Pourquoi plusieurs artistes (et consommateurs), dont Gilles Vigneault, boycottent-ils Spotify tout à coup? | 24 heures
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Pourquoi plusieurs artistes (et consommateurs), dont Gilles Vigneault, boycottent-ils Spotify tout à coup?

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Une vague de boycottage a frappé Spotify cette semaine: plusieurs artistes ont décidé de rompre leurs liens avec la populaire plate-forme musicale d’écoute en continu suédoise. Mais pourquoi? Tour d’horizon.

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C’est Neil Young qui est à l’origine de cette vague qui pourrait se transformer en véritable tsunami. 

En début de semaine, l’auteur-compositeur-interprète canadien a décidé de se retirer de Spotify — qui représente 60% de ses revenus mondiaux d'écoute en continu —, car il accuse la plate-forme de propager de la désinformation sur la COVID-19 et la vaccination, par l'intermédiaire du balado du populaire et controversé animateur américain Joe Rogan.

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Dans une lettre publiée sur son site web et supprimée depuis, l’auteur de Heart of Gold et de Harvest Moon imposait alors un ultimatum à Spotify: elle choisirait de garder soit The Joe Rogan Experience (JRE), soit sa musique, mais «pas les deux». 

Faites vos choix!  

Or, l’entreprise suédoise a confirmé au Wall Street Journal qu’elle choisissait le balado de Rogan plutôt que le catalogue musical de l’artiste à plus de 60 ans de carrière.

«Nous voulons que tous les contenus musicaux et audio du monde soient disponibles pour les utilisateurs de Spotify. Cela s’accompagne d’une grande responsabilité dans l’équilibre entre la sécurité des auditeurs et la liberté des créateurs [...], mais nous espérons l’accueillir [Neil Young] à nouveau très bientôt», a déclaré un porte-parole de l'entreprise, précisant que la plate-forme a supprimé plus de 20 000 épisodes de balados douteux depuis le début de la pandémie. 

L’an dernier, le patron de Spotify, Daniel Ek, avait affirmé, dans un épisode de balado, que la plate-forme n’avait pas de responsabilité éditoriale quant au contenu des balados qu'elle diffusait.

«Nous avons aussi des rappeurs [...] qui font des dizaines de millions de dollars, voire plus, chaque année sur Spotify. Et nous ne leur dictons pas ce qu’ils doivent mettre dans leurs chansons», avait-il soutenu.

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Après le départ annoncé de Young de la plate-forme, Spotify a perdu plus de deux milliards de dollars en bourse, rapporte Variety.

Qu’est-ce que The Joe Rogan Experience?  

Le balado The Joe Rogan Experience (JRE) ne date pas d’hier, mais plutôt de 2004. Ce n’est qu’en 2020 que l’émission est devenue accessible uniquement sur Spotify, après la signature d'un accord exclusif de distribution évalué à plus de 100 millions de dollars.

À la faveur de ses 11 millions d’écoutes par épisode, JRE a été nommé balado le plus écouté mondialement de Spotify en 2021, a annoncé la plate-forme d’écoute en continu suédoise, surpassant les populaires balados de true crime et d’actualité.

L’ancien animateur de l’émission Fear Factor y reçoit une panoplie d’invités, dont plusieurs figures d’extrême droite avec lesquelles il partage plusieurs points de vue sur la vaccination et la pandémie de COVID-19.

Parmi les figures controversées qui ont parlé au micro de Rogan, il y a le virologue américain et Dr Robert Malone, qui ne fait pas l’unanimité auprès de ses pairs.

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Ce dernier affirme avoir été engagé dans la conception de la technologie des vaccins à ARN messager — laquelle a mené à la conception des vaccins contre la COVID-19 —, mais il ne cesse d’en parler en mal, entre autres au micro de Joe Rogan en décembre dernier.

Les scientifiques contre Rogan  

Plus tôt ce mois-ci, 270 scientifiques et professionnels de la santé américains ont cosigné une lettre ouverte demandant à Spotify de prendre des mesures concrètes contre la désinformation diffusée par le balado de Rogan, pointant du doigt l’épisode avec le Dr Malone, toujours accessible sur la plate-forme.

C’est d’ailleurs cette lettre qui a mis la puce à l’oreille de Neil Young. 

Le Dr Robert Malone, virologue controversé

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Le Dr Robert Malone, virologue controversé

«[Il] a utilisé la plate-forme JRE pour promouvoir de nombreuses allégations sans fondement, y compris plusieurs mensonges sur les vaccins contre la COVID-19 et une théorie infondée selon laquelle les dirigeants de la société ont “hypnotisé” le public. Beaucoup de ces déclarations ont déjà été discréditées», soutient la lettre.

Les 270 scientifiques appellent Spotify à prendre des mesures «contre les événements de désinformation de masse qui continuent de se produire sur sa plate-forme», car «ce n’est pas seulement une préoccupation scientifique ou médicale, c’est un enjeu sociologique aux proportions dévastatrices et Spotify a permis à cette activité de prospérer sur sa plate-forme».

Un tsunami d’appuis  

Musiciens, artistes, auteurs, comédiens et consommateurs assidus: nombreux sont ceux qui ont décidé d’emboîter le pas à Neil Young et de boycotter l’entreprise suédoise. De fait, les mots-clés #BoycottSpotify, #CancelSpotify et #ByeByeSpotify sont populaires sur Twitter. 

C’est le cas notamment de Joni Mitchell, autrice-compositrice-interprète originaire de l’Alberta. 

Dans une déclaration publiée sur son site internet vendredi, l’artiste de 78 ans, qui avait 3,7 millions d’auditeurs mensuels et 1,1 million d’abonnés, affirme soutenir Young, car «des personnes irresponsables répandent des mensonges qui coûtent la vie à des gens».

Plus près de chez nous, il y a le grand Gilles Vigneault qui a décidé de suivre la vague. Dans un communiqué publié ce lundi, le créateur de Gens du pays explique que «lorsqu’un artiste de toute culture humaniste connue donne un bon exemple de rigueur citoyenne et d’exigence intellectuelle, il y a des raisons impérieuses de le suivre». 

«Je trouve donc que Neil Young et Joni Mitchell ont raison de nous donner cet exemple et c’est aussi honorable que pertinent de les suivre dans leur rejet des faussetés avérées dangereuses professées par des théoriciens du populisme galopant. J’appuie donc de toutes mes convictions leur démarche audacieuse, dictée par une éthique qui est la véritable gardienne de nos pensées et de nos valeurs», écrit le chansonnier québécois. 

Enfin, Apple Music n’a pas tardé à troller son compétiteur en gazouillant qu’elle était la «maison de Neil Young», accompagnant ces mots d’une liste de lecture intitulée We Love Neil.

Ce dimanche, le numéro un mondial du streaming musical a annoncé qu'il prendra des mesures pour combattre la désinformation sur la COVID-19 sur sa plateforme, en introduisant notamment des liens dans tous ses podcasts évoquant la COVID, qui guideront ses utilisateurs vers des informations factuelles et scientifiquement sourcées.

Au moment d’écrire ces lignes, il était toujours possible d’écouter du Neil Young sur Spotify Canada. 

- Avec les informations de l'AFP, du Rolling Stone et du Washington Post

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