L’hiver change et ne sera plus jamais comme avant | 24 heures
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L’hiver change et ne sera plus jamais comme avant

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Illustration Agathe BB

«Mon pays, ce n’est pas un pays, c’est l’hiver», chantait Gilles Vigneault. Mais qu’adviendra-t-il de ce pays si les lacs ne peuvent plus geler? Il faudra faire le deuil des hivers qu’on a connus, ce qui ne sera pas sans conséquence sur notre santé mentale.

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«Les gens installent des cabanes et pêchent sur les lacs gelés depuis toujours. C’est un prétexte pour une activité sociale. De savoir qu’éventuellement cette activité folklorique va disparaître, ça me fait un gros quelque chose», fait valoir Félix Goulet, de Sainte-Germaine-Boulé, en Abitibi.

Le capitaine de l'équipe Québec Ice Team, Félix Goulet, va à la pêche blanche «depuis toujours».

Courtoisie

Le capitaine de l'équipe Québec Ice Team, Félix Goulet, va à la pêche blanche «depuis toujours».

Âgé de 45 ans, le capitaine de l’équipe Québec Ice Team va à la pêche blanche «depuis toujours», dit-il. Mais, depuis quelques années, il remarque que «la température et le climat» ont changé et que la saison est parfois écourtée.

Il n’est pas le seul à s’inquiéter.

«La pêche sur glace, c’est ma façon de passer au travers de l’hiver. Si on n’est plus capable de le faire, ça va être triste», confie à son tour Nicolas Lamoureux, de Repentigny. «Je ne sais pas si je vais voir ça de mon vivant, mais peut-être que la génération après ne pourra plus la pratiquer. J’aimerais montrer ça à mon enfant... C’est une activité vraiment importante au Québec», estime l’homme de 30 ans.

Depuis quelques années, les pêcheurs sur glace remarquent que la saison est parfois écourtée.

Courtoisie

Depuis quelques années, les pêcheurs sur glace remarquent que la saison est parfois écourtée.

Il s’adonne à ce sport depuis une vingtaine d’années et, déjà, il constate que l’épaisseur de la glace est modifiée par la météo en dents de scie.

«Il y a 10, 15, 20 ans, il y avait pas mal plus de pourvoyeurs de pêche sur glace», souligne-t-il. «Depuis quelques années, il y a des endroits qui ne gèlent juste pas. On est victime des redoux du mois de décembre. La glace se forme, il fait 15 degrés le 15 décembre, il se met à pleuvoir et la glace se brise.»  

  • Écoutez Anne-Sophie Poiré, journaliste pour la section Urgence climat au 24 heures, au micro de Philippe-Vincent Foisy sur QUB radio:   


Des hivers de plus en pus chaotiques:   

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Solastalgie  

Une étude publiée en janvier 2019 dans la revue scientifique Nature Climate Change suggère que, d’ici quelques décennies, des milliers de lacs partout dans le monde, dont plusieurs au Québec, pourraient ne plus geler pendant la saison hivernale.

Cela semble inévitable si le climat mondial se réchauffe au-delà de l’objectif de 2 °C fixé par l’Accord de Paris, et plusieurs personnes risquent d'en concevoir de la détresse psychologique, parce que ces changements seront irréversibles.

Elles vivront ce qu’on appelle la «solastalgie». 

«On a toujours dit que, pour aimer l’hiver, il faut profiter de l’hiver», rappelle la psychologue Inês Lopes, qui étudie le lien entre l’environnement et la santé mentale. «Mais si le climat ne permet plus de pratiquer nos loisirs extérieurs, cette perte pourrait engendrer de l’anxiété et de la dépression. L’adaptation psychologique sera nécessaire. C’est un gros morceau pour les personnes vivant au Québec. Et pour les peuples autochtones, c’est encore pire.»

Un deuil immense  

Marlin Legare est citoyen de la Nation métisse de la Saskatchewan. Il habite la petite communauté de Mistatim, dans la municipalité rurale de Bjorkdale. «Je suis né et j'ai grandi ici», raconte l’étudiant à la maîtrise en nutrition à l'Université de la Saskatchewan.

Pour lui et les membres de sa communauté, les changements climatiques ne nuisent pas seulement au sport d'extérieur. Les activités traditionnelles de subsistance, comme la chasse et le piégeage, sont aussi en danger.

«Le deuil est immense», déplore-t-il.

«Il y a moins de neige et, donc, moins d’humidité durant l’été. Les orignaux se tiennent dans l’eau et dans les marécages. Ça les garde au frais. Mais comme ça s’assèche, leur santé est affectée, et celle des peuples autochtones par le fait même», explique Marlin Legare.

Pour la communauté, il est donc plus complexe de trouver des sources de protéines, qui proviennent habituellement de la chasse et de la pêche.

«Ça crée une dépendance aux produits achetés et à la nourriture transformée», signale-t-il.

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