Des minimaisons pour lutter contre l’itinérance à Montréal, c’est pour bientôt ? | 24 heures
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Des minimaisons pour lutter contre l’itinérance à Montréal, c’est pour bientôt ?

Marcel LeBrun, promoteur du projet, 12 Neighbours Community
Courtoisie

Marcel LeBrun, promoteur du projet, 12 Neighbours Community

Le concept de minimaison (ou micromaison) pour loger des personnes en situation d’itinérance gagne du terrain en Amérique du Nord. Alors que la capitale du Nouveau-Brunswick, Fredericton, vient d’annoncer la construction d'une série d’habitations de ce type, à Montréal, un organisme se dit prêt à embarquer dans le projet.  

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Avec une superficie de 18 mètres carrés (200 pieds carrés), les minimaisons incluent toutes les commodités : une salle de bain, une cuisine, un espace pour dormir jusqu’à deux personnes ainsi qu’un salon et une salle à manger. Et même une petite galerie couverte.  

À Fredericton, ce sont ainsi 36 logements de ce genre nouveau qui seront construits par l’organisme sans-but lucratif 12 Neighbours Community d’ici mars 2023, au coût de 2,3M$.  

«La voie vers la réhabilitation commence par des maisons abordables et sûres dans une communauté inclusive qui offre du soutien», explique le fondateur de 12 Neighbours Community, Marcel LeBrun. 

Des suppléments de loyer à chacun des nouveaux logements sont aussi prévus afin que les locataires ne paient pas plus de 30% du revenu total de leur ménage en loyer.

Avec le froid polaire qui s’abat ces jours-ci sur Montréal et des refuges qui se remplissent très vite, la Ville pourrait-elle envisager le lancement d’un projet semblable ? Réponse avec les principaux intéressés.  

Un organisme «partant» pour réaliser le projet   

Les organismes qui œuvrent dans le milieu communautaire aiment beaucoup cette idée. Ceux à qui nous avons parlé croient que pour régler la question de l’itinérance, on doit diversifier l’offre de logement et mettre sur pied des idées comme celle-là. 

Florence Portes, la directrice de développement des habitations communautaires pour la Mission Old Brewery, qui aide les personnes en situation d’itinérance, «adore l’idée.» 

«La Mission est partante pour lancer un projet comme celui-là si on nous offre un terrain. On a des architectes collaborateurs qui pourraient nous aider à le réaliser», lance-t-elle, enthousiaste.  

Mme Portes dit cependant qu’on doit faire attention à la dignité des personnes itinérantes, en ne construisant pas des espaces trop petits, mais bien un endroit assez grand pour inclure toutes les commodités nécessaires. Il faut aussi éviter de créer un «ghetto de pauvreté» et y implanter des intervenants et un service communautaire.  

Florences Portes, directrice de développement des habitations communautaires

Courtoisie

Florences Portes, directrice de développement des habitations communautaires

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Un enjeu de densité et déracinement   

Un autre enjeu est évoqué par les organismes auxquels nous avons parlé : la difficulté à trouver un terrain disponible dans les quartiers centraux de Montréal.  

«Je vois mal où trouver un endroit [dans Hochelaga-Maisonneuve] pour accueillir un certain nombre de micromaisons», explique Julien Montreuil, directeur adjoint de l’organisme communautaire Anonyme et en charge du volet logement.  

Séduit par le concept, M. Montreuil ajoute qu’on pourrait possiblement construire les minimaisons ailleurs sur l’île, mais que cette idée pourrait aussi mener à un déracinement de la population itinérante, loin des ressources dont elle a besoin.  

Au cabinet de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, la réalisation de projet de minimaisons n’est pas à l’ordre du jour. « [Elles] ne sont pas adaptées à la densité que nous connaissons à Montréal», se justifie l’attachée de presse, Marikym Gaudreault.  

Le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation du Québec indique aussi ne pas «travaille[r] présentement sur un projet spécifique de développement de micromaisons.»

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Une «très bonne idée», selon des personnes itinérantes  

Les principaux intéressés à qui le 24 heures a parlé, les itinérants, accueillent très favorablement cette idée, surtout en période de froid extrême. 

Richard Massé-Duperron, qui vit dans la rue depuis novembre dernier, pense que ce n’est pas très compliqué à réaliser. Selon cet ancien menuisier, il suffit de trouver un entrepreneur et des employés qui veulent embarquer dans le projet. 

«J’ai vu ça à la télévision. C’est une très bonne idée... Aujourd’hui, si tu ne trouves pas d’idées pour enrayer le problème de l’itinérance, eh bien rien ne va avancer. Alors pourquoi pas ? Tout se fait, il s’agit juste d’avoir une compagnie qui peut aider», juge-t-il.  

Richard Massé-Duperron dort pour le moment à la Maison du Père. Il est incapable de se trouver un logement de grandeur 1 1/2 ou 2 1/2 à un prix abordable.

Guillaume Cyr/24 heures

Richard Massé-Duperron dort pour le moment à la Maison du Père. Il est incapable de se trouver un logement de grandeur 1 1/2 ou 2 1/2 à un prix abordable.

Une idée qui est aussi appuyée par Guylain Levasseur, qui vit présentement dans son camion malgré le temps glacial. «Ça réglerait beaucoup de problèmes. Trouver un terrain avec une petite maison et un prix minimal, ça serait une des solutions, lance-t-il. Les grands froids commencent et toutes toutes toutes les ressources connaissent des éclosions de Covid-19 et sont pleines à craquer.» 

Guylain Levasseur

Photo Guillaume Cyr, 24 heures

Guylain Levasseur

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Ailleurs en Amérique du Nord  

Même si les projets divergent d’une ville à l’autre, des initiatives du même genre se multiplient depuis déjà quelques années. En octobre dernier, Los Angeles inaugurait son plus grand projet jusqu'à présent avec 117 micromaisons, selon le média américain NBC. Des formats cependant plus petits que ce qui se fait au Nouveau-Brunswick, avec des maisons d’environ 6 mètres carrés (plutôt le format d’un cabanon).  

Cette initiative fait partie d’un objectif plus large que la mégalopole américaine s’est donné en octobre dernier, soit de construire 25 000 unités de transition pour les personnes itinérantes d’ici 2025. La ville compte environ 41 000 sans-abris, selon le dernier décompte des autorités. 

Minimaison à Los Angeles

AFP

Minimaison à Los Angeles

La capitale de la Colombie-Britannique, Victoria, ouvrait elle aussi un village de 15 conteneurs en avril dernier avec des jardins et un espace extérieur commun, pouvant héberger environ une trentaine de personnes, selon Radio-Canada.  

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