Pénurie, prix du panier d’épicerie: les impacts possibles du lock-out au Canadien Pacifique | 24 heures
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Pénurie, prix du panier d’épicerie: les impacts possibles du lock-out au Canadien Pacifique

Image principale de l'article Les impacts possibles du lock-out au CP
Photo REUTERS

Après la pandémie, l’invasion russe en Ukraine et l’inflation, un conflit de travail au Canadien Pacifique (CP), l’un des plus importants transporteurs ferroviaires au pays, pourrait affecter la chaîne d’approvisionnement et votre portefeuille.

Dimanche, le CP a mis ses employés en lock-out, alors qu’aucune avancée n’est survenue dans le cadre des négociations entourant le renouvellement de la convention collective du personnel syndiqué.

L’employeur et le syndicat ne parviennent pas à s’entendre sur la question des salaires et des régimes de retraite. Ce conflit de travail ravive les souvenirs de la grève au Canadien National, en 2019, qui avait paralysé les livraisons de plusieurs produits et provoqué une pénurie de propane au Québec.

Un lock-out, c’est lorsqu’un employeur refuse «de fournir du travail à un groupe de salariés à son emploi en vue de les contraindre à accepter certaines conditions de travail», selon le code du travail. 

JOEL LEMAY/AGENCE QMI

Une pénurie de semences en vue?

Le conflit arrive à un bien mauvais moment. Après une année 2021 difficile pour les agriculteurs de l’Ouest canadien, marquée notamment par des inondations, le secteur agricole mondial subit les contrecoups de la guerre en Ukraine, qui affecte la chaîne d’approvisionnement et les prix. 

«À court terme, c’est vraiment l’agriculture mondiale qui va être affectée. À ce temps-ci de l’année, il faut acheminer des engrais, des grains pour nourrir le bétail», explique Sylvain Charlebois, directeur principal du laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire et professeur à l’Université Dalhousie.

À cause de la guerre en Ukraine, le secteur agricole s’était tourné vers l’Amérique du Nord pour s’approvisionner en engrais, plutôt que vers la Russie et la Biélorussie, qui sont parmi les plus grands producteurs sur la planète. 

«L’Amérique du Nord, surtout le Canada, achemine beaucoup d’engrais à travers le monde. Ça se fait par train, vers Vancouver et vers Kansas City. Si le système au complet est affecté par un conflit de travail, c’est sûr que les producteurs vont avoir des retards, puisqu’ils ne pourront pas utiliser d’engrais pour augmenter leur production», résume M. Charlebois.

«Le système ferroviaire, c’est la colonne vertébrale de l’économie agricole dans l’Ouest canadien», poursuit-il. Le conflit pourrait donc être dévastateur pour les agriculteurs et les éleveurs canadiens. 

«Le secteur agricole connaît déjà des problèmes d’approvisionnement aggravés par la guerre en Ukraine et ne peut plus supporter de perturbations de la chaîne d’approvisionnement», a prévenu à l’AFP la présidente de Fertilisants Canada, Karen Proud. 

Des répercussions sur votre portefeuille?

Cette pression supplémentaire sur la chaîne d’approvisionnement pourrait se faire sentir sur votre facture d’épicerie, qui a déjà bondi au cours des derniers mois. 

«À long terme, c’est certain que ça pourrait avoir un impact sur les prix alimentaires, dans le cas des viandes certainement, en raison d’une baisse d’inventaire», estime Sylvain Charlebois. 

Le gouvernement fédéral pourrait toutefois être tenté d'intervenir rapidement pour mettre un terme au lock-out, comme il l’a fait l’été dernier lors du conflit au Port de Montréal. 

«Le réseau ferroviaire de l’Ouest, c’est un peu le port de Montréal de l’Est. L’enjeu est le même. L’année passée, l’État était intervenu à temps à mon avis, et on avait pu éviter le pire pour les consommateurs. La grève au Port n’avait pas vraiment affecté les prix. Mais si le conflit dure, c’est sûr qu’à long terme les consommateurs seront affectés directement», soutient le spécialiste. 

Photo d'archives Agence QMI, Joël Lemay

La réputation du Canada entachée?

Sylvain Charlebois s’inquiète finalement de l’impact que ce nouveau conflit de travail pourrait avoir sur la réputation du Canada à l’étranger.

«On pourrait être tenté de contourner le système et d’aller aux États-Unis pour éviter le réseau du CP, parce que la réputation canadienne n’est pas très bonne. Avec le cumul des conflits de travail qu’on voit depuis plusieurs années, il y a beaucoup d’entreprises qui évitent le Canada pour acheminer quoi que ce soit», constate-t-il. 

Une lueur d’espoir demeure toutefois à l’horizon: le syndicat confirme être toujours en négociation avec un médiateur dans le but de dénouer l’impasse.

– Avec l’agence QMI et l’AFP