2022, une année prometteuse pour les startups québécoises | 24 heures
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2022, une année prometteuse pour les startups québécoises

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Alors qu’elles ont connu une forte croissance en 2021, les startups atteignent des évaluations sans précédent sur le marché financier, dépassant parfois les dix milliards de dollars. Et c’est le dynamisme de l’écosystème d’investissement québécois qui a de quoi réjouir les propriétaires de startup.

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En 2021, un montant record de plus de 437 milliards de dollars a été investi dans des startups américaines, selon la base de données CB Insights. La plateforme d’agrégation de données Crunchbase recense trente startups, dont Grammarly et Canva, ont même été élevées au rang de « décacornes », c’est-à-dire qu’elles sont évaluées à plus de 10 milliards de dollars chacune, sans être soumises aux règlements du marché public. Ces créatures sont-elles même issues des « licornes », un terme apparu vers 2013 pour désigner les startups atteignant une évaluation dépassant 1 milliard de dollars sur le marché.

Portées par leurs rondes de levées de fonds de plus en plus importantes, qui leur permettent de poursuivre leur croissance, les « licornes » et les « décacornes » ne ressentent plus le besoin de transiger vers le marché public. Avant, explique Vincent Grégoire, professeur agrégé au département de finances de HEC Montréal, les entreprises en forte croissance empruntaient presque systématiquement ce passage pour avoir accès à un potentiel de financement encore plus élevé : un plus grand bassin de capital est disponible sur le marché public, où tout le monde, jusqu'au particulier, peut investir. 

Contre l'accès à ce bassin, l'entreprise sacrifiait une part de flexibilité. L'introduction en bourse implique en effet des changements majeurs pour le fonctionnement de l'entreprise. Elle s'accompagne de nombreux processus administratifs et est encadrée par des lois et règlements destinés à protéger les investisseurs, qui peuvent compliquer la structure de l'organisation et le déroulement des levées de fonds futures, limitant ainsi la croissance de l'entreprise. 

Comme la startup a pour but fondamental de toujours croître, cette perte en flexibilité n'est aujourd'hui plus avantageuse devant les nombreux investisseurs prêts à participer aux levées de fonds avant l'entrée en bourse. Elles peuvent donc conserver une flexibilité accrue qui leur permet, par exemple, d’augmenter rapidement la masse salariale de l’entreprise, d’offrir des conditions de travail plus attrayantes afin de contrer la pénurie de main-d’œuvre. 

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Effet « Peter Pan » chez les startups

La pandémie a eu une influence sur les montants légendaires levés par ces géantes américaines. 

« Les rendements des marchés ont été très très bons dans la dernière année, beaucoup d’argent est disponible pour faire de l’investissement à toutes les étapes. Les taux d’intérêt aussi sont demeurés bas, c’est un marché favorable aux investisseurs», précise Vincent Grégoire.

Philip Hazeltine, propriétaire de la startup québécoise Neolegal et administrateur du groupe d’investisseurs Anges Québec, prévoit une année riche en occasions pour les investisseurs et les entrepreneurs québécois, qualifiant le marché des startups de « monde en ébullition ». Selon lui, des événements-chocs, comme la pandémie, sont créateurs d’opportunités. Une perte d’emploi, par exemple, peut se transformer en projet d’entreprise. 

Vincent Grégoire partage son avis: « Beaucoup de monde s’est ramassé à la maison avec beaucoup de temps. Ils se sont dit : là, j’ai le temps de partir ce projet-là. C’est sûr que quand tu vois qu’il y a beaucoup de financement, tu te dis que c’est peut-être un meilleur moment qu’il y a 5 ans. » Les domaines des technologies et de la santé seront selon eux le terreau fertile de cette révolution à venir.
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Croissance, subversion et capture de clientèle : une startup, c’est quoi ?

Pour Vincent Grégoire, « une startup n’est pas une entreprise en démarrage, c’est une entreprise en croissance. » Philip Hazeltine insiste sur le fait que «la forte croissance, c’est ce qui définit le plus la startup : elle fait des croissances de 10, 20, 30, 50 %, par mois, de son chiffre d’affaires. » 

La startup doit aussi être subversive et chercher à transformer les manières de faire d’un domaine. Philip Hazeltine cite l’exemple de Uber, qui a dû capturer la clientèle des taxis partout sur terre, tout en développant une nouvelle technologie. « On doit investir des sommes colossales pour capturer le marché et convaincre les clients, » ajoute-t-il.

Ces sommes colossales sont acquises auprès de divers types d’investisseurs privés, avec des rondes de collectes de fonds ciblées, ambitieuses et avant-gardistes. Pour Philip Hazeltine, il est primordial d'être en avant de la parade dans le domaine de la startup, sans quoi, «on se fait dépasser par quelqu'un d'autre.» 

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L’écosystème québécois

Même si le marché québécois est plus petit, Philip Hazeltine parle d’ouverture avec le marché américain. « Quand on crée une startup, on cherche un marché quasi planétaire, qui peut intéresser tous les investisseurs nord-américains», explique-t-il.

L’écosystème d’investissement au Québec a de quoi rendre enthousiaste, selon Philip Hazeltine. « Aujourd’hui, c’est très structuré. On couvre plusieurs étapes du financement [dès le démarrage]. » Plusieurs types de financiers, dont les banques, les programmes gouvernementaux, des organismes parapublics et privés tels que PME-MTL ou Anges Québec, contribuent à divers stades à la croissance des entreprises. L’année 2021 a vu naître plusieurs fonds gouvernementaux, dont les fonds seront déployés en 2022, dont le fonds Femmes en commerce d'Exportation et développement Canada (EDC).

Vincent Grégoire insiste sur la qualité de cet écosystème, qui soutient les startups montréalaises dans le domaine du numérique et de l’intelligence artificielle. « Les investisseurs mettent de l’argent dans un projet, mais ils apportent aussi du support et un réseau de contacts. » Souvent, souligne-t-il, les investisseurs sont d’anciens propriétaires de startups qui ont acquis une expertise particulière et qui veulent encourager la nouvelle génération.