Tests rapides moins efficaces contre Omicron: faut-il aussi faire un prélèvement par la gorge? | 24 heures
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Tests rapides moins efficaces contre Omicron: faut-il aussi faire un prélèvement par la gorge?

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AFP

Les instructions des kits de test rapide sont claires: on doit s'insérer l’écouvillon dans les deux narines. Mais pour mieux détecter le variant Omicron, ne vaudrait-il pas mieux prélever dans la gorge, comme certains le suggèrent sur les réseaux sociaux? On en a discuté avec deux experts.

Commençons par le début: de plus en plus de gens qui effectuent un test rapide s'insèrent un écouvillon dans le nez et dans la bouche, plutôt que seulement dans le nez, puis partagent leurs résultats sur les réseaux sociaux. 

Au cours des dernières semaines, le mot-clic #SwabYourThroat (prélève dans ta gorge) a même vu le jour. 

Selon plusieurs témoignages, les résultats obtenus pourraient changer selon que l'échantillon a été prélevé dans le nez ou dans la gorge. 

Devrait-on prélever dans le nez ET dans la gorge?            

«Virologiquement parlant, l’idée n’est pas mauvaise», affirme d'emblée la Dre Judith Fafard, médecin spécialiste en microbiologie-infectiologie et directrice médicale du Laboratoire de santé publique du Québec (LSPQ), même si elle ne peut pas confirmer la validité de cette technique. 

«Ça ne veut pas dire que la trousse [de test rapide] ne permet pas le prélèvement gorge-nez, mais il faudrait s’en assurer», soutient-elle, tout en rappelant qu'il vaut mieux «utiliser l’équipement selon les instructions du fabricant». 

«Avant de dire à tout le monde “faites ça, ça va marcher, c’est fiable”, il faudrait vérifier que le test fonctionne correctement avec ce type de prélèvement», poursuit-elle. 

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Comment obtenir le résultat le plus exact possible?       

Au-delà du chemin par lequel passe l'écouvillon, ce qui importe le plus, c'est la qualité de l'échantillon recueilli à l'aide de l'écouvillon, précise la Dre Fafard.

«Prélever au niveau de la gorge n’est pas nécessairement mauvais, mais c'est moins sensible [à la détection des protéines à la surface du virus qui cause la COVID-19] qu’un prélèvement nasopharyngé [comme lors d’un test PCR]», explique-t-elle. 

En allant chercher le prélèvement «le plus riche possible», c'est-à-dire en dépistant dans la gorge et plus profondément dans le nez, il est toutefois possible de «compenser pour la perte de sensibilité», poursuit-elle.

Photo Pierre-Paul Poulin

Et comment obtenir un échantillon qui soit le plus riche possible? En insérant l'écouvillon plus profondément dans le nez que ne l'indiquent les instructions, souligne le Dr Donald Vinh, infectiologue au Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

Actuellement, les instructions comprises dans les trousses de test rapide indiquent de frotter l'écouvillon à l'entrée des deux narines, ce qui fonctionnait bien pour les autres variants, souligne-t-il. Or, en allant plus profondément dans le nez, soit dans la zone naso-pharyngée, «on aura probablement un meilleur échantillon».

«Se tester nous-mêmes n’est pas toujours facile: mettre un bâton dans son nez pour aller se chatouiller le cerveau, ce n’est pas toujours évident», admet-il à la blague, tout en reconnaissant qu'il peut être plus commode d'y aller par la gorge. 

Quant à savoir s'il vaut mieux prélever dans la gorge et ensuite dans le nez ou le contraire, là encore, ce n’est «pas aussi important que la qualité de l’échantillonnage», explique l’infectiologue du CUSM.

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Que faire si on a deux résultats différents?       

Si vous faites un prélèvement dans le nez et un autre dans la gorge et qu'un des deux résultats s'avère positif, ça suggère que vous êtes contagieux, insiste le Dr Vinh. Il vous faudra donc suivre les règles et vous mettre en isolement. 

Rappelons que Québec a fait passer de dix à cinq jours la période d'isolement des personnes doublement vaccinées. 

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Et si le résultat est négatif malgré la présence de certains symptômes, il faut demeurer prudent et prendre les précautions nécessaires pour réduire les risques de transmission, ajoute-t-il. Les tests rapides ne sont effectivement pas aussi fiables que les tests PCR, surtout en ce qui concerne le variant Omicron. 

«Même si c'est négatif, ça n'exclut pas la probabilité que la personne soit réellement infectée. Ça ne devrait pas donner une impression de sécurité.»

Y a-t-il plus de risques de faux positifs par la gorge?       

Les risques d’avoir un faux positif, c'est-à-dire un résultat qui indique qu’on est positif à la COVID-19 alors qu’on ne l’est pas réellement, seraient également plus élevés lorsqu’on effectue un prélèvement dans la gorge, soutiennent les deux experts. 

La présence de microbes dans les sécrétions échantillonnées au niveau de la gorge pourrait, par exemple, fausser les résultats.

«On a vu par le passé des faux positifs, car on avait des substances différentes qui n'avaient pas d'affaire sur la membrane», raconte la Dre Fafard.

Mais qu'il s'agisse d'un faux positif ou d'un véritable résultat positif, il faut s'isoler, rappelle le Dr Vinh.

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Pourquoi Omicron affecte-t-il l'efficacité des tests?          

Ce variant, responsable de l'explosion des cas de COVID-19 observée au Québec depuis quelques semaines, serait capable de se reproduire 70 fois plus rapidement par les voies respiratoires, explique le Dr Vinh. Les nombreuses mutations d'Omicron permettraient également au virus de «coller différemment» en zone nasopharyngée et dans le fond de la gorge. 

«C’est probablement une autre preuve que le variant Omicron est une bête différente des autres variants», mentionne-t-il. 

Il rappelle d'ailleurs que les trousses de test rapide fournies aux Québécois ont été conçues avant l’arrivée du variant Omicron. 

La semaine dernière, l’Agence américaine des médicaments (FDA) confirmait justement que les tests rapides étaient moins sensibles à ce nouveau variant. En d’autres mots: il y a davantage de risques qu’un test affiche négatif même si une personne est infectée.