Un accident nucléaire: «On pourrait se retrouver avec une situation style Fukushima» | 24 heures
/environment

Un accident nucléaire: «On pourrait se retrouver avec une situation style Fukushima»

Image principale de l'article Ukraine: vers «une situation style Fukushima»?
AFP

La prise de Tchernobyl et l’occupation de la plus importante centrale nucléaire d’Ukraine — et d’Europe — par l’armée russe, font planer la menace d’une catastrophe écologique au pays. Et les conséquences seraient terribles pour la santé publique et l’environnement, prévient un spécialiste.

La centrale de Tchernobyl, dans le nord de l’Ukraine, a été le site du pire accident de l’Histoire en 1986. Tombée aux mains des Russes jeudi dernier, une légère hausse des niveaux de radiation y a été enregistrée. 

Un dôme de protection géant couvre le quatrième réacteur détruit de la centrale nucléaire de Tchernobyl.

AFP

Un dôme de protection géant couvre le quatrième réacteur détruit de la centrale nucléaire de Tchernobyl.

Puis, au neuvième jour de l’offensive, l’armée de Vladimir Poutine s’est emparée de la centrale Zaporijjia, dans le sud du pays, la plus grande d’Ukraine, d’Europe et la dixième du monde.

Dans la nuit de vendredi, les tirs et les bombardements ennemis y ont provoqué un incendie, faisant craindre le pire. 

• À lire aussi: Pourquoi la Russie a-t-elle attaqué une centrale nucléaire en Ukraine? Doit-on craindre le pire?

La situation a été maîtrisée, et le taux de radioactivité est demeuré inchangé. 

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky accuse malgré tout Moscou d'avoir recours à la «terreur nucléaire» et de vouloir «répéter» la catastrophe de Tchernobyl. 

De graves conséquences 

Le professeur au département de génie physique de Polytechnique Montréal, Guy Marleau, ne s’inquiète pas outre mesure de la situation à Tchernobyl.

«Ce qu’on a détecté, c’est une très légère augmentation du rayonnement [radioactif] parce que les camions qui circulent ont fait lever la poussière sur le sol», dit-il. «Et les déchets de Tchernobyl vieux de plus de 30 ans ne sont plus très chauds.»

Ce sont plutôt les quatre centrales ukrainiennes en activité qui inquiètent le spécialiste du nucléaire.

La centrale de Zaporijjia, dans le sud de l'Ukraine, a été attaquée par des tirs d'obus et reprise par les forces russes, le 4 mars 2022.

AFP

La centrale de Zaporijjia, dans le sud de l'Ukraine, a été attaquée par des tirs d'obus et reprise par les forces russes, le 4 mars 2022.

«Disons qu’on ne veut pas que ça arrive», laisse-t-il tomber. «On pourrait se retrouver avec une situation style Fukushima, qui a entraîné la fusion du cœur du réacteur et une explosion d’hydrogène.»

L’accident survenu au Japon en 2011, est le deuxième plus important de l’histoire. 

Il y a peu de chance que la Russie fasse des installations nucléaires une cible militaire. Elles ne sont toutefois pas à l’abri des tirs et des bombardements à proximité. 

• À lire aussi: Faut-il craindre les menaces nucléaires de Vladimir Poutine?

Si un accident se produisait, le climat ne serait pas affecté. Mais «les effets secondaires sur la santé humaine et l’environnement seront très dangereux», précise le professeur Marleau. 

«Les déchets radioactifs et nucléaires, c’est grave [...]. Si ça saute, ils vont s’éparpiller. Les plantes vont absorber les matériaux dans la poussière, ça va entrer dans les sols sous l’effet de la pluie. Les plantes seront source de radioactivité. Les gens qui mangent les produits de la terre ou les enfants qui iront jouer les mains nues seront exposés aux effets du rayonnement», explique-t-il.

Une menace prise au sérieux  

«[Zaporijjia] fonctionne avec six réacteurs nucléaires WWER. En principe, il y a des dômes de confinement dans ce genre de centrale qui la protège des effets d’une attaque extérieure ou d’une explosion», fait valoir l’expert. 

Elle est également équipée de six piscines de refroidissement, qui contiennent des centaines de tonnes de combustible usé hautement radioactif. 

«Les déchets radioactifs sont dans l’eau pour être refroidis pour une période de 10 à 15 ans. C’est plus ça qui est inquiétant», détaille M. Marleau. 

«C’est la première fois au monde qu’un pays nucléarisé est soumis à des bombardements aériens d’une telle intensité et aux autres désordres d’une guerre moderne», a par ailleurs rappelé le président de l’association environnementale spécialisée dans les enjeux de sûreté et de sécurité nucléaire Robins des bois, jeudi, dans le quotidien français 20 Minutes. 

Et l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) prend cette menace très au sérieux. 

Elle s’est en effet réunie d’urgence mercredi matin afin d’examiner la sécurité des installations nucléaires ukrainiennes.

Le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, pointe sur une carte de la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia, lors d'une conférence de presse spéciale au siège de l'AIEA à Vienne, en Autriche, le 4 mars 2022.

AFP

Le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, pointe sur une carte de la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia, lors d'une conférence de presse spéciale au siège de l'AIEA à Vienne, en Autriche, le 4 mars 2022.

Sur le même sujet