Baisser son thermostat pour vaincre la Russie, ça fonctionne? | 24 heures
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Baisser son thermostat pour vaincre la Russie, ça fonctionne?

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En Europe, l’effort de guerre passe par le thermostat. Les citoyens et les entreprises sont appelés à réduire le chauffage de 1 °C pour diminuer la consommation d’hydrocarbures russes et donc donner un sérieux coup de barre à l’économie du pays. Mais, cette mesure est-elle vraiment efficace?

La dépendance de l'Europe envers le gaz naturel — et tous les combustibles fossiles —de Russie est une fois de plus démontrée depuis l'invasion de l’Ukraine, le 24 février.

En 2021, l'Union européenne (UE) a importé quelque 155 milliards de m3 de gaz naturel depuis la Russie, ce qui représente près de 40% de sa consommation totale, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE).

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«En allumant votre chaudière, en démarrant le moteur de votre voiture, et même en allumant votre ampoule à incandescence, vous contribuez à la victoire de la Russie», signalaient des économistes dans un lettre ouverte publiée récemment dans Le Monde.

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L’AIE présentait la semaine dernière un plan de 10 mesures qui permettraient d’affaiblir la dépendance de l’UE aux hydrocarbures russes.

Parmi les propositions: un ajustement temporaire du thermostat par les consommateurs.

En baissant le chauffage de 1 °C, la demande de gaz de l’Europe serait réduite de quelque 10 milliards de m3 par année, plaide l’AIE.  

Le nerf de la guerre économique

«Baisser le chauffage d’un degré ne va pas arrêter le conflit en Ukraine. Mais c’est certain qu’une des raisons pour laquelle la Russie peut financer cette guerre, c’est grâce à l’argent des énergies fossiles», souligne le titulaire de la chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal, Pierre-Olivier Pineau.

En 2019, les produits pétroliers représentaient 37% de la consommation finale d’énergie de l’UE, et le gaz naturel 21,3%.

«Chaque kilowattheure mal consommé appauvrit l’Europe et enrichit l’armée russe», témoignaient les experts dans Le Monde.

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Si l’Europe est dépendante de ces hydrocarbures, l’économie de la Russie l’est encore plus: 25% de son produit intérieur brut (PIB) et 40% des recettes de l’État proviennent de l’exploitation des combustibles fossiles. 

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«Tout effort d’efficacité énergétique qui contribue à réduire la demande pour ces produits problématiques pour des raisons environnementales et géopolitiques est non négligeable», soutient le professeur Pineau, qui rappelle que «60% de la consommation énergétique des ménages est pour le chauffage».  

Sobriété énergétique

La réglementation des températures de chauffage pourrait s'avérer un outil politique efficace, mais pas infaillible.

Les spécialistes en appellent donc à la sobriété énergétique. 

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«Si on veut se libérer du gaz et du pétrole russes, on doit se libérer des énergies fossiles [en général]. Il faut [par exemple] revoir notre utilisation des véhicules, qui est tout sauf sobre», prévient M. Pineau.

Selon les économistes, la hausse des prix des énergies fossiles devrait naturellement conduire les consommateurs à décarboner leur mode de vie.

Le prix de l’électricité sur le marché européen est passé de 45$ par mégawattheure en moyenne en 2020, à plus de 280$ ces derniers mois, jusqu’à 980$ aux heures de pointe ces derniers jours.

«Plus la demande de combustibles fossiles diminue, plus ça crée une pression à la baisse sur les prix», soutient Pierre-Olivier Pineau. «Mais plus on est flexible dans notre consommation de produits pétroliers, moins les fluctuations de l’offre auront un impact dans nos vies.»  

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