Des citoyens veulent protéger une des dernières forêts en bordure du lac Saint-Jean | 24 heures
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Des citoyens veulent protéger une des dernières forêts en bordure du lac Saint-Jean

Image principale de l'article Protéger une des dernières forêts naturelles
  • Des citoyens de Dolbeau-Mistassini demandent la protection permanente d’une forêt située en bordure du lac Saint-Jean. 

  • Ils veulent que la MRC de Maria-Chapdelaine cessent les coupes forestières dans le secteur.

  • La foresterie est une industrie économique majeure pour la région.  

Des milliers de citoyens dérangés par les coupes forestières somment la MRC de Maria-Chapdelaine d’assurer la protection permanente d’une des «dernières forêts anciennes en bordure du lac Saint-Jean». Mais la demande passe mal au conseil de la MRC, dans cette région où l’industrie forestière rapporte gros.

«On ne demande pas de mettre une cloche de verre sur la forêt ni l’arrêt complet de la foresterie sur les terres publiques de la MRC. Ce qu’on demande, c’est qu’une partie du secteur soit protégé [...] parce que ça fait 20 ans que le territoire en question est entretenu comme zone récréative par des organismes, des bénévoles et par de l’argent public», lance l’instigatrice du Mouvement citoyen pour préserver la forêt naturelle de Racine-Vauvert, Marie-Claude Brassard.

L’instigatrice du Mouvement citoyen pour préserver la forêt naturelle de Racine-Vauvert, Marie-Claude Brassard, habite à côté des sentiers de la forêt à Dolbeau-Mistassini.

Courtoisie

L’instigatrice du Mouvement citoyen pour préserver la forêt naturelle de Racine-Vauvert, Marie-Claude Brassard, habite à côté des sentiers de la forêt à Dolbeau-Mistassini.

Cette forêt boréale de pins gris est située au nord du lac Saint-Jean, dans le Parc des Grandes-Rivières, à Dolbeau-Mistassini.

Mme Brassard n’est pas la seule à craindre pour sa survie.

Une pétition lancée il y a environ deux semaines par la résidente du secteur, qui habite à un jet de pierre des sentiers de la forêt, cumule déjà plus de 9600 signatures.

«Ça fait depuis le milieu des années 80 que des regroupements de citoyens se mobilisent pour protéger ce secteur-là, pour attirer le tourisme et parce qu’on sait que les arbres sont essentiels pour faire face aux changements climatiques», signale quant à lui le président de la Corporation d’aménagement intégrée Racine-Vauvert (CAIRV), Bruno Pelchat.

«On demande [5 kilomètres carrés] de protection, pas seulement 30 mètres le long des sentiers et 60 mètres autour des refuges», comme l’exige la loi sur l’aménagement durable du territoire forestier, dit-il.

Les citoyens demandent 5 kilomètres carrés de protection.

Courtoisie

Les citoyens demandent 5 kilomètres carrés de protection.

Une industrie majeure

La MRC de Maria-Chapdelaine – au nord du lac Saint-Jean – couvre un vaste territoire de plus de 40 000 kilomètres carrés. On y retrouve le plus grand parterre forestier commercial du Québec.

«La foresterie est une industrie majeure chez nous. On a fait 1,75 million $ de revenus sur nos terres publiques intramunicipales (TPI) l’an passé. Le secteur Racine-Vauvert, c’est 20% de cette possibilité-là. Ça représente environ 350 000 $ par année» détaille le préfet de la MRC, Luc Simard. 

Les coupes forestières dans le secteur Racine-Vauvert rapporteraient environ 350 000 $ par année, selon le préfet de la MRC.

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Les coupes forestières dans le secteur Racine-Vauvert rapporteraient environ 350 000 $ par année, selon le préfet de la MRC.


Le budget annuel de la MRC se chiffre à 21 millions $.

La forêt Racine-Vauvert ne représenterait que 4% de toutes les TPI de la MRC Maria-Chapelaine, selon le Mouvement citoyen. «Et c’est aussi la dernière forêt naturelle ancestrale en bordure du lac Saint-Jean, à part celle de la pointe Taillon», précise Mme Brassard.

Mais le préfet avoue avoir «de la difficulté à comprendre pourquoi» ce secteur devrait être protégé.

«C’est beaucoup plus social qu’écologique comme demande. Les gens veulent protéger cette forêt pour aller faire du ski de fond ou de la randonnée. [...] Il y en a des milliers, des arbres matures au Québec. Pourquoi protéger ceux-là plutôt que d’autres?» interroge M. Simard.

Pas question, donc, de cesser les opérations forestières dans le secteur Racine-Vauvert à Dolbeau-Mistassini. Mais le préfet assure être de bonne foi dans le dossier.

En 2021, la MRC a ainsi retiré trois blocs de coupes pour éviter de toucher les sentiers.

Des coupes forestières sont effectuées à proximité des sentiers de raquettes.

Courtoisie

Des coupes forestières sont effectuées à proximité des sentiers de raquettes.

Une meilleure gestion des forêts

«Le meilleur remède aux changements climatiques, c’est de garder nos écosystèmes le plus diversifiés possible», laisse tomber le président d’Action Boréale, Henri Jacob.

Celui qui milite «pour la protection et l’utilisation raisonnable de la forêt» depuis 43 ans ne se positionne pas contre l’exploitation forestière, au contraire. «L’industrie occupe une place importante dans le développement et du bien-être des régions comme le Saguenay–Lac-Saint-Jean et l’Abitibi», dit-il.

M. Jacob demande toutefois «une bonne enquête publique sur la gestion de nos forêts».

«On ne dit pas de mettre une cloche de verre sur la forêt pour regarder les petits oiseaux. Mais quand même, ça ne suffit pas de replanter un petit arbre après une coupe en pensant qu’il va faire une différence sur le captage du CO2. Ça prend du temps», fait-il valoir.

Une portion de la forêt Racine-Vauvert qui a subi des coupes forestières.

Courtoisie

Une portion de la forêt Racine-Vauvert qui a subi des coupes forestières.

Terres publiques intramunicipales (TPI) 

Les terres publiques intramunicipales (TPI) sont des terres appartenant à l'État situées à l'intérieur des limites municipales. Ce sont toutefois les MRC qui en assurent la gestion. 

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