Les actions dégringolent: qu’est-ce qui se passe sur les marchés financiers? | 24 heures
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Les actions dégringolent: qu’est-ce qui se passe sur les marchés financiers?

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Plusieurs grandes compagnies technologiques ont vu leurs actions chuter en bourse la semaine dernière. Si elles semblaient avoir les reins solides, la menace de la hausse des taux d’intérêt a créé de la nervosité chez les investisseurs. On décortique le tout.

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Que se passe-t-il sur les marchés?

Les actions de plusieurs entreprises de renom dégringolaient depuis la semaine dernière avant de se redresser timidement lundi. C’est notamment le cas de Tesla, de Facebook, de Zoom et de Spotify. Vendredi, l’action de Netflix a chuté de 20% après que des résultats décevants du dernier trimestre aient effrayé les investisseurs.

Deux principales causes peuvent expliquer ces fluctuations : la capacité des entreprises à dégager du profit et l’inflation.

«La bourse, c’est un peu comme un thermomètre. Au lieu de calculer la température, il va me donner une lecture de l’habilité des entreprises à dégager du profit. Quand ces entreprises croient faire du profit, leurs actions en bourse vont augmenter», explique Simon Brière, statège principal pour la firme R.J. O’Brien & Associates Canada. 

Et comme Netflix n’a pas rencontré les objectifs qu’elle s’était donnés, les indices boursiers s’en sont retrouvés affectés. Quand les indices boursiers plombent, ça fait un effet d'«entraînement», explique l'analyste.

«Quand les titres se mettent à baisser, les investisseurs vendent avant que ça baisse trop et ça contribue à faire baisser les marchés encore plus», explique Simon Brière.

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L’inflation là-dedans?

Une autre variable vient affecter les entreprises en bourse : l’inflation. Les banques centrales sont portées à minimiser l’impact de l’inflation en haussant les taux d’intérêt et en «réduisant l’habileté des entreprises à dégager du profit». 

«Est-ce qu’on a le même appétit pour le produit s’il est 10,15,20% plus cher? La réponse est non. Donc si le coût de la vie augmente, on peut se demander si les entreprises seront aussi profitables si elles n’arrivent pas à vendre autant de produits et de services», illustre Simon Brière.

La hausse des taux d’intérêt va particulièrement se faire ressentir sur les prêts hypothécaires à taux variable, entraînant un bond des paiements mensuels. La capacité d’emprunt de certains acheteurs sera aussi mise à rude épreuve. 

«Quand l’économie va bien, la Banque centrale du Canada augmente les taux d’intérêt et quand l’économie va moins bien et a besoin d’être stimulée – comme au début de la pandémie – les taux d’intérêt baissent. Pour réduire l’inflation, on doit absolument monter les taux. Ça fait des années qu’ils sont très faibles [autour de 0,25%]», commente l’analyste.

Remonter lentement mais sûrement

Ce que souhaite la Banque du Canada en augmentant son taux directeur – et donc les taux d’intérêt – est la stabilité. Une augmentation trop rapide des taux d’intérêt pourrait causer l’effondrement de notre économie, rien de moins. Plusieurs économistes entrevoient des hausses ponctuelles de 0,25% pour arriver à un taux directeur avoisinant 1%, 1,5%, voire 2% à la fin 2022.

«Ça doit être graduel, mais ce qui complique la situation, c’est que notre inflation n’est pas de l’ordre de 2 ou 3% comme on l’a déjà vu, mais plus 5 ou 6%. On a un rattrapage à faire pour essayer de normaliser l’économie», explique Simon Brière.

Même si la hausse du taux directeur sera d’abord modeste, l’analyste rappelle qu’il faut anticiper sa situation financière dès aujourd’hui si on ne veut pas subir un gros choc à la fin de l’année. 

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Comment garder la tête hors de l’eau pour les investisseurs?

Nombre de boursicoteurs ont vu leurs économies fondre comme la neige au soleil depuis la semaine dernière. L’occasion est toute désignée pour redéfinir sa tolérance au risque, selon Simon Brière.

«Quand on commence à perdre de l’argent, il faut connaitre sa sensibilité. Il faut revenir à la base : est-ce que je suis endetté? Est-ce que je veux acheter une maison prochainement? Ce serait dommage que nos investissements se trouvent dans des titres risqués et qu’on doive repousser l’achat d’une propriété», lance-t-il.

Si on veut poursuivre l’aventure en bourse, il importe de savoir que les titres technologiques (Tesla, Facebook, Visa, Netflix, Microsoft, Apple, etc.) sont plus sensibles aux taux d’intérêt et que ces entreprises sont généralement les premières à réagir lorsque les taux remontent. 

Et même si cette situation donne bien des maux de tête aux investisseurs, Simon Brière en profite pour remettre les choses en perspective. Si on note des baisses de 10 à 15% du cours de la bourse, elle a monté de 125% en à peine quelques années. 

«L’exubérance des dernières années commence à se faire rattraper. On est lendemain de veille. Les investisseurs déchantent un peu : on a bien fait le party l’année passée, mais là un petit hungover s’installe», image-t-il.

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L’Ukraine fragilise les marchés en Europe

Déjà fragilisées depuis la semaine dernière, les bourses européennes ont plombé lundi tandis que Wall Street évoluait nerveusement dans le rouge dans un contexte d'aversion au risque face aux tensions russo-américaines en Ukraine et à la veille d'une réunion de la Réserve fédérale américaine (FED).

«Le risque géopolitique accru aggrave l'anxiété des investisseurs et pèse sur les actifs à risque», notamment les actions liées aux matières premières, commente Craig Erlam, analyste chez Oanda. 

«La semaine pourrait être décisive pour les marchés, avec la réunion de la Réserve fédérale américaine mercredi, les gros résultats technologiques et les tensions continues à la frontière entre l'Ukraine et la Russie», poursuit-il.

L'OTAN a annoncé placer des forces en attente et envoyer des navires et des avions de combat pour renforcer ses défenses en Europe de l'Est sur fond de craintes d'une invasion russe en Ukraine.

-Avec l'AFP

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