«J’avais atteint le fond du gouffre»: pas facile de grandir avec un parent souffrant d’un trouble mental | 24 heures
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«J’avais atteint le fond du gouffre»: pas facile de grandir avec un parent souffrant d’un trouble mental

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Depuis le début de la pandémie, on nous répète souvent qu’il faut prendre soin de sa santé mentale. Mais pour les jeunes qui vivent avec un parent souffrant de troubles mentaux, il est parfois difficile de trouver la lumière au bout du tunnel.  

Joany Roussel, qui a grandi avec une mère bipolaire, ne passe pas par quatre chemins: elle ne sait pas comment elle serait passée au travers si elle avait eu à vivre avec sa mère malade en plein confinement.      

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«Vers 10 ou 11 ans, je regardais les parents de mes amis et j’ai compris que ma mère n’était peut-être pas normale», se souvient la femme qui est aujourd’hui âgée de 27 ans. Jusqu’à ce qu’elle quitte la maison à 16 ans, c’est elle qui devait s’occuper de sa mère et de ses trois petits frères, en plus d’effectuer les tâches ménagères.    

Joany Roussel

Photo Courtoisie

Joany Roussel

«En vieillissant, j’ai développé un sentiment de colère, de la haine, je n’acceptais pas l’autorité. Ça m’a créé certains problèmes et à l’école, la concentration n’était pas là», poursuit-elle.   

Les temps sont durs   

Aux jeunes qui vivent une telle situation, surtout après des mois de crise sanitaire, elle lance un message clair: il ne faut pas hésiter à lever la main et à demander de l’aide.      

«Un jeune ne devrait pas avoir à assumer des responsabilités parentales quand le parent va moins bien», insiste René Cloutier, directeur général du Réseau Avant de craquer, un organisme qui soutient les personnes venant en aide à un proche qui souffre d’un trouble de santé mentale.     

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Signe que les temps sont durs, son organisme reçoit plus d’appels que jamais depuis le début de la pandémie.   

Dimanche, à l’émission Tout le monde en parle, le porte-parole de l’organisme, Jean-Philippe Dion, a justement souligné l'importance de rejoindre ces jeunes proches aidants qui souffrent en silence. 

«Il y a toute une gang de jeunes, en ce moment, au Québec, qui vit des problèmes de santé mentale, comme proches aidants, bien malgré eux», a mentionné l'animateur, dont la mère a souffert de troubles mentaux pendant son enfance. 

«Ils sont pognés dans la maison, ils sont en isolement avec la famille, le père ou la mère ne va pas bien et eux autres, ils ne savent pas quoi faire.»

Demander de l’aide pour s’en sortir   

Grandir avec un parent aux prises avec des troubles mentaux peut d'ailleurs avoir de graves conséquences sur la vie d’un enfant. Et au Québec, un jeune sur cinq serait dans cette situation, selon les chiffres du Réseau Avant de craquer.   

Cathy Martineau en sait quelque chose. À 24 ans, celle dont la mère a souffert de graves dépressions tout au long de son enfance et adolescence a presque franchi un point de non-retour.  

Cathy Martineau

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Cathy Martineau

«Je suis tombée malade, avec un problème de santé mentale. J’ai fait des tentatives de suicide. J’avais atteint le fond du gouffre», raconte-t-elle.   

Dépression post-partum, hospitalisations, troubles psychotiques: toute sa vie, celle qui est aujourd’hui âgée de 36 ans n’avait connu sa mère que malade.     

«C’est dans une grande situation de noirceur que j’ai réalisé que si la situation ne changeait pas, je n’allais pas m’en sortir», confie-t-elle.  

Elle et son père se sont alors tournés vers le Réseau Avant de craquer, qui regroupe des organismes de partout dans la province, pour trouver de l’aide. Ils ont entamé des démarches juridiques pour faire soigner sa mère, qui va aujourd’hui beaucoup mieux et qui est retournée sur le marché du travail. Le soutien de l’organisme a été essentiel dans ce processus laborieux, souligne-t-elle.     

Des risques importants   

L’histoire de Cathy Martineau n’a malheureusement rien d’unique. Les jeunes qui vivent avec un parent atteint d’une maladie mentale ont 15 à 20 fois plus de risques d’en développer une à leur tour, affirme René Cloutier.   

Le directeur général du Réseau Avant de craquer se réjouit par ailleurs du nouveau Plan d’action interministériel en santé mentale 2022-2026. Dévoilé mardi par le gouvernement de François Legault, ce plan prévoit des mesures pour interpeller directement les jeunes proches aidants et leur offrir le soutien dont ils ont besoin.   

Le plan prévoit notamment le déploiement de 35 jeunes partout au Québec pour sensibiliser d’autres jeunes aux troubles de santé mentale et venir en aide aux proches aidants.