Non, il n'y a pas 1800 places pour les itinérants à Montréal en ce moment | 24 heures
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Non, il n'y a pas 1800 places pour les itinérants à Montréal en ce moment

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Joël Lemay / Agence QMI

Y a-t-il vraiment 1800 places pour les personnes en situation d’itinérance à Montréal? Pas du tout, affirment différents intervenants qui œuvrent dans des organismes. Ils lancent un cri du cœur, alors que Montréal est frappée par un froid polaire et que les cas de COVID-19 sont au plus haut.

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En point de presse, jeudi, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a affirmé que 1800 places étaient à la disposition des personnes itinérantes, selon des chiffres transmis par le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud-de-l’Ile-de-Montréal.

Joël Lemay / Agence QMI

Avec la transformation du Stade de soccer de Montréal en refuge, qui peut maintenant accueillir 350 itinérants atteints de la COVID-19, il y aurait en fait près de 1900 lits disponibles dans la métropole. Ce chiffre serait toutefois bien loin de la réalité, déplorent des intervenants du milieu.

«Tout le monde dans le milieu de l’itinérance s’entend pour dire qu’il manque de places», affirme Mélanie Walsh, directrice générale de l’Auberge Madeleine.

Par exemple, depuis le 1er janvier, l’Auberge Madeleine, qui compte 26 chambres individuelles pour des femmes en situation d’itinérance, a dû refuser 200 demandes d’hébergement.

«Toutes les ressources sont pleines», assure la directrice des services du campus Saint-Laurent de la Mission Old Brewery, Émilie Fortier, qui supervise les opérations au Stade de soccer de Montréal.

Si le stade vient répondre à un besoin, il ne permet pas de pallier le manque de ressources, insiste-t-elle. Faute de places, de nombreux sans-abri continuent de passer des nuits dehors. Un homme sans-abri de 74 ans est d’ailleurs mort de froid lundi dernier.

Mieux planifier 

«La pandémie et la planification à long terme ne vont pas de pair», affirme le directeur des communications du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’île-de-Montréal, Jean-Nicolas Aubé.

Or, si le variant Omicron est venu brouiller les cartes, le problème de places et le manque de ressources ne datent pas d’hier, soutiennent Mélanie Walsh et Émilie Fortier. «Ça fait longtemps qu’on sait qu’on va manquer de places en hiver, se désole Mme Fortier. Le manque de places est là à l’année.»

«Ça prend plus de planification au lieu d’essayer d’agir trop rapidement, souligne pour sa part Sam Watts, président et directeur général de la Mission Bon Accueil. Être toujours en mode réactif n’est pas la solution.» Selon lui, on doit davantage appuyer les itinérants à long terme plutôt que de mettre tous les efforts dans les services d’urgence.

L’administration Plante assure pour sa part qu'elle fait tout en son pouvoir pour appuyer le réseau de la santé et lutter contre l’itinérance.

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Manque de personnel 

À cause de l’urgence de la situation, la Santé publique permet maintenant aux refuges d'être combles. Le nombre d’occupants devait jusqu’alors être limité pour respecter les mesures sanitaires.

Mais, malgré cette nouvelle directive, plusieurs ressources ne sont pas en mesure de rouler à plein régime, en raison notamment du manque de personnel, explique Mélanie Walsh. L’Auberge Madeleine a notamment perdu jusqu’à 25% de ses travailleuses, qui ont dû s’isoler après avoir contracté la COVID-19.

«Tout le monde est sur le bord de la rupture de service», s’inquiète Émilie Fortier.

Comme plusieurs autres secteurs, les refuges sont également compromis par la pénurie de main-d’œuvre.

Pour garder le plus de monde au travail, Mélanie Walsh souhaite que des tests rapides soient rendus disponibles pour son personnel ainsi que pour les femmes itinérantes. Des tests rapides permettraient, selon elle, de faciliter la vie aux sans-abri qui se cherchent un endroit où dormir.