Non, les Jeux de Pékin ne seront pas réellement carboneutres | 24 heures
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Non, les Jeux de Pékin ne seront pas réellement carboneutres

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Le comité organisateur l’affirme : «les Jeux de Pékin seront carboneutres». Mais en dépit de quelques mesures de façade, tout porte à croire que la Chine ne réalisera pas son rêve olympique: faire du plus grand pollueur de la planète un exemple en matière d’environnement.

À quelques jours de l’ouverture des Jeux, les canons à neige soufflent à plein régime sur les pentes de la station Yanqing afin de préparer le terrain aux athlètes.  

Il faut dire que les épreuves de glisse se dérouleront dans l'une des régions les plus sèches de la Chine. Ces Jeux d’hiver seront d'ailleurs les premiers à dépendre entièrement d’un enneigement artificiel. 

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Au total, les besoins en eau sont énormes: 185 millions de litres pour l'ensemble des sites olympiques. 

«En plus de la production de neige artificielle, les pistes de ski ont été construites dans une réserve naturelle. Beaucoup d’arbres ont été éliminés, et la réserve va perdre 25% de sa surface», détaille le président de l'observatoire de géopolitique de la chaire Raoul Dandurand de l'UQAM, Yann Roche. 

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Même son de cloche pour le porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin. «Vouloir recréer un environnement artificiel, ça a un impact, déplore-t-il. C’est même un non-sens quand on pense à la destruction de la biodiversité et aux efforts à mettre en œuvre dans la lutte aux changements climatiques». 

On est donc loin d’un événement vertueux en matière de respect de l’environnement. Et même si Pékin a promis que ces jeux allaient être les plus «verts» jamais offerts. 

Pékin fait des efforts  

Des efforts importants ont tout de même été entrepris par la Chine pour l’événement. 

Un nouveau réseau d'énergie éolienne et solaire a par exemple été construit à Zhangjiakou, à près de 200 kilomètres de Pékin. Selon le comité organisateur, il fournira la totalité de l'énergie olympique. 

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De plus, cinq des sept sites de Pékin 2022 sont les mêmes qui ont été utilisés lors des Jeux d’été de 2008, les infrastructures et le transport sont à faible émission de carbone, des projets de boisement pour compenser les GES pendant l’événement ont également été mis en place.

Pour baisser les émissions de CO2 et offrir des ciels bleus exempts de particules fines générées par la combustion du charbon, des dizaines de centrales à charbon ont même été fermées et des industries lourdes délocalisées le temps des Jeux. 

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Une vingtaine de provinces doivent aussi faire à une pénurie d'électricité «créée» justement pour atteindre les objectifs du pays en vue des Jeux. 

«La production industrielle a été réduite de 50%», précise le professeur Roche. 

Mais, le 13 mars, lorsque les Jeux paralympiques se termineront, les émissions reprendront de plus belle. Le ciel de Pékin sera tout à coup un peu moins clair. 

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Des Jeux écoblanchis?  

«L’argument de la neutralité carbone me gêne toujours. Je n’ai jamais pensé que j’étais neutre en carbone après un voyage en avion en faisant planter une couple d’arbres. La carboneutralité existe peut-être d’un point de vue comptable, mais certainement pas environnemental», fait valoir M. Roche.

Dans un pays où plus de 60% de la production d’électricité dépend du charbon — la source d’énergie la plus sale, le défi de la carboneutralité est immense et peut-être même, utopique. 

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La Chine veut se servir des Jeux pour montrer qu’elle est devenue une grande puissance moderne et qu’elle prend les changements climatiques au sérieux», prévient l’ex-ambassadeur du Canada en Chine de 2012 à 2016 et expert des politiques climatiques chinoises, Guy Saint-Jacques. 

«Pékin agit pour des raisons intéressées», poursuit le diplomate. «La Chine est très consciente de l’impact des changements climatiques, mais ça demande des efforts surhumains car le pays est trop dépendant au charbon.» 


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