Les musiciens mis à mal pendant la pandémie: que feraient-ils s'ils étaient ministre de la Culture? | 24 heures
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Les musiciens mis à mal pendant la pandémie: que feraient-ils s'ils étaient ministre de la Culture?

Image principale de l'article Et s’ils étaient ministre de la Culture?
photos courtoisie, montage Marilyne Houde

De quoi les musiciens ont-ils besoin, concrètement, pour éponger les dégâts de la pandémie? Que feraient-ils s’ils étaient ministre de la Culture? Ces questions, le 24 heures les a posées aux principaux intéressés. Leurs réponses sont constructives, éclairantes. 

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Quand on discute avec les créateurs de musique des problèmes que vivent les membres de leur industrie, les idées de solutions fusent de toutes parts. C’est que la vaste majorité de nos sources, Florence K au premier plan, déplorent le manque de connaissances de la ministre de la Culture Nathalie Roy quant à leur réalité sur le terrain. 

«Il devrait y avoir une formation sur le terrain quand ils deviennent ministres. Je demandais à la ministre "pourquoi c’est si difficile pour les organismes ou la Guilde d’avoir un rendez-vous avec vous?". Si c’est pas ça votre job, qu’est-ce que vous faites pendant la journée? Si vous dites rien dans les médias que lorsqu’on vous demande des réponses, vous n’en avez pas... C’est quoi alors votre job? Vous êtes pas supposés nous représenter?»  

Avis à la ministre: voici des suggestions de mesures à mettre en place, selon les artistes à qui nous avons parlé. 

1. Dédommager les artisans en subventionnant les contrats annulés  

Le gouvernement pourrait subventionner un certain pourcentage des salaires perdus lorsque les contrats sont annulés.  

Naya Ali, une rappeuse montréalaise, a sorti son premier album le 20 mars 2020, soit 7 jours après que le gouvernement Legault ait déclaré l’urgence sanitaire au Québec. Elle est de ceux, en vue et précédés par un buzz enviable, qui se sont fait couper l’herbe sous le pied par la pandémie. 

Comme cheffe d'entreprise, parce qu’un projet musical comme le sien a tout d’une PME, elle s’est souvent sentie impuissante en retirant des contrats aux techniciens et autres artisans de l’ombre qu’elle avait initialement engagés. 

«Le confinement et les annulations, même si elles étaient nécessaires par moments, ont eu un impact sur la santé mentale de plusieurs. Beaucoup de ce stress a été causé par le fardeau financier - ça touche les artistes, les techniciens et les autres travailleurs à contrat de l’industrie.»

«Une petite solution pour les soulager serait de subventionner 70 à 80% des salaires perdus par l’annulation des contrats, pour les spectacles par exemple.» 

2. Offrir un soutien psychologique  

La rappeuse Emma Becko revient de loin et c’est, mine de rien, grâce à la psychothérapie qu’elle a réussi à se remettre sur pied. Son souhait? Que tous ses collègues, ses amis musiciens, puissent se guérir eux aussi avec l’aide de professionnels.  

photo courtoisie Brit Phatal

«Ce qui aiderait les musiciens québécois, je pense, serait de couvrir leurs soins en santé mentale. L’impact de la COVID est immense sur notre santé mentale et c’est connu: les artistes sont des gens hypersensibles, c’est justement ce qui leur permet de créer de la beauté autour d’eux. [...] Je sais que je suis privilégiée [d’avoir pu consulter], mais je crois que c’est une chose à laquelle tout le monde devrait avoir accès. Pas juste les musiciens. Ce serait extrêmement aidant et pertinent dans notre société.» 

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3. De l’aide juridique pour signer les contrats  

Les musiciens pourraient aussi avoir accès à des conseillers juridiques lors de la signature de contrats, pour s’assurer qu’ils ne se retrouvent pas le bec à l’eau dans certaines situations comme l’annulation de concerts. 

Samito est un auteur-compositeur-interprète originaire du Mozambique, un polyglotte qui mélange afrobeat, rock, pop et influences brésilienne. En 2017, il a remporté le Félix du meilleur album en musique du monde et il prépare, après plusieurs années de pause, un retour sur disque le 25 mars prochain. 

photo courtoisie Ariane Tara

De son point de vue, la pandémie de COVID a mis en lumière des problèmes qui existaient déjà dans le milieu, comme les contrats 360 (comme on dit dans le jargon) qui englobent toutes les facettes d’une carrière: gérance, spectacle, disque et édition. Ces contrats d’une autre époque, que certains comme Samito espèrent voir disparaître, demandent un certain degré de confiance de la part de l'artiste en question, qui voient tous ses revenus (éditions, spectacles, revenus de vente d'albums et de streaming, droits d'auteur et droits voisins, etc.) passer à la même place. 

«Il faut s’assurer d’être éduqués sur les contrats de disques. C’est cliché de le dire, mais on n’a pas de formation sur ces choses-là. Surtout que les artistes sont souvent très jeunes quand ils signent leurs contrats! [...] Ce qui pourrait aider les artistes de manière significative, c’est de débloquer des fonds pour de l’accompagnement légal. Pour faire de la prévention.» 

4. Investir dans la relève  

Le gouvernement doit veiller à aussi aider les artistes de la relève, pas juste ceux qui sont bien établis. 

Miro a fait ses dents au sein du duo Blé avant de voler de ses propres ailes et de faire sa marque (on y reviendra!) en atteignant, au sens propre, l’un des plus hauts sommets possibles à Montréal. S’il a su tirer son épingle du jeu, le chanteur et créateur s’avoue inquiet pour celles et ceux qui n’ont pas encore réussi à percer. 

photo courtoisie Augustin Chapdeleine

«Dans le monde musical, c’est entre 18 ans et la fin vingtaine que les artistes s’expriment davantage et qu’ils ont vraiment quelque chose à raconter. Les artistes qui débutent en ce moment [...], c’est eux qui vont avoir besoin des plateformes, des subventions, d’un petit coup de pouce pour pouvoir prendre leur envol. Si l’herbe leur est coupée sous le pied, s’ils n’ont pas d’aide, on va presque passer à côté d’une génération d’artistes.» 

4. Revoir les algorithmes  

Les solutions peuvent aussi passer par un encouragement à la diffusion numérique des œuvres québécoises. 

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Laurence Nerbonne, celle à qui on doit les chansons Faut que ça change et Première ministre, n’est pas du genre à se gêner pour dire ce qu’elle pense, pour mettre le doigts sur des enjeux un peu controversés que d’autres évitent. Des idées de solutions? Elle en a. 

«Sur Spotify, la barrière de la langue vient complètement jouer avec l'algorithme de la mauvaise façon. On va être associés à des projets francophones peu importe le style et ça, c’est problématique. On devrait s’inspirer de la musique latine et créer des ponts avec la France pour favoriser la découvrabilité.»  

«Aussi, pour les films et les séries qui intègrent de la musique d’ici à leur trame sonore... Est-ce qu’il n’y aurait pas moyen de leur donner un crédit d’impôt? Il y aurait sûrement un moyen d’offrir une récompense à ceux qui intègrent de la musique québécoise dans leurs productions.»

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