Guerre en Ukraine: c’est quoi, au juste, des sanctions économiques? | 24 heures
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Guerre en Ukraine: c’est quoi, au juste, des sanctions économiques?

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De nombreux pays, dont le Canada, ont annoncé une série de sanctions économiques contre la Russie pour son invasion de l’Ukraine. Mais qu’est-ce que ça veut dire, exactement, imposer des sanctions? Est-ce que ça fonctionne vraiment? On vous explique.

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Qu’est-ce que c’est, des sanctions économiques?  

En gros, imposer des sanctions économiques, c’est une manière d’intervenir autrement que de façon militaire. 

«On mobilise des armes économiques, non pas des armes militaires, pour attaquer l’économie du pays visé», explique Florian Mayneris, professeur au Département des sciences économiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Pour continuer dans la métaphore militaire, les sanctions sont utilisées pour «essayer de “blesser” – voire de “tuer” – l’économie du pays auquel on déclare une guerre économique».

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Les sanctions économiques ne sont cependant pas uniquement utilisées dans un contexte de guerre: lorsqu’un pays ou un groupe de pays perçoit une menace provenant d’une autre nation, par exemple l’Iran qui a contrevenu à l’accord sur son programme nucléaire, des sanctions économiques peuvent être imposées.

Autre exemple: dans un élan de politique protectionniste, l’ex-président des États-Unis, Donald Trump, avait imposé des sanctions économiques en augmentant les frais de douane à une foule de marchandises provenant d’Europe. Son objectif? Favoriser le commerce intérieur. L’Union européenne avait alors répliqué en imposant une taxation sur les produits américains importés sur le Vieux Continent. 

Est-ce que ça fonctionne vraiment?  

Ça dépend. Il y a plusieurs types de sanctions économiques, qui ont toutes des conséquences différentes, mais dont le but est le même. En voici trois qui sont utilisées présentement contre la Russie:

Sanctions commerciales  

Ça, c’est lorsqu’un pays décide de ne plus faire d’échanges commerciaux avec le pays visé par les sanctions.  

Selon Florian Mayneris, difficile d’évaluer le degré de réussite de ce type de sanction, puisqu’un pays qui ne rompt pas le lien commercial avec le pays visé pourrait décider de contrebalancer les sanctions, en augmentant, par exemple, ses exportations. 

Dans le cas de la Russie, la Chine, avec qui Vladimir Poutine soigne ses relations depuis un certain moment, pourrait offrir les biens que Moscou a besoin d’importer. Ainsi, «les mesures s’avéreraient relativement inefficaces», confirme le professeur. 

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Par ailleurs, le pays visé peut, lui aussi, décider de bloquer le commerce avec les pays qui le sanctionnent. C’est d’ailleurs pourquoi l’Allemagne a hésité à cosigner les sanctions économiques, puisqu’une bonne partie de son approvisionnement en pétrole et en gaz provient de Russie.

Gel des avoirs  

Ce type de sanction vise à bloquer les avoirs à l’étranger de certaines personnes clés – généralement des milliardaires près du pouvoir –, lesquels sont détenus dans les banques des pays qui imposent les sanctions. C’est une mesure plus ciblée, qui évite de viser l’ensemble de la population.

En touchant leur portefeuille, on espère ainsi que ces oligarques voudront limiter les conséquences des sanctions sur leur fortune en usant de leur influence pour mettre fin au conflit. 

Ce type de sanction a généralement des répercussions, indique Florian Mayneris, et on le voit d’ailleurs en Russie. «Des oligarques russes montent actuellement au créneau pour dire: “C’est assez!”»

Secteur financier  

En gros, on veut asphyxier l’économie en l’empêchant de fonctionner normalement. C’est une mesure très rarement utilisée, souligne M. Mayneris, car les conséquences touchent l’ensemble de la population du pays visé par la sanction.

En Russie, cette sanction s’applique de deux manières. D’abord, les principales banques russes ont été exclues de la plateforme interbancaire SWIFT, essentielle à la finance mondiale. SWIFT permet de communiquer rapidement et d’assurer la sécurité de transactions internationales. 

Sberbank est l'une des principales banques russes à être exclues de la plateforme interbancaire SWIFT.

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Sberbank est l'une des principales banques russes à être exclues de la plateforme interbancaire SWIFT.

Mais les États-Unis et l’Union européenne (UE) ont aussi visé, directement, la Banque centrale russe. Toute transaction avec l’institution monétaire est interdite et les actifs qu’elle détient aux États-Unis et à l’intérieur de l’UE sont gelés. La Banque centrale russe a donc un accès limité à ses liquidités, qui pourraient servir à financer les actions militaires du Kremlin – parce que faire la guerre, ça coûte de l’argent – ou à soutenir l'économie russe.

Les effets de ce type de sanction sont pratiquement instantanés: la valeur du rouble a plongé depuis les annonces et le risque d’inflation pèse fort.

C'est bien beau tout ça, mais est-ce qu'elles fonctionnent, ces sanctions économiques?   

Sans vouloir se risquer à faire un pronostic, Florian Mayneris estime tout de même qu’une «intervention économique forte peut contribuer à mettre fin au conflit», à défaut d’une intervention militaire.

«Le but là-dedans est, d’une part, d’étouffer l’économie russe pour faire en sorte que le pouvoir en place n’ait plus les moyens financiers de ses offensives. Et c’est aussi de créer des oppositions à l’intérieur du pays pour que la situation du pouvoir en place devienne intenable», résume-t-il.

Qui sont les victimes de ces sanctions?  

C’est, bien souvent, la population au sein du pays visé qui pâtit des sanctions économiques. 

On le voit même avec les sanctions commerciales, l’un des types de sanctions plus fréquemment utilisés. L’interdiction de commerce fait en sorte que la marchandise visée par les sanctions est rare, ce qui en fait augmenter le prix. Et cette hausse du coût est refilée aux consommateurs.

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Mais il y a aussi les producteurs et les entreprises qui commercent avec le pays visé par les sanctions qui en subissent les contrecoups, comme elles ne peuvent plus exporter leurs biens vers le pays.

«Oui, il va y avoir des coûts, c’est évident. Mais quelque part, c’est le prix de la paix. Quand on met des sanctions en place, c’est qu’on estime qu’il y a un péril et que les conséquences de ce conflit seraient bien plus importantes que les coûts économiques qu’on en subit dans l’immédiat», estime Florian Mayneris.