2 ans sans compétition: de jeunes sportifs nous partagent leurs états d’âme | 24 heures
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2 ans sans compétition: de jeunes sportifs nous partagent leurs états d’âme

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Courtoisie/Marc-André Auger/Courtoisie

Des compétitions annulées, des entraînements suspendus, des rêves envolés: depuis le début de la pandémie, les temps sont durs pour les jeunes sportifs de la province. Le 24 heures s’est entretenu avec certains d’entre eux.  

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«Le patin, c’est littéralement toute ma vie. Lorsqu’on pense à moi, on pense à Jennyfer qui fait du patin.» Sauf qu’avec la pandémie, tout ceci s’est écroulé pour l’athlète originaire des Laurentides qui chausse des patins depuis l’âge de 4 ans.  

À 21 ans, Jennyfer Richer-Labelle faisait en effet partie des espoirs canadiens en vue des prochains Jeux olympiques qui se dérouleront du 4 au 20 février à Pékin, en Chine. 

Depuis le début de la pandémie, environ 75% de ses compétitions ont été annulées ou carrément modifiées, estime-t-elle. D’autres se sont tenues dans un aréna sans assistance et où les juges évaluaient ses prouesses... dans le confort de leur salon.  

Bien qu’elle soit une athlète de haut niveau, seuls les étudiants d’un programme de sport-études au secondaire et/ou des patineurs de l’équipe nationale (ils sont uniquement cinq pour toute la province) pouvaient, selon les mesures gouvernementales, s’entraîner sans interruption.  

«Il n’y a pas juste eux qui aspirent à de grands objectifs, pense-t-elle. Ç’a été dur émotionnellement d’être dans l’incertitude de savoir si oui ou non on allait pouvoir s’entraîner», résume-t-elle. 

 Dans sa discipline, chaque pause ou modification d’horaire est en effet cruciale. «On est dans un sport de précision. Chaque fois, c’est comme si tu recommençais à zéro.» 

Une expérience olympique décevante

Il y a quelques semaines, Jennyfer a quand même pu participer aux qualifications pour les Jeux olympiques. Ça ne s’est toutefois pas déroulé comme elle l’avait imaginé.  

Jennyfer Richer-Labelle

Courtoisie

Jennyfer Richer-Labelle

«Mon rêve de jeune fille, c’était de patiner devant un aréna complet, de donner un show. Finalement les qualifications n’ont pas été annulées, mais il n’y avait aucun spectateur présent», nous confie-t-elle. 

Finalement, elle n’a pu obtenir son laissez-passer pour les JO. 

Aujourd’hui, et avec cette fin de saison en queue de poisson, Jennyfer s'interroge quant à son avenir. «Est-ce que c’est comme ça que ça finit? En tant qu’athlète, tu as toujours peur de faire l’année “de trop”. Est-ce que l’année prochaine, je serai capable d’atteindre mes objectifs ou ce sera encore annulé?».  

«Ça va moins bien»  

Pour Megan Nemey, une adolescente de 16 ans, le coup est tout aussi difficile à accepter. Elle s’entraînait jusqu’à six fois par semaine et a vu la quasi-totalité de ses compétitions annulées en raison de la pandémie. 

Megan Nemey

Courtoisie

Megan Nemey

Incapable d’accéder à un aréna à cause des restrictions, la résidente de Sainte-Agathe dans la région des Laurentides tente tant bien que mal de garder la main (plutôt les pieds, dans son cas). Elle s’est même improvisé un programme d’entraînement maison sur des patinoires extérieures. «Il fallait que je fasse le plus de tours de glace possible avant d’être capable de sauter», nous explique-t-elle.   

Malheureusement, les mesures sanitaires et l’annulation des différentes compétitions, comme dernièrement encore les Jeux du Québec, ont fini par affecter son moral et celui de ses ami.es. «Avant, j’étais une boule d’énergie qui sautait partout. Par moment désormais, je suis plus down et ça va moins bien», confie-t-elle, émotive.   

Un découragement que Megan remarque aussi chez ses amies, en raison du manque de compétitions. «Pour la 50e fois (sic), on est encore mis de côté», ajoute celle qui rêve de participer aux Championnats nationaux de patinage artistique.   

Socialiser et bouger sont deux choses essentielles pour la jeune athlète. Ce l’est encore plus depuis le début de l’enseignement à distance. Elle se sent de plus en plus isolée.   

«L’école a toujours été une source de motivation. Avant, je faisais du patin et j’allais à l’école et ça me donnait de l’énergie pour le reste de la journée», explique-t-elle. Depuis deux ans, elle est privée des deux. 

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Des organismes à la rescousse des jeunes  

L’organisme Sport’Aide fête son quatrième anniversaire. Avec la pandémie, il a élargi son service d’écoute et aide maintenant les jeunes qui vivent de la détresse et de la déception face à l’impossibilité de pratiquer leur sport.     

«C’est un défi pour les jeunes qui se définissent par leur sport, car ils doivent trouver une autre identité», explique le directeur général de l’organisme, Sylvain Croteau. Cela peut se résumer à une perte de motivation et avoir des conséquences sur d’autres sphères de leur vie comme les études.     

Sylvain Croteau

Courtoisie

Sylvain Croteau

La consultation de son site a été incroyable au plus fort de la pandémie : environ 300 000 personnes par semaine l’ont visité en avril 2020 et c’est encore aujourd’hui un record inégalé.     

Depuis deux ans, le sujet des appels et des échanges par le biais des réseaux sociaux avec les jeunes, varie beaucoup entre les arrêts et la reprise des activités sportives.   

Selon des discussions avec sa jeune clientèle, leur plus grande déception, c’est «de ne pas pouvoir faire leur sport et d’être avec leurs amis», indique le directeur général. Il souligne par contre que le gouvernement ne fait vraiment pas cela de «gaieté de cœur».    

Que propose-t-il comme solution aux jeunes qui se découragent? «C’est de ne pas s’isoler, de s’occuper autrement.» 

Il faut s’habituer, pensent deux patineurs  

«De faire [d’autres] sports, c’est ce qui m’a permis de passer à travers les deux dernières années», nous confie Arnaud Cormier, patineur de vitesse âgé de 16 ans et originaire de Gatineau.  

Arnaud Cormier

Courtoisie Marc-André Auger

Arnaud Cormier

Pour lui, il était important, malgré la pandémie, de rester actif et de garder la forme. Il a ainsi décidé de se mettre à la course et au biathlon, entre quatre et cinq fois par semaine.

Charles Fournier

Courtoisie

Charles Fournier

Charles Fournier, patineur de vitesse originaire de Terrebonne, abonde dans ce sens. «La première semaine sans compétition, tu es déçu, mais quand ça devient une habitude, c’est moins pire. Ça, t’impacte (sic) moins, car ton horaire est adapté et tu as plus de chance de faire autre chose», explique ce jeune sportif qui patine depuis plus de 10 ans.   

Une reprise partielle le 31 janvier  

Le ciel s’éclaircit pour les sportifs de la province, du moins pour les plus jeunes. Les personnes âgées de moins de 18 ans pourront recommencer à pratiquer leur sport, à compter du 31 janvier. Pour les sports civils et parascolaires, seules les pratiques seront autorisées dans un premier temps. La reprise des matchs se fera donc attendre encore un peu.  

− Avec Guillaume Cyr

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