Des corneilles recrutées pour ramasser les mégots de cigarettes | 24 heures
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Des corneilles recrutées pour ramasser les mégots de cigarettes

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  • Des corneilles sont formées pour nettoyer les rues des mégots de cigarettes dans les rue de la ville suédoise de Södertälje, près de Stockholm.

  • Pour chaque bout de cigarette rapporté dans un appareil, l’oiseau reçoit une petite quantité de nourriture.

  • Les corvidés – la famille dont font entre autres partie les corneilles et les corbeaux – sont les plus intelligents des oiseaux.

Les corneilles pourraient bien devenir la nouvelle arme d’une petite ville suédoise dans la guerre aux mégots de cigarettes qui souillent les rues. Et avis aux amis des animaux: non, ce travail – rémunéré avec de la nourriture – n’est pas dangereux pour la santé des oiseaux.

«Les corvidés – la famille dont font entre autres partie les corneilles et les corbeaux – sont les plus intelligents des oiseaux. Certains sont aussi intelligents qu’un chimpanzé» lance d’entrée de jeu le professeur de biologie de l’Université McGill, Louis Lefebvre.

Et utiliser les capacités cognitives de ces oiseaux urbains pour qu’ils s’acquittent d’une tâche qui doit autrement être exécutée par un humain est, selon lui, une idée ingénieuse.

L’entreprise Corvid Cleaning a donc vu juste.

Dans la petite ville de Södertälje, près de Stockholm, la startup recrute des corneilles et les entraîne à ramasser les mégots qui jonchent le sol. Pour chaque bout de cigarette rapporté dans un appareil fabriqué sur mesure, l’oiseau reçoit une petite quantité de nourriture.

Un emploi sécuritaire (et rentable)

Le travail se fait ainsi sur une base volontaire.

«Est-ce que c’est plus rentable de ramasser le mégot pour avoir la bouffe ou de la chercher tout seul? Si la nourriture est accessible [la corneille] le fera, surtout si elle a été conditionnée. Mais si elle ne veut pas ramasser le mégot, elle ne le fera pas», signale Pierre Legagneux, biologiste de l’Université Laval et spécialiste des oiseaux.

Ces bouts de cigarettes sont par ailleurs déjà utilisés par plusieurs oiseaux pour faire leur nid.

«On a démontré chez les moineaux au Mexique que ça les protège contre les parasites. La nicotine éloigne les insectes et protège les petits», explique le professeur Lefebvre. «Peut-être que les corneilles vont aussi découvrir que les mégots sont utiles.»

Le professeur à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, Stéphane Lair, ne s’inquiète pas non plus pour la santé des corneilles, qui ne risquent pas d’ingérer les mégots.

«C’est une activité qui peut potentiellement être associée à l’exposition aux produits chimiques contenus dans les mégots. Mais le fait qu’ils aient de la nourriture en échange, ça compense pour ces désagréments qui sont plutôt théoriques», fait-il valoir.

Et une fois que quelques corneilles seront formées pour nettoyer les rues, le comportement risque de se propager partout, ajoute M. Legagneux.

«Les autres vont apprendre très vite. Il ne serait pas rare de voir toutes les corneilles le faire. Ça peut être très rentable pour une ville.»

Près de 6000 milliards de cigarettes sont fumées chaque année dans le monde. De ce nombre, 4500 milliards de mégots sont jetés dans l’environnement, selon une étude de 2019. Ils représentent environ 30% des déchets ramassés sur les rives. 

Selon Corvid Cleaning, cette méthode pourrait permettre d'économiser au moins 75% des coûts liés au ramassage des mégots de cigarettes dans la ville.

Des oiseaux brillants

Avec leur plumage de jais et leur croassement métallique, les corbeaux et les corneilles sont souvent perçus comme des oiseaux de malheur, des espèces nuisibles.

«Mais on peut maintenant les voir comme des alliés. Ça réhabilite un peu ces oiseaux noirs», souligne Pierre Legagneux.

Surtout qu’ils demeurent les oiseaux les plus évolués.

«Les corvidés sont capables de compter jusqu’à 10 à peu près. Ils peuvent utiliser des outils pour résoudre un problème, prendre une pierre pour casser quelques choses ou tailler un outil pour aller chercher une proie», détaille le biologiste. «Ils ont des capacités cognitives supérieures.»

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