, qui participait à l’émission l'île de l'amour. Celle-ci possèderait une certification de Transports Canada comme pilote.

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Mehran Ebrahimi soutient que Vanessa Sicotte pourrait ne jamais avoir de carrière comme pilote dans le futur en raison de son manque de jugement.

«Les pilotes ont la vie de nos familles entre les mains. Parfois même par centaine. Le pilotage est une question de technique, mais beaucoup de discernement et de jugement. Je me dis que des gens qui font des erreurs comme ça, ils n’ont pas leur place sur un siège de commandant dans un avion», lance Ebrahimi. 

Une bonne idée de se justifier sur les réseaux sociaux?        

Concernant les influenceuses qui ont tenté de s’expliquer sur les réseaux sociaux, elles auraient mieux fait de ne rien publier, affirme l’avocate. «Lorsqu’on est dans une situation où on peut faire face à des accusations criminelles, la meilleure chose à faire, c’est de garder le silence.»

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Pourquoi le vol n’a-t-il pas été détourné?  

Depuis que les images du party circulent sur les réseaux sociaux, une question demeure: pourquoi le pilote n'a-t-il pas détourné l'avion? Voilà à quoi tentera de répondre l’enquête demandée par Ottawa, explique Mehran Ebrahimi. 

«Est-ce que le pilote connaissait la situation? Si oui, pourquoi ne pas avoir détourné le vol? À quel moment l’a-t-il appris, car c’est inacceptable», s'interroge-t-il. 

«On a détourné des avions pour beaucoup moins que ça», lance-t-il.  

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Il s'explique d'ailleurs mal la décision du personnel de se réfugier au fond de l'appareil. Dans une telle situation, l'avion aurait dû être détourné, conclut-il. 

«Si le personnel de bord n’est pas là pour contrôler le comportement des passagers, ça veut dire qu'ils se retrouvent dans une situation hors contrôle et donc qu’ils doivent intervenir immédiatement pour avertir le pilote [que la situation est hors contrôle], qui lui devra détourner l’avion.»

Avec Francis Pilon, Le Journal