Le Québec, champion mondial du confinement? | 24 heures
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Le Québec, champion mondial du confinement?

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Photomontage: Marilyne Houde

Dans le monde, rares sont les pays qui ont confiné leur population plus longtemps et plus radicalement que le Québec.

Quand on se regarde, on se désole; quand on se compare, on se console. Oui, mais pas cette fois. 

De tous les pays ou régions du monde que nous avons passés en revue, c'est au Québec que la population a été confinée le plus grand nombre de jours depuis le début de la pandémie. En d’autres termes, si le confinement était une discipline olympique, notre province viserait assurément la médaille d’or. 

Ce jeudi 20 janvier 2022, le Québec enregistre en effet une 393e journée de confinement en moins de deux ans, soit l'équivalent de 13 mois sans la possibilité de socialiser dans un lieu intérieur (à part pour les personnes vivant seules). 

Pour en arriver là, il aura fallu trois confinements.  

Le premier, alors que toute la planète ou presque faisait connaissance avec un curieux virus, aura duré un peu plus de trois mois, du 13 mars au 22 juin 2020, soit 101 jours. Le deuxième, décrété le 1er octobre 2020 pour une durée initiale de 28 jours, sera finalement prolongé jusqu’au 28... juin 2021, soit 271 jours au total. Arrive enfin la période de confinement que nous traversons actuellement et pour laquelle aucune date de sortie n’est encore en vue (21 jours). 

Au total, les Québécois se seront donc vu imposer 393 jours de confinement depuis le 13 mars 2020, série en cours. Un chiffre vertigineux qui témoigne d’une volonté politique de contrôler la propagation de la COVID-19 tout en maintenant coûte que coûte l’économie et les écoles ouvertes.

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Mais avec un système de santé au bord de la rupture et un nombre de lits d’hôpital deux fois inférieur à la moyenne des pays de l’OCDE (2,5 lits pour 1000 habitants, contre 4,7), le Québec a payé au prix fort cette stratégie, plus que la majorité des pays occidentaux. Une situation qui justifiera également à deux reprises l'imposition d’un couvre-feu, dispositif pourtant très contesté et unique au Canada, sur une durée totale de 157 jours (dont 139 jours pour le premier épisode). 

Voici donc un petit tour d’horizon des différents confinements instaurés dans le monde depuis le 11 mars 2020, date à laquelle l’OMS a estimé que l'épidémie de COVID-19 pouvait être qualifiée de pandémie. De quoi mettre en perspective la durée et l’intensité des mesures prises ici, au Québec. 

Le Québec loin devant l’Ontario                   

Au Canada, les provinces et territoires ont dû annoncer des périodes de confinement, pas toujours au même moment, pour contrôler la propagation du virus. Et dans cet exercice, le Québec arrive largement en tête. 

L’Ontario, auquel le Québec se compare volontiers, a mis en place trois confinements depuis le mois de mars 2020, pour un total de 178 jours. À noter que le confinement ontarien est en fait une ordonnance de «rester à la maison» («stay-at-home order»). Il est donc demandé à chacun de rester chez soi, sauf si l'on doit sortir à des fins précises, par exemple pour aller à l'épicerie ou à la pharmacie, ou pour accéder à des services de soins de santé. Différence de taille avec le Québec: pendant les périodes de confinement, les rassemblements de moins de cinq personnes en intérieur sont tolérés. 

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Première province touchée par la pandémie en mars 2020, la Colombie-Britannique a rapidement fait redescendre la courbe des contaminations, en avril 2020, sans passer par la case confinement total. La province procédera toutefois à un confinement plus contraignant sur le plan des relations sociales au cœur de la deuxième vague, en automne 2020. Cependant, même au plus fort du confinement, les petits rassemblements à l'intérieur sont demeurés autorisés sous certaines conditions (notamment lorsque les participants étaient vaccinés). La province a aussi procédé à des confinements régionaux, au sein de certaines communautés des Premières Nations.  

Dans le reste des provinces, on a confiné à petites doses (dans les Prairies) ou de manière ciblée (dans les Maritimes). Mais pas ou peu de confinement serré au long cours. 

L’Europe confine, mais déconfine vite                   

Chez nos cousins français, on a le confinement modéré, mais le couvre-feu facile. Un habitant de Paris, par exemple, n’a passé que 115 jours en confinement depuis mars 2020... mais 214 de ses journées ont été soumises à un couvre-feu (les horaires du couvre-feu changeant en fonction de la situation épidémiologique). 

Au total, la France aura donc connu deux périodes de confinement strict (du 17 mars au 11 mai 2020, puis du 30 octobre au 15 décembre 2020), ainsi qu’un confinement uniquement les fins de semaine (du 18 mars au 3 mai 2021).

À noter que le gouvernement français n’a jamais utilisé le confinement et le couvre-feu en même temps. Ce fut toujours l’un ou l’autre. Une attestation était nécessaire pour se déplacer sur le territoire (ou hors d’un périmètre prédéfini) pendant les périodes de confinement.

Le premier ministre français Jean Castex donne une conférence de presse sur la situation de la pandémie de COVID-19, à Paris, le 20 janvier 2022.
(Photo: JULIEN DE ROSA / AFP)

AFP

Le premier ministre français Jean Castex donne une conférence de presse sur la situation de la pandémie de COVID-19, à Paris, le 20 janvier 2022. (Photo: JULIEN DE ROSA / AFP)

Pays européen le plus frappé par la première vague, l’Italie a elle aussi connu trois périodes de confinement. Le premier, le plus radical, a duré 71 jours, du 9 mars au 18 mai 2020. Le deuxième a duré 16 jours, du 21 décembre 2020 au 6 janvier 2021. Enfin, le troisième a eu lieu au printemps 2021 dans les zones rouges du pays (42 jours). 

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À noter que, dès le mois de février 2020, le gouvernement italien a procédé à des confinements ciblés dans des zones d’éclosion majeures. Une stratégie qu’il répétera durant la deuxième vague, en automne 2020.  

Au total, la durée totale de confinement en Italie s’élève à 129 jours (auxquels il convient d’ajouter 28 jours soumis au couvre-feu, du 6 novembre au 3 décembre 2020).  

Un confinement jugé inconstitutionnel en Espagne                   

Autre pays européen durement frappé par la première vague, l’Espagne. L’état d’urgence sanitaire et un confinement à domicile parmi les plus stricts au monde ont été décrétés par les autorités le 14 mars 2020. Le confinement aura finalement duré 98 jours. Par la suite, le gouvernement espagnol ne réagira pas avec la même fermeté, notamment pendant la deuxième vague.  

Il faut dire qu’entre-temps, le confinement à domicile imposé aux Espagnols a été déclaré inconstitutionnel par le Tribunal constitutionnel, la plus haute juridiction du pays.  

Le gouvernement de Pedro Sanchez a certes eu recours de nouveau à l’état d’urgence sanitaire le 25 octobre 2020, mais cette fois sans confinement à domicile. Un couvre-feu national de 23h à 6h du matin sera ordonné ce jour-là, jusqu'au 9 mai 2021.

Pendant les vagues suivantes, des confinements partiels seront établis localement, par exemple dans la capitale Madrid (14 jours) ou en Catalogne. Mais plus de confinement national pur et dur, tandis que les autorités locales ont reçu le pouvoir d'interdire les déplacements dans (ou vers) certaines régions. 

Au total, un habitant de Madrid aura donc été confiné 112 jours, en plus d’être soumis pendant 224 jours à un couvre-feu.

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Ailleurs en Europe, aux Pays-Bas, dont le taux de mortalité est inférieur à celui du Québec (1231 morts par million d’habitants, contre 1458), on a également procédé à trois confinements depuis mars 2020, pour une durée totale de 193 jours. Un couvre-feu (95 jours) a en outre été imposé, provoquant des émeutes dans les grandes villes du pays. 

Un homme marche devant un feu dans une rue de La Haye, lors d'une manifestation contre les mesures du gouvernement néerlandais contre le coronavirus, le 20 novembre 2021. (Photo par Danny KEMP / AFP)

AFP

Un homme marche devant un feu dans une rue de La Haye, lors d'une manifestation contre les mesures du gouvernement néerlandais contre le coronavirus, le 20 novembre 2021. (Photo par Danny KEMP / AFP)

L'Autriche a pour sa part été confinée 117 jours depuis mars 2020, avec des périodes soumises au couvre-feu. Au mois de novembre dernier, le pays a introduit l'obligation légale, pour tous les citoyens, de se faire vacciner à partir du 1er février 2022. L'Allemagne a aussi connu son lot de confinements courts et de couvre-feux mis en place localement par les gouvernements régionaux (Länder). Mais rien à comparer avec le Québec, notamment en termes de durée. Comme le Royaume-Uni, qui a été l’un des derniers pays européens à confiner... et l’un des premiers à lever les mesures sanitaires.  

L’Australie confine fort et localement                    

Souvent montrée du doigt pour la sévérité de ses mesures sanitaires, l’Australie a fait payer à sa population (et aux visiteurs) sa stratégie «zéro COVID», abandonnée après qu'elle eut échoué à contenir le très contagieux variant Delta. 

Dans certaines régions du pays, les gens n’étaient pas autorisés à se trouver à plus de cinq kilomètres de chez eux pendant le confinement. Et quand les restrictions étaient assouplies, un couvre-feu nocturne était parfois instauré.

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Les habitants de la ville de Melbourne, par exemple, ont été confinés (avec ordre de rester à la maison) à six reprises depuis le début de la pandémie! Au total, la capitale de l’État de Victoria n’aura pourtant confiné «que» 260 jours depuis mars 2020, loin des 393 jours du Québec. Pendant l’été 2020, un couvre-feu nocturne de six semaines a également été ordonné.  

Pour résumer la stratégie australienne, on peut dire que ça tape plus fort, de façon plus locale... mais moins longtemps.  

Israël fait le pari de la vaccination                    

Depuis le début de la pandémie, l’État hébreu a confiné sa population à trois reprises, pour un total de 78 jours.  

Des confinements et des couvre-feux ciblés ont été imposés pour freiner la propagation du virus dans certaines communautés ou pendant certaines fêtes religieuses (9 jours au total).  

Misant très tôt sur la vaccination, le pays a été l'un des premiers à lever les mesures sanitaires et à regoûter à la «normalité».  

Dans une rue de Tel-Aviv, en Israël, le 1er décembre 2021 (Photo by MENAHEM KAHANA / AFP)

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Dans une rue de Tel-Aviv, en Israël, le 1er décembre 2021 (Photo by MENAHEM KAHANA / AFP)

Des confinements plus légers ailleurs dans le monde                   

Chez nos voisins américains, les mesures de confinement ont différé fortement d’un État à l'autre depuis le début de la crise. Parmi les États les plus restrictifs, la Californie a été le premier à se confiner en mars 2020, l’ordre de rester à la maison restant tout de même en vigueur du 19 mars 2020 au 25 janvier 2021 (soit 287 jours). 

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En Asie, un pays comme le Japon a réussi à mater l’épidémie en maintenant un strict contrôle de ses frontières depuis mars 2020 et en misant sur des stratégies de confinement volontaire, plus ancrées dans la culture nippone, pour empêcher les petites chaînes communautaires de transmission.  

Profitant de sa situation insulaire, Singapour, comme la Nouvelle-Zélande ou l’Australie, a longtemps adopté des mesures extrêmement strictes (restrictions des entrées aériennes, quarantaines forcées, recherche des cas contact, etc.). Au total, la cité-État aura confiné sa population pendant 54 jours, en 2020.   

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Un mot sur la démarche 

Ce texte n'a pas valeur de démarche scientifique, les mesures prises par les différents gouvernements étant très hétérogènes d’un pays à l’autre et parfois au sein d’un même territoire. Elles sont donc difficilement comparables. C'est pourquoi nous ne nous sommes intéressés qu'à l’interdiction des rassemblements intérieurs dans des lieux privés (ou aux limitations des rassemblements intérieurs à moins de cinq personnes) pour calculer le nombre de jours de confinement dans chaque pays dont il est question. 

Aussi, différents pays n’ont pu être pris en compte dans cet article, à commencer par la Chine, les données disponibles n’étant pas suffisamment fiables.