Quand le Québec pourra-t-il considérer la COVID-19 comme une grippe? | 24 heures
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Quand le Québec pourra-t-il considérer la COVID-19 comme une grippe?

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Photo Agence QMI, Joël Lemay

En Europe, l’idée de gérer la COVID-19 comme une maladie endémique va bon train. Une nouvelle donne qui pourrait signifier la fin prochaine de la pandémie et le retour d’une certaine normalité. Mais cette stratégie pourrait-elle s’appliquer prochainement au Québec? 


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L’Espagne, par exemple, compte bientôt changer la façon dont elle surveille la progression du virus sur son territoire. Plutôt que de signaler chaque nouveau cas de COVID-19, «ce qui n’est pas viable à long terme», des extrapolations seront utilisées pour calculer la propagation de la maladie au sein de la population, comme c’est le cas pour la grippe. Fini, donc, le dépistage à long terme.  

Bien qu’aucune date de transition n’ait encore été fixée – l’arrivée d’Omicron a retardé les plans un peu –, les autorités entrent dans la dernière ligne droite d’implantation de ce nouveau système. Et l’Espagne n’est pas le seul pays européen à se diriger vers un changement de paradigme face à la COVID-19.

Le Royaume-Uni s’apprête à lever une foule de restrictions sanitaires, a annoncé le premier ministre britannique, Boris Johnson, mercredi.  

Boris Johnson

AFP

Boris Johnson

«Alors que la COVID-19 devient endémique, nous devons remplacer les obligations légales par des conseils et recommandations», a-t-il plaidé, soulignant que de telles mesures n'étaient pas imposées pour la grippe. 

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«Il faut être très prudent»  

Une fois la cinquième vague terminée, le Québec peut-il espérer changer son approche pour, lui aussi, passer vers la phase endémique du virus? Pas si vite, répond l’épidémiologiste Nimâ Machouf. «Je pense que c’est faisable, mais il faut être très, très prudent.» 

Selon ses propres calculs réalisés avec les données publiques, Mme Machouf estime que le taux de mortalité des personnes de 85 ans et plus – qui sont parmi les plus fragiles contre le virus – est désormais semblable à celui de l’influenza (la grippe) dans les années prépandémiques. Un signe que le virus s’affaiblit et que l’on se trouve sur la bonne voie vers l’endémicité. 

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Mais le «gros» problème, ajoute-t-elle, c’est que ça représente encore beaucoup de décès. «Malgré le faible pourcentage, cela représente quand même beaucoup de vies humaines et ce nombre peut être lourd pour la société», souligne l’épidémiologiste. Ce n’est donc pas le moment de commencer à agir comme si la COVID était une simple grippe, insiste-t-elle. 

Cet avertissement est partagé par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) aussi. «Il reste encore beaucoup d’incertitudes [face au virus]» a récemment déclaré Catherine Smallwood, responsable des situations d’urgence à l’OMS Europe. Elle soutient que la dimension de prédictibilité est essentielle pour le passage à la phase endémique.  

Et un virus devenu endémique ne signifie pas qu’il est moins dangereux, a martelé mardi un autre responsable des situations d’urgence à l’OMS, le Dr Michael Ryan, au cours d’un panel virtuel du Forum économique mondial. 

Malgré tout, plusieurs experts disent qu’il faudra, éventuellement, apprendre à vivre avec la COVID-19. 

Un important exercice de communication  

Pour y arriver, Québec devra, avant toute chose, analyser les données qu’il a en main pour déterminer la virulence du virus. 

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Il faudra ensuite montrer à la population qu’avec les moyens de protection que l’on s’est donnés pour éviter la transmission du virus et la mortalité sous-jacente (vaccination, port du masque lorsqu’on visite une personne vulnérable, etc.), on peut considérer la maladie comme la grippe, poursuit Mme Machouf. «Mais ça, il faut l’expliquer.»

Nimâ Machouf, épidémiologiste

Photo Agence QMI, Joël Lemay

Nimâ Machouf, épidémiologiste

 

Peu importe la décision – que l’on poursuive sur la voie pandémique ou que l’on considère la COVID comme la grippe –, il faut la justifier.  

«On ne peut pas, du jour au lendemain, changer de cap, ajoute Mme Machouf. Parce que jusqu’à maintenant, on nous a dit que le virus est tellement grave qu’il faut arrêter de travailler ou d’aller à l’école, et qu’il faut imposer un couvre-feu.» 

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Et le gouvernement doit s’assurer d’une certaine cohérence. On ne pourrait pas penser imiter l’Espagne sans aussi relâcher les mesures sanitaires, souligne Mme Machouf.

«On continue de vivre en confinement, mais on arrête de compter. Ça ne marche pas. [Le gouvernement] peut empêcher les gens de se réunir s’il a une bonne raison, mais sans ça, on ne peut pas juste décider de restreindre la population», indique l’épidémiologiste. 

Des conséquences importantes  

Effectuer une transition aussi majeure sans préparation pourrait entraîner des conséquences graves, comme une hausse possible de la mortalité et des problèmes chroniques. À commencer par la COVID longue, déplore Nimâ Machouf.  

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Mis à part Omicron – variant pour lequel on n’a pas encore suffisamment de recul pour connaître ses impacts sur l’organisme à long terme –, on sait que 10% des personnes infectées à la COVID développent des symptômes chroniques. 

«Le problème est complexe. On doit penser à bien des choses avant de pouvoir dire qu’on laisse le virus courir. C’est quand même un virus mortel, ce sont des vies humaines qui sont en jeu. On ne peut pas prendre ça à la légère. Il faut calculer le fardeau de la maladie en termes de vie humaine et de lourdeur hospitalière avant de prendre cette décision», résume Nimâ Machouf. 

Penser le Québec dans le contexte mondial  

Même si l’Europe semble se diriger vers la phase endémique et que l’envie est grande, ici aussi, de vouloir se débarrasser de la pandémie, il est impossible de le faire sans penser au contexte mondial.  

Si le Québec est bien protégé contre les formes graves de la maladie grâce à un fort taux de vaccination, la situation n’est pas la même partout sur le globe. Moins les gens sont vaccinés, plus le virus circule, plus il mute. 

AFP

Ainsi, si l'on veut pouvoir considérer la COVID-19 de manière endémique, il faudra la considérer partout comme ça. La solution réside dans un accès mondial au vaccin, affirme l’épidémiologiste. 

«Si ça court beaucoup ailleurs, on ne sera pas en mesure de relâcher les mesures parce qu’on a très bien vu que les virus, eux, comprennent comment fonctionne la mondialisation», lance Nimâ Machouf. 

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Comment y parvenir au Québec?  

Sur le plan local, avant d’y arriver, il reste encore de nombreuses réformes à réaliser, comme la mise en place d’une stratégie de dépistage de masse efficace et la ventilation adéquate des espaces publics. 

Par conséquent, au risque de vous décourager, attendez-vous à devoir garder un masque dans votre sac encore pour longtemps. 

— Avec l’AFP 

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