«Des collègues en détresse émotionnelle» : les organismes communautaires face au manque de ressources | 24 heures
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«Des collègues en détresse émotionnelle» : les organismes communautaires face au manque de ressources

Image principale de l'article Le milieu communautaire manque de ressources

«On a besoin de reconnaissance», «des collègues en détresse émotionnelle», «c’est lourd»... Depuis lundi, des milliers de travailleurs communautaires sont en grève pour dénoncer leur manque de moyens. 

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Ces organismes, dont la majorité intervient dans le secteur de la santé et des services sociaux, demandent au gouvernement un financement supplémentaires de 460 millions pour pallier d’inévitables ruptures de service. 

Mardi, un millier de manifestants de plus de 300 organismes se sont présentés devant la station Berri-UQAM à Montréal pour faire entendre leur voix. Le 24 heures s’est rendu sur place pour rencontrer cinq organismes et recueillir leur témoignage. 

Guillaume Cyr/24 heures

Ann Lalumière, coordonnatrice clinique des services d’itinérance l’organisme Plein Milieu  

«On a des collègues en détresse émotionnelle», laisse tomber sans hésitation Ann Lalumière en raison des difficultés reliés au métier et au manque de ressources pour les épauler. Le Plein Milieu s'affaire à accompagner et répondre aux besoins des personnes en situation d’itinérance directement sur le terrain. 

Avec un manque de financement estimé à 350 000$, seulement pour maintenir les services, l’organisme peine aussi à garder l’équipe en place. «On se demande chaque année si on peut renouveler 5 ou 6 postes», se désole-t-elle. Le Plein milieu peut aussi difficilement rivaliser avec les meilleures conditions de travail de la fonction publique. 

«C’est une pression constante pour répondre à des besoins en augmentation. Au quotidien, on doit prioriser la misère humaine, donc quelqu’un qui est plus dans le besoin va passer avant une autre personne tout autant dans le besoin», se désole Mme Lalumière. 

Ann Lalumière et Carol-Anne Gagné

Guillaume Cyr/24 heures

Ann Lalumière et Carol-Anne Gagné

Magda Brun et Alexandre Boucher-Bonneau, le Carrefour populaire Saint-Michel  

Des rénovations sont nécessaires au Carrefour populaire Saint-Michel, qui offre de l’aide alimentaire et psychosociale. Une cuisine qui «tombe en ruine», un gymnase «qui est fermé», «de la peinture à refaire» : les infrastructures inadéquates complexifient la tâche. «J’aimerais ça aussi avoir un atelier d’art pour les gens du quartier», explique Magda Brun, coordonnatrice du programme en santé mentale. 

Le Carrefour populaire Saint-Michel

Guillaume Cyr/24 heures

Le Carrefour populaire Saint-Michel

«On essaie de trouver un sens aux gens du quartier, une place dans la société, un emploi sur le marché du travail», continue Mme Brun sur le bien-fondé de l’organisme.    

Heureusement, pour le moment, ils ne manquent pas d'employés, même si le recrutement demeure tout aussi difficile en raison des conditions salariales et de la charge de travail, selon l’agent de mobilisation Alexandre Boucher-Bonneau. 

Magda Brun, coordonnatrice du programme en santé mentale

Guillaume Cyr/24 heures

Magda Brun, coordonnatrice du programme en santé mentale

Maxime Petrin, intervenant social à la maison Benoît Labre   

Maxime Petrin juge que, depuis la pandémie, il travaille beaucoup plus en désescalade de crise qu’en prévention avec les personnes en situation d’itinérance. 

Le manque de fonds qui afflige son organisme, mais aussi leurs partenaires en santé mentale, fait qu’il est difficile de subvenir à la demande croissante. «Mon rythme de travail a changé», confie celui qui dit aider plusieurs dizaines de personnes par jour. 

Dans cette situation, il est maintenant difficile pour le jeune intervenant de prendre le temps de trouver un logement ou une thérapie pour les personnes itinérantes, ajoute-t-il. 

«Je me sens démuni. Parfois, il y a des blocages à l’accès aux services pour ces personnes-là. Des personnes ont des enjeux tellement grands. Certains, par exemple, sont à peine capables de savoir quel jour on est.» 

Une question anodine : et toi, comment ça va, depuis la pandémie...? «C’est lourd», répond simplement celui qui travaille pour la maison Benoît Labre depuis quatre ans, en soulevant la difficulté de toujours être en gestion de crise.  

Maxime Petrin, intervenant social à la maison Benoît Labre

Guillaume Cyr/24 heures

Maxime Petrin, intervenant social à la maison Benoît Labre

Glen Rubenstein, la banque alimentaire de Saint-Henri l’Épicentre  

Le directeur général de la banque alimentaire aimerait ajouter une nouvelle mission à son organisme, pour aider davantage son quartier, en devenant une épicerie communautaire. Mais, pour le moment, le manque de fonds oblige l’Épicentre à rester seulement une banque alimentaire pour au moins deux ans.    

L’organisme offre un panier de 87$ par semaine aux familles démunies qui comprend des produits laitiers, des fruits, des légumes et d’autres produits vitaux. Glen Rubenstein aimerait bien bonifier ce panier, certes, mais surtout le personnaliser selon le besoin particulier de chaque famille et augmenter le nombre de livraisons pour les personnes à mobilité réduite. Encore là, le manque de fonds les oblige à faire des choix. 

«Les organismes sont tout le temps en grand besoin et investissent plus de temps dans la recherche de financement, ce qui ne devrait pas être le cas si on était adéquatement financés», explique M. Rbenstein. Ce temps pourrait être à la place accordée aux familles dans le besoin. 

Glen Rubenstein, directeur général de la banque alimentaire l'épicentre.

Guillaume Cyr/ 24 heures

Glen Rubenstein, directeur général de la banque alimentaire l'épicentre.

Nathalie Bélanger, le centre de ressources périnatales Autour du bébé  

Cette ressource périnatale offre un soutien psychologique, notamment pour la dépression postnatale, à des nouveaux parents. 

En raison du risque de reprise du centre communautaire dans lequel leur local était situé, l’organisme a décidé de déménager dans un local commercial. Conséquence? Leur loyer a bondi de 9 000$ à 70 000$, explique la directrice générale Nathalie Bélanger, ce qui rend plus complexe la gestion des fonds. 

«Pour être vraiment correct, il nous faudrait un bon 200 000$ de plus», juge Nathalie Bélanger. 

Cette ressource universelle, qui aide les familles, peu importe leur classe sociale, a notamment de la difficulté à s’occuper de toute la clientèle avec le manque de main-d’œuvre et doit prioriser les cas urgents. «On est huit employés, mais il faudrait être douze», lance la directrice générale. 

Nathalie Bélanger, directrice générale de l'organisme Autour du bébé

Guillaume Cyr/24 heures

Nathalie Bélanger, directrice générale de l'organisme Autour du bébé

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