La mort lente de notre hiver: à quoi s'attendre d'ici 20 ans? | 24 heures
/environment

La mort lente de notre hiver: à quoi s'attendre d'ici 20 ans?

Image principale de l'article Aurons-nous droit à un hiver dans 20 ans?
Photomontage Marilyne Houde

À quoi ressemblera l’hiver québécois dans 20 ans? Sera-t-il doux, pluvieux, verglacé, enneigé? La réponse n'est pas encore claire. Mais une chose semble faire consensus dans la communauté scientifique: les changements climatiques frapperont durement la saison et leurs répercussions s’annoncent majeures pour le Québec. 

• À lire aussi: L’hiver change et ne sera plus jamais comme avant

Janvier 2021: «une douceur jamais observée auparavant à l’échelle du Québec», rapporte le ministère de l’Environnement. Le mois suivant, l’hiver 2020-2021 est décrété «le deuxième plus doux en cent ans au Québec» après celui de 2010. 

«En ce moment déjà et depuis une vingtaine d’années, l’hiver est la saison pour laquelle le réchauffement est le plus marqué. On a des hivers chaotiques [...] qui vont de plus en plus ressembler à des intersaisons», souligne d’emblée le chercheur en hydroclimatologie et professeur au département de géographie de l’UQAM, Philippe Gachon.


Des hivers de plus en pus chaotiques:    


Des températures plus douces  

Le réchauffement s’accélère surtout dans les régions au climat subpolaire auquel appartient une partie du Québec, rappellent les experts. 

Ça aura des effets sur notre environnement. Les patinoires seront plus difficiles à entretenir, les inondations d'hiver beaucoup plus fréquentes et les stations de ski — encore plus — dépendantes des canons à neige.  

Notre santé mentale en sera, elle aussi, affectée. Il faudra faire le deuil des hivers qu'on a connus. 

Illustration Agathe BB

La température moyenne a augmenté de 1°C au niveau mondial dans les 20 dernières années, prévient le consortium en climatologie régionale Ouranos. Mais dans la province, on parle d’un réchauffement de 1 à 3 °C selon les régions. 

• À lire aussi: La canal Rideau devra être refroidi pour préserver la patinoire

• À lire aussi: Encore plus de vagues de froid polaire... à cause du réchauffement climatique

«Dans 20 ans, que personne ne vienne chialer en disant “aaah, avoir su!”», plaide le directeur général d’Ouranos, Alain Bourque. «Une bonne partie des hivers qu’on vivra sera déterminée par la réduction de nos [gaz à effet de serre] GES et par les mesures qui seront mises en place pour s’adapter. Rien n’est perdu, mais on doit se préparer. On le sait!» 

Mais, «compte tenu de notre performance au niveau de la réduction des GES, ce n’est pas encourageant», poursuit-il. «Aucun indicateur ne pointe dans la bonne direction.» 

Les projections d’Ouranos font ainsi état d’un hiver 2042 marqué par une hausse de température de 2,5 °C au sud, au centre et dans le golfe du Saint-Laurent, puis de 5 °C dans le nord du Québec.   

  • Écoutez Anne-Sophie Poiré, journaliste pour la section Urgence climat au 24 heures, au micro de Philippe-Vincent Foisy sur QUB radio:    

Des hivers en fouillis  

«Bien qu’il y ait des tendances lourdes dans le climat, on ne sait pas ce que sera la succession de la météo d’ici 20 ans. La météo est ce qu’on met pour la journée alors que le climat est l’ensemble de notre garde-robe», illustre Alain Bourque.

«Ce sont les événements climatiques extrêmes dont on se souvient, et on sait qu’ils vont devenir de plus en plus communs», rappelle le directeur général d'Ouranos, Alain Bourque.

Joël Lemay / Agence QMI

«Ce sont les événements climatiques extrêmes dont on se souvient, et on sait qu’ils vont devenir de plus en plus communs», rappelle le directeur général d'Ouranos, Alain Bourque.

Ainsi, l’hiver 2042 sera peut-être tout à fait ordinaire avec de la neige et des températures froides.

«Mais peut-être que celui d’avant, il n’y aura pas de neige, des pluies, du verglas et des chaleurs», nuance l’expert. «Ce sont les événements climatiques extrêmes dont on se souvient, et on sait qu’ils vont devenir de plus en plus communs.» 

Les épisodes de gel et de dégel seront plus nombreux, par exemple. La saison de gel sera réduite de 2 à 4 semaines en particulier dans la région du golfe du Saint-Laurent qui comprend la Côte-Nord et la Gaspésie. Des études pointent également vers un risque accru de verglas. 

 «De la pluie, de la neige, des grands froids, un redoux, du verglas: ça va être un fouillis», résume M. Bourque.

s

Sur le même sujet