Guerre en Ukraine: un Québécois combat la désinformation de Poutine sur le Facebook russe | 24 heures
/bref

Guerre en Ukraine: un Québécois combat la désinformation de Poutine sur le Facebook russe

Le président russe Vladimir Poutine
AFP

Le président russe Vladimir Poutine

«Si j’étais Russe, j’irais en prison»: un Québécois se fait un devoir de combattre chaque jour la désinformation du Kremlin sur les réseaux sociaux, à plus de 7000 km de Moscou.

• À lire aussi: Les médias sont-ils racistes dans leur couverture de la guerre en Ukraine?

• À lire aussi: Un accident nucléaire serait «une catastrophe écologique»

C’est sur VK, l’équivalent russe de Facebook, que Guillaume Déziel mène son combat, un article et une personne à la fois. Son modus operandi: partager des articles de médias occidentaux sous des publications rapportant des informations provenant de sources officielles russes. 

AFP

Rappelons que le Kremlin et les grands médias en Russie présentent le conflit en Ukraine comme «une opération militaire spéciale» et bannissent le mot «invasion».

Même si ses commentaires ne font pas que des heureux et qu’ils sont, la plupart du temps, vite effacés, il ne baisse pas les bras. Les réactions positives qu’il reçoit de la part de certains utilisateurs russes lui donnent envie de continuer. 

• À lire aussi: Les Russes ont pris le contrôle d’une première ville: comment y sont-ils arrivés?

• À lire aussi: Ukraine: la communauté LGBTQ+ s’inquiète pour ses droits

«Chaque petit cœur qui apparait, c’est un cerveau qui se met à réfléchir par lui-même», estime celui qui a passé trois mois en Russie dans le cadre d’un échange étudiant, à l’hiver 1996-1997. 

C’est d’ailleurs pour retrouver de vieux amis qu'il s'est créé un compte VK, il y a quelques années. 

Guillaume Déziel

Photo Courtoisie, Guillaume Déziel

Guillaume Déziel

L’information: une arme de plus   

Pour Guillaume Déziel, qui est stratège numérique, la lutte à la désinformation fait partie des armes que l’Occident peut utiliser pour stopper la route à Vladimir Poutine, comme les sanctions économiques, l’aide humanitaire ou encore l’accueil de réfugiés. 

«Il y a plein de fronts, mais un autre front, c’est l’opinion publique russe [que Poutine essaie de contrôler avec la censure et la désinformation]. À l’interne, si Poutine n’a plus le support de ses sujets, à un moment donné, il va être encore plus isolé», soutient-il. 

• À lire aussi: Une Ukrainienne nous raconte son quotidien dans un bunker à Kyïv

• À lire aussi: C’est quoi, des pourparlers... et à quoi ça sert?

Si le Montréalais se permet de tenir tête au régime de Poutine, c’est parce qu’il le fait depuis le Québec. Pas question, toutefois, de retourner en Russie. «Si j’ai le malheur de mettre les pieds en Russie sous le même régime de Poutine, je vais aller en prison», lance-t-il. 

Il s’inquiète d'ailleurs pour les dissidents russes qui font un travail semblable au sien. «J’ai peur pour ces gens-là qui osent se manifester sur des comptes publics sur VK», confie-t-il. 

Discussion entre Guillaume Déziel et un internaute russe sur la plateforme VK. Le nom et la photo de profil de l'utilisateur russe ont été masqués afin de préserver son anonymat.

Capture d'écran, Guillaume Déziel

Discussion entre Guillaume Déziel et un internaute russe sur la plateforme VK. Le nom et la photo de profil de l'utilisateur russe ont été masqués afin de préserver son anonymat.

La prison pour des «informations mensongères»  

Une nouvelle loi entérinée par le président Poutine risque d’ailleurs de leur compliquer encore plus la vie. De nouvelles mesures prévoient en effet de lourdes peines de prison pour toute diffusion d’«informations mensongères sur l’armée»

• À lire aussi: Prison pour des «informations mensongères» sur l’armée: Radio-Canada suspend ses activités en Russie

Radio-Canada a annoncé la suspension de ses activités journalistiques en Russie, «le temps de clarifier la portée d'une nouvelle loi». 

Malgré ce nouveau tour de vis contre les médias, Guillaume Déziel souhaite que plus de gens s’activent à partager de l’information fiable sur VK.com. «Moi, mon compte va être fermé, alors il faut que d’autres prennent la relève» affirme-t-il sans détour.

Mais à ceux qui pourraient être tentés de prendre les armes (numériques): il recommande d’utiliser un mot de passe inventé de toutes pièces, parce que le site n’est pas sécurisé. 

s