Voici pourquoi le blocage du pont Ambassador, en Ontario, pourrait vous coûter cher | 24 heures
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Voici pourquoi le blocage du pont Ambassador, en Ontario, pourrait vous coûter cher

Image principale de l'article Les impacts du blocage du pont Ambassador
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Le pont Ambassador, qui relie Windsor (Canada) à Detroit (États-Unis) et qui est le passage frontalier national le plus fréquenté d’Amérique du Nord a été bloqué tout au long de la semaine par des manifestants. Que réclament-ils? Quels sont les impacts de ce blocus? On vous explique.

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Note : texte mis à jour le 13 février à 16h30.

Comment ç'a commencé? 

Le lundi 7 février en après-midi, quelque 200 manifestants et véhicules ont pris d’assaut le pont Ambassador, à Windsor, en Ontario. 

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Cette initiative s’inscrivait en marge des convois qui se font entendre partout au Canada depuis deux semaines pour exiger la fin des mesures sanitaires. D’autres postes frontaliers ont également été bloqués par des manifestants au Canada, notamment celui d’Emerson, au Manitoba.

Qu’est ce que ça veut dire pour les camionneurs?  

Bien que le mouvement ait été lancé par des camionneurs − opposés à l’obligation d'être vacciné pour traverser la frontière −, le mouvement est loin de faire l’unanimité au sein de la profession. 

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Benoît Therrien, président de Truck Stop Québec, estime que l’industrie du transport est prise en otage par ces manifestants. «Des camionneurs nous ont dit avoir attendu plus de 10 heures [mercredi] pour traverser, parce qu’il y a une voie fermée», a-t-il dénoncé, jeudi, sur QUB radio. 

Puisque les États-Unis imposent une limite de 11 heures de conduite consécutive, ces camionneurs n’ont eu d’autre choix que de s’arrêter une fois le pont traversé. 

Detroit, avec sa forte criminalité, n’est toutefois pas l’endroit idéal où passer la nuit, soutient-il. Les camionneurs ont donc dû choisir entre continuer leur route illégalement ou s’arrêter dans un environnement peu sécuritaire.

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Ce n’est pas tout. Benoît Therrien craint l'impact de ces blocus sur l’image de la profession. «Un jour, il y aura un lendemain à tout ça et je crois qu’on va devoir travailler fort sur notre image», laisse-t-il tomber. 

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Quel est l’impact pour la population?  

Ces pertes de temps − et donc de revenus − auront un impact sur votre portefeuille. Les compagnies de transport vont facturer plus cher à leurs clients, comme les épiceries et les commerces au détail, qui refileront ensuite cette hausse aux consommateurs, prévient Benoît Therrien. 

Sylvain Charlebois, directeur principal du laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire et professeur à l’Université Dalhousie, partage ces inquiétudes. Les détours et les délais de livraison liés au blocus, combinés à d’autres facteurs comme la hausse du prix de l’essence, «auront éventuellement un impact sur l’inflation», soutient-il en entrevue au 24 heures.

Il faut savoir que le pont Ambassador est un axe névralgique du transport de marchandises. Chaque année, 8 à 12 milliards de dollars de biens passent par là. Selon Sylvain Charlebois, 35 à 40% des importations alimentaires au Québec et en Ontario entrent au pays par ce pont. 

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L’impact de la fermeture se fera donc nécessairement ressentir dans la chaîne d’approvisionnement. 

Les effets sont d’ailleurs déjà bien réels: les délais de livraison ont entraîné des pertes alimentaires. «Il y a eu des cargaisons de bleuets, de laitue qui ont été gaspillées carrément», dénonce-t-il. 

Quelles ont été les réactions politiques?  

Alors que les manifestants semblaient déterminés à rester, le premier ministre ontarien Doug Ford a déclaré l’état d’urgence vendredi matin, demandant aux camionneurs de rentrer chez eux. 

CAPTURE D'ÉCRAN / TVA NOUVELLES / AGENCE QMI

«C'est un moment charnière pour notre nation [...] nous devons tracer la limite», a-t-il déclaré lors d’un point de presse. Il a été précisé que des amendes pouvant atteindre 100 000$ pourraient être imposées aux manifestants, qui pourraient également faire face à une peine d’un an d’emprisonnement. 

En conférence de presse, vendredi après-midi, Justin Trudeau a assuré que les autorités mettraient fin au blocage de façon imminente. 

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«Ces actions illégales doivent finir et elles vont finir», a-t-il déclaré, sans préciser la stratégie envisagée par les autorités, «pour des raisons de sécurité». Il a prévenu que «les conséquences vont devenir de plus en plus sévères» pour les manifestants, ajoutant que l’intervention de l’armée reste une option de «dernier, dernier, dernier, dernier, dernier recours». 

La Maison-Blanche a quant à elle déclaré que plusieurs membres du gouvernement et hauts conseillers étaient en contact régulier avec leurs homologues canadiens. Washington affirme que l'administration Biden est «mobilisée 24 heures sur 24 pour mettre fin rapidement» à la crise. 

Selon André Durocher, inspecteur retraité du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), il ne fait aucun doute que le gouvernement fédéral a trop tardé à réagir. «Pourquoi est-ce qu’on attend toujours jusqu’à la dernière minute de la dernière période?» a-t-il dénoncé.

Il a dit souhaiter que des accusations criminelles soient déposées contre ceux qui ont bloqué le pont. «Ils ont quand même commis des actes illégaux, il ne faudrait pas oublier ça, mentionne-t-il. Sinon, ça va recommencer encore.» 

Comment ça s'est terminé?  

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Après des interventions sans arrestations samedi, les policiers ont finalement réussi à disperser les manifestants dimanche. Ils ont dû en arrêter une douzaine. 

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L'Agence des services frontaliers du Canada n'avait toujours pas rouvert du point d'entrée du pont Ambassador en après-midi.

• Notre article complet: Pont Ambassador : les manifestants ont été dispersés

− Avec l’Agence QMI

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