Le déconfinement n’est pas une bonne nouvelle pour tout le monde | 24 heures
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Le déconfinement n’est pas une bonne nouvelle pour tout le monde

Image principale de l'article Le déconfinement ne fait pas que des heureux
Photo Courtoisie

Retrait progressif du passeport vaccinal, réouverture des restaurants et des salles de spectacle: le Québec retrouve peu à peu un semblant de vie normale. Mais si ce déconfinement fait bien des heureux, il peut aussi être une source d’anxiété. Après deux ans de pandémie et de mesures sanitaires, c’est même tout à fait normal, insiste une psychologue. 

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«Je me sens anxieuse et confuse. Les consignes ont tellement changé souvent que c’est difficile de se faire une tête», confie Fannie Rochefort. 

Même si elle a reçu trois doses de vaccin, la Montérégienne a été atteinte «fortement» par la COVID-19 le mois dernier, ce qui a fait grandir sa peur du déconfinement.  

«Mon cerveau s’est conditionné depuis deux ans à prendre des précautions, et, d’un coup, plus rien», explique la femme de 41 ans qui reproche au gouvernement de François Legault ne pas expliquer suffisamment à la population ses décisions concernant la levée des mesures sanitaires.

Le premier ministre du Québec, François Legault

Photo Agence QMI, Joël Lemay

Le premier ministre du Québec, François Legault

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Stress pour les immunosupprimés  

Pour les personnes qui vivent avec une condition médicale, le déconfinement apporte son lot de risques et de craintes.  

«C’est sûr qu’en tant que personne normale, c’est le fun, mais en tant que personne immunosupprimée, c’est stressant», raconte Maude*, qui est atteinte de la maladie de Crohn, une maladie inflammatoire chronique de l'intestin. 

Si elle n’est pas trop préoccupée par le retrait du passeport vaccinal, elle appréhende de se retrouver avec des personnes qui «ne font pas attention». Actuellement, Maude, qui habite Montréal, limite ses contacts au minimum. Elle ne voit personne en dehors du travail et de ses cours à l’université.   

Mais ce qui l’inquiète le plus, c’est la levée éventuelle du port du masque obligatoire, notamment dans les universités et les transports en commun. «On est encore dans un entre-deux, c’est trop tôt pour retirer les mesures», déplore-t-elle.  

Selon les recommandations de la Santé publique, une personne immunosupprimée doit s’isoler 21 jours lorsqu’elle contracte la COVID-19. Les impacts d’un résultat positif seraient donc importants pour Maude, qui devrait mettre sa vie sur pause pendant trois semaines. 

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C'est normal d'être anxieux       

Être anxieux à l’idée du retrait des mesures sanitaires, c’est tout à fait légitime, soutient la psychologue Geneviève Beaulieu-Pelletier. Elle rappelle que plusieurs personnes ont vécu du stress, l’été dernier, lorsque les mesures ont été temporairement assouplies. 

Photo Caroline Clouâtre, courtoisie

«Pour certains, c’est inquiétant, parce que ça fait deux ans que, dans notre cerveau, on a construit c’était quoi la nouvelle réalité et la sécurité», explique la psychologue. 

Et le rythme rapide du déconfinement peut accentuer ce sentiment.  

«Il y a pas longtemps, on réfléchissait à la taxe COVID, il y avait un resserrement pendant le temps des Fêtes, un élargissement du passeport vaccinal. Là, la transition est très rapide, ça donne quand même un choc. Si on ne comprend pas pourquoi [on allège les mesures], ça peut faire paniquer», poursuit-elle.  

«C’est beaucoup d’inconnu», souligne Geneviève Beaulieu-Pelletier. Elle ajoute que notre cerveau doit se réhabituer à interagir avec plusieurs personnes en même temps. 

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Comment gérer cette anxiété?  

La Dre Beaulieu-Pelletier suggère tout d’abord de reconnaître que ce sentiment est normal, et de le nommer à ceux qui nous entourent.  

Il faut aussi respecter son propre rythme. «Quand on sent qu’on est plus anxieux, il faut se mettre graduellement dans le bain». Elle recommande d’éviter certaines situations qui pourraient être anxiogènes, comme les partys ou les concerts. 

«Si on est très anxieux, on peut commencer par observer ce qui se fait autour, en regardant les réseaux sociaux ou la télé», propose-t-elle.  

Et si ce sentiment ne part pas, il ne faut pas hésiter à consulter un spécialiste, même si c’est juste pour quelques semaines, afin d’aider la transition.  

*Maude est un nom fictif, la personne ayant demandé l’anonymat par crainte de représailles.

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