Les plateformes d'écoute en continu entraînent des défis pour l'industrie de la musique québécoise | 24 heures
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Les plateformes d'écoute en continu entraînent des défis pour l'industrie de la musique québécoise

Image principale de l'article Les plateformes de streaming entraînent des défis
Photomontage Marilyne Houde

Un défi qui se faisait déjà bien sentir avant la pandémie, pour les musiciens, est le manque d’encadrement légal pour les plateformes d’écoute en continu. Nos artistes québécois ne reçoivent que des peanuts des Spotify et YouTube de ce monde. On a cherché à mieux comprendre la situation avec des intervenants de l’industrie de la musique québécoise. 

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«Le streaming a fait complètement chuter – et fera même disparaître, dans pas si longtemps – les ventes d’albums», indique d’emblée David Bussières, membre du duo Alfa Rococo et porte-parole du Regroupement des artisans de la musique (RAM). 

David Bussières

Joel Lemay/Agence QMI

David Bussières

«La part de marché de la musique québécoise est sept fois moins élevée en ligne que dans la vente de disques, selon des chiffres québécois», ajoute Jérôme Payette, directeur général de l’Association des professionnels de l'édition musicale (APEM). 

Les albums rapportaient plus  

Le problème, avec cette situation, est que les ventes d’albums rapportaient beaucoup plus aux artistes québécois que ces plateformes qui distribuent des redevances selon le nombre d’écoutes. 

«La vente d’un album pouvait rapporter, disons, 8 à 10$ pour l’artiste et son équipe. Alors qu’en streaming, 1 million de streams, ça paie 5000$ à cette même équipe-là – et on s’entend qu’un million de streams, c’est quand même un bon succès», détaille David Bussières. 

AFP

Pour donner des exemples concrets, Alaclair Ensemble a cinq chansons qui ont dépassé le million d’écoutes sur Spotify, Vincent Vallières en a trois, Les Louanges, deux, et Laurence Nerbonne n'en a qu'une seule. 

«Cinq mille dollars, c’est le revenu équivalent de 625 albums vendus, alors que – on s’entend – un artiste qui obtient 1 million de streams aurait vendu beaucoup plus que 625 albums», complète le porte-parole du RAM. 

La musique québécoise pas mise en valeur  

Un autre enjeu est que la musique québécoise n’est pas mise en avant sur des plateformes comme Apple Music ou Spotify, par exemple dans les listes de lecture ou la page d’ouverture de l’application. 

«À l’époque, quand tu allais chez le disquaire, l’employé qui était là pouvait te recommander un groupe qu’il connaissait, parce que, par exemple, il avait un ami qui jouait dedans. Il y avait donc une recommandation qui était faite et qui était beaucoup plus locale. Maintenant, sur les plateformes, ce qui remplace cette recommandation du disquaire est souvent fait à l’extérieur du Canada, donc avec peu de considération pour la musique locale», image Jérôme Payette. 

Selon des chiffres colligés par l’Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ) et l’Observatoire de la culture et des communications du Québec, seulement 8% des écoutes sur les plateformes les plus populaires au Québec ont pour objet l'œuvre de musiciens québécois, et environ 6% celle de Québécois francophones. 

«On est convaincus, à l’ADISQ, que, quand on met en valeur la musique d’ici auprès des Québécois, les Québécois l’adoptent. C’est ce qu’on a toujours vu. Les gens ont toujours acheté les albums des artistes québécois, les gens vont voir les spectacles des artistes québécois, quand on fait des sondages, les gens disent qu’ils aiment découvrir la musique d’artistes québécois... Alors on pense qu’il n’y a aucune raison qui ferait en sorte que ce ne serait pas la même chose sur ces plateformes-là», souligne Marie-Julie Desrochers, directrice des affaires institutionnelles et de la recherche à l’ADISQ. 

Le cas de QUB musique  

QUB musique, qui met en valeur la musique d’ici sur son application, a dévoilé récemment qu'elle remet un montant beaucoup plus important aux artistes d’ici, soit 6,38$ par mois par abonné, comparativement à 0,56$ par mois par abonné pour les autres plateformes. 

«Ça nous montre certainement que, quand on fait l’effort de mettre la musique d’ici en valeur, ça stimule sa consommation et sa découverte», souligne Marie-Julie Desrochers. 

«C’est sûr qu’ils ont une stratégie qui se distingue et qui fait plus de place à la musique locale. C’est vraiment un choix conscient et, nous, on s’en réjouit», ajoute le directeur général de l’APEM. 

Les choses seront peut-être appelées à changer prochainement, pour le mieux, puisque Pablo Rodriguez, le ministre du Patrimoine canadien, a déposé le 2 février dernier le projet de loi C-11 sur la radiodiffusion. L’objectif, en bref, est de mettre à jour la Loi sur la radiodiffusion afin que les géants du web s’y soumettent. À suivre! 

Comment ça fonctionne, les redevances aux artistes?  

Prenons Spotify en exemple:  

1. On calcule l’argent payé chaque mois par les abonnés et l’argent amassé avec les publicités, pour les abonnés freemium, au Canada. 

2. On divise ce montant par le nombre de streams qu’il y a eu au pays. On obtient ainsi la valeur d’un seul stream

3. Les artistes reçoivent ce montant multiplié par le nombre de streams qu’ils ont. Ça peut être payant pour un artiste comme Justin Bieber ou The Weeknd, qui ont de nombreux streams, mais très peu payant pour des artistes francophones écoutés seulement au Québec, qui ont donc beaucoup moins de streams

Ce qu’on peut faire pour aider un peu  

- Écouter et faire découvrir notre musique d’ici, peu importe sur quelle plateforme 

- S’abonner et payer pour une plateforme d’écoute en continu 

- Aller voir des concerts 

- Acheter les albums numériques ou physiques 

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