L'hiver dans 20 ans: de plus en plus complexe d’entretenir les patinoires | 24 heures
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L'hiver dans 20 ans: de plus en plus complexe d’entretenir les patinoires

Image principale de l'article Les patinoires extérieures en péril?
Illustration Agathe BB

Des municipalités s’inquiètent de ne bientôt plus pouvoir offrir de patinoire extérieure à leurs citoyens, à cause du réchauffement climatique qui, chaque année, écourte un peu plus la saison de patinage. 

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«J’ai hâte de voir si, dans 10 ou 15 ans, on va être capable de maintenir ces infrastructures [les patinoires extérieures] en place», se demande le maire de Thurso, en Outaouais, Benoit Lauzon. 

Le maire de Thurso, Benoît Lauzon

Marc DesRosiers

Le maire de Thurso, Benoît Lauzon

M. Lauzon estime que la saison de patinage a été écourtée de 30 jours depuis son entrée en poste à la mairie, en 2013. 

«C’est souvent une dizaine de jours de moins en début de saison et on parle de presque une quinzaine de jours de moins en fin de saison, où on n’est plus capable de l’utiliser», remarque-t-il.   

  • Écoutez Anne-Sophie Poiré, journaliste pour la section Urgence climat du 24 heures, au micro de Philippe-Vincent Foisy, sur QUB radio:    


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Par ailleurs, entretenir une telle infrastructure demande du temps et de l’argent. Il estime qu’une patinoire extérieure coûte en moyenne 10 000$ annuellement. Ce montant peut augmenter quelque peu s’il y a des épisodes de temps doux ou de pluie pendant l’hiver.  

La Ville de Gatineau observe aussi cette problématique climatique. De 2014 à 2021, la durée des glaces entretenues par la Ville a fluctué, mais elle est passée d’environ 50 jours à 34 jours, en moyenne. 

 «Davantage de périodes de redoux ou de pluies en cours de saison sont observées depuis les dernières années, qui se traduisent par la fermeture temporaire des patinoires», explique la Ville par courriel. 

Des solutions coûteuses  

D’autres municipalités, comme Saint-Félix-de-Valois, dans la région de Lanaudière, se sont tournées vers la construction d’une patinoire réfrigérée ou d’un toit afin d’augmenter son utilisation. Le hic: c’est beaucoup plus cher. À Saint-Félix-de-Valois, le coût de la future patinoire réfrigérée et couverte était estimé en 2021 à 3,67 M$. Elle sera subventionnée en bonne partie par le Programme d’aide financière aux infrastructures récréatives et sportives (PAFIRS). Son ouverture est prévue pour novembre 2022. 

«Depuis cinq ans, il devient très difficile de maintenir une glace de qualité avec les brusques hausses de température au-dessus de zéro de plus en plus fréquentes en plein hiver. Les glaces sont rarement prêtes avant Noël et ça devient un miracle si elles sont toujours en place durant la semaine de relâche», note la mairesse de Saint-Félix-de-Valois, Audrey Boisjoly. 

Audrey Boisjoly

Mitch Cayouette

Audrey Boisjoly

La Ville de Thurso évalue également la possibilité d’avoir une patinoire réfrigérée. «C’est peut-être le temps de travailler avec deux ou trois municipalités afin de pouvoir offrir ce genre d’infrastructure», pense le maire de Thurso. 

À Gatineau, diverses approches sont et devront être étudiées, comme des patinoires couvertes ou encore la pose de toile géotextile sur les surfaces asphaltées, indique la Ville par courriel. 

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Un phénomène global  

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Le nombre de jours de patinage pourrait diminuer, en moyenne, de 34% d’ici 2090 à Montréal et Toronto, selon une étude parue en 2015.  

Robert McLeman, coauteur de l'étude et professeur au Département de géographie et d’environnement de l’Université Wilfrid-Laurier, à Waterloo, documente ce phénomène depuis de nombreuses années. «Avec les tendances climatiques, il deviendra de plus en plus difficile, pour les municipalités, de créer de grandes patinoires traditionnelles. J’imagine qu’on va voir de plus en plus de glaces réfrigérées qui sont très chères», souligne-t-il. 

Selon lui, les administrations municipales pourraient donc réduire le nombre de glaces traditionnelles, ce qui diminuerait de beaucoup l’accessibilité. «S’il y a moins de glaces extérieures, les jeunes qui vivent loin [de celles-ci] vont perdre des opportunités d’apprendre à patiner, à moins qu’ils construisent la leur dans leur cour», conclut le spécialiste. 

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