«Je ne me reconnais plus»: les impacts du délestage sont bien réels | 24 heures
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«Je ne me reconnais plus»: les impacts du délestage sont bien réels

Image principale de l'article Elles ne sont plus les mêmes à cause du délestage
Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin

«Je ne me reconnais plus, je ne suis plus la même»: les impacts du délestage sont bien réels et les victimes nombreuses. Pour certaines personnes, le report d’une chirurgie et l’attente qui s’ensuit se traduisent par une détérioration importante de leur qualité de vie. Voici deux histoires qui illustrent l’effet dévastateur du délestage dans nos hôpitaux. 

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Depuis sa première résonnance magnétique (IRM) annulée en mars 2020, Ouiam Didane doit vivre avec l’inquiétude de se disloquer l’épaule. 

«Pour te donner une idée, la dernière fois que je me suis disloqué l’épaule, c’était en dormant. Donc, en ce moment, je fais toujours vraiment attention à mes mouvements au quotidien. Je vis avec une crainte omniprésente», indique la jeune femme de 32 ans. 

Photo Courtoisie

Pour une raison qu’elle ignore, son épaule gauche s’est disloquée plus d’une dizaine de fois jusqu’à présent et menace, à tout moment, de se déboîter.

«Je sors un plat Tupperware d’une armoire qui est au-dessus de ma tête et j’ai peur. Quand je me passe un foulard autour du cou, je le fais avec la main droite. Quand je marche et que c’est glissant dehors, je ne passe pas mon bras dans ma manche de manteau, je le garde dans mon manteau, parce que si je glisse, mon bras sort», détaille-t-elle. 

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Un impact sur son identité

Malgré tout, elle est consciente que certains passent des moments autrement plus angoissants.

«Évidemment, il y a des cas beaucoup plus graves et je ne veux pas me plaindre. L’épaule, ça peut avoir l’air minime, mais moi, ça a un impact sur mon identité, puisque je suis très active. C’est une réduction importante de ma qualité de vie», indique celle pour qui, en temps normal, le sport occupe une place centrale dans sa vie.

Et puisque son cas n’est pas jugé prioritaire, elle n’a aucune idée du temps que durera encore son calvaire.

«Je devais avoir un rendez-vous avec un chirurgien à la fin janvier, mais il a été repoussé en raison du délestage et je ne sais pas quand je serai vue. Dans huit semaines? Dans un an? Même le personnel de l’hôpital n’en a aucune idée.»

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«Je ne me reconnais plus»      

Pour Carolina*, la vague de délestage actuelle n’est que la continuité d’un long et sinueux parcours dans le système de santé. À bout de souffle, elle indique elle aussi ne plus se reconnaître, elle qui souffre depuis plus de deux ans.

«J’ai pris beaucoup de poids, donc le moral en prend un coup. Je ne me reconnais plus, je ne suis plus la même», indique-t-elle, la gorge nouée. 

Photo d'archives, Agence QMI

Son histoire a commencé en 2019, alors qu’elle était déjà terrassée par des douleurs intenses au dos qui l’empêchaient de poursuivre ses activités normalement. 

«Je faisais entre 15 et 20 heures de danse par semaine et j’ai commencé à avoir des douleurs insupportables au dos. Je croyais que c’était la danse, donc j’ai ralenti ma pratique, mais ça n’a rien changé», explique-t-elle. 

Après avoir essayé, sans succès, plusieurs soins paramédicaux comme la physiothérapie, la chiropractie et l’acuponcture, son médecin de famille l’a envoyée passer une résonnance magnétique pour y voir plus clair. Plus d’un an et demi plus tard, après avoir vu deux spécialistes qui se relançaient son cas et une opération infructueuse à la Clinique antidouleur du Centre hospitalier de l’Université de Montréal, elle est toujours en attente de l’opération qui soulagera sa douleur. 

Photo d'archives

«Mon rendez-vous n’est pas officiellement annulé. Je devais l’avoir en janvier, mais on ne me répond plus quand j’appelle, alors qu’on me parlait avant. Je doute très fortement de l’avoir. L’incertitude est angoissante.» 

En plus de l’angoisse, la douleur la suit partout. 

«Le dos est sollicité par presque tous les mouvements. Je ne peux pas rester assise plus d’une heure, je ne suis pas capable d’attacher mes souliers. Je ne pourrais même pas faire Québec-Montréal en voiture si je voulais, puisque quand la douleur me prend, généralement après une heure assise, c’est insupportable. Chaque soir quand je reviens du travail, où je dois passer la majorité de mon temps assise, je dois m’allonger avec de la glace et des médicaments vraiment forts.»

*Prénom fictif