Confinement : des jeunes isolés en centre jeunesse, loin de leurs familles | 24 heures
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Confinement : des jeunes isolés en centre jeunesse, loin de leurs familles

Le confinement pèse lourd sur les épaules des adolescents qui vivent en centres jeunesse. Isolés, loin de leurs proches, ils doivent composer avec des règles sanitaires strictes dans un environnement qu’ils n’ont pas choisi. 

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«Est-ce que les jeunes vont bien? Non. En ce moment, c’est difficile. Ils ne voient pas grand monde sauf les autres jeunes de l’unité de vie et la rotation d’intervenants. Ils vivent beaucoup de solitude», confie une intervenante qui travaille à Laval et qui a requis l’anonymat par peur de représailles.

Ce qu’elle voit quotidien, «ce sont des jeunes en détresse», lâche-t-elle.

«Les filles arrivent majoritairement de l’urgence psychiatrique avec des comportements suicidaires et des troubles alimentaires. Il y a beaucoup d’anxiété. C’est préoccupant», fait valoir le coordonnateur au centre de réadaptation L’Escale à Québec, Patrick Tanguay.

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Photomontage Marilyne Houde

Anxiété, solitude, détresse: l’état psychologique des adolescents placés dans ces centres de réadaptation ne semble pas très loin de celui des jeunes vivant avec leur famille.

Mais, «la vie d’un adolescent dans une unité n’est pas la même que celle à l’extérieur. C’est une clientèle vulnérable», souligne M. Tanguay. 

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Loin de leur famille  

Les impacts du confinement n’affectent pas uniquement leur liberté: ils peuvent carrément perturber leurs projets de vie.

Les visites prévues — parfois depuis longtemps — dans les familles sont annulées en cas de contact ou de contagion à la COVID, par exemple.

Ces enfants sous la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), subissent également les contrecoups des retards judiciaires accumulés dans le contexte pandémique.

«Si le placement d’un enfant est prévu en mai et que le tribunal a du retard, il devra attendre que le juge statue. Il ne saura pas s’il retourne chez lui ou s’il va en famille d’accueil. Ça crée beaucoup d’incertitude, ça génère beaucoup d’anxiété aussi», illustre Marie-Claire Lepage, psychologue au centre pour garçons Le Gouvernail à Québec. 

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Isolés, parfois sans fenêtres  

Et leur réalité est toute autre lorsqu’ils doivent se placer en isolement dans leur chambre, atteints de la COVID ou en attente d’un résultat de test.

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«Ils doivent faire quatre tests PCR s’ils ont été en contact étroit avec une personne positive. En attendant leur résultat, ils peuvent sortir pour prendre leur douche et aller aux toilettes. C’est tout», déplore l’intervenante. «Dans mon centre jeunesse, les chambres n’ont pas de fenêtre, 6 pieds par 6 pieds, avec un petit lit simple.»

«Les jeunes ne veulent plus aller dehors, aller patiner ou jouer dans la neige de peur d’avoir un rhume et d’être confinés à leur chambre parce qu’ils ont des symptômes», ajoute-t-elle. 

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Quelques points positifs  

Dans d’autres centres de réadaptation toutefois, la crise sanitaire a accéléré la mise en place d’outils technologiques comme des tablettes, des téléphones et même, le wifi.

«Une jeune fille de 12 ans m’a dit que “c’est un peu plate et un peu le fun en même temps ”», raconte le chef de service au programme jeunesse du Centre de réadaptation Dominique-Savio-Mainbourg à Montréal, René Piché.

Parce que dans plusieurs milieux de vie, la pandémie a permis de multiplier l’offre d’activités. Cinéma maison, bingo, bricolage, karaoké, séances d’aérobie, soupers pizza pour marquer le milieu et la fin d’un confinement à la chambre : «on a intensifié l’animation des jeunes», résume-t-il.

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«On est avec une clientèle déjà vulnérable et plus réactive, on savait que les mesures pouvaient être plus souffrantes pour nos jeunes. On fait preuve davantage de souplesse, de flexibilité et de créativité dans nos interventions», explique la psychologue Marie-Claire Lepage.

Si bien que les ressacs appréhendés dans certains centres ne sont jamais venus, signale M. Piché.

«Quand on prend un pas de recul, on se dit que ces enfants ont tellement vécu des choses épouvantables, que la pandémie, ce n’est pas si pire. Certains ne mangeaient pas trois fois par jour, d’autres n’avaient aucune stimulation», dit-il. «Ils ont une grande capacité d’adaptation et font preuve de beaucoup de résilience.»  

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